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Les fouilles du Musée archéologique d’Istanbul à Tophane

Le 8 juillet 2013 j’ai visité les fouilles effectuées par le Musée archéologique d’Istanbul à Tophane. Les travaux sont conduits dans un terrain vague de forme rectangulaire allongée et en forte pente, situé le long de l’avenue Meclis-i Mebusan du côté ouest. Jusqu’aujourd’hui seul a pu être fouillé un secteur correspondant en gros à 1/3 du terrain à l’extrémité nord. Selon les archéologues responsables le reste sera fouillé une fois que les problèmes statiques créés par le haut mur de terrasse qui domine le terrain du côté ouest seront résolus.

Emplacement des fouilles (d'après Müller-Wiener 2001)
Emplacement des fouilles (d’après Müller-Wiener 2001)

Dans la partie fouillée sont apparus les vestiges en assez bon état d’un grand bâtiment que les fouilleurs datent des 6e-7e s. ap. J.-C. d’après sa technique de construction et le matériel recueilli sur les sols. La présence d’un praefurnium assez bien conservé, les diverses canalisations et tubulures que l’on voit par endroits sous le revêtement de sol, de même que l’existence de quelques bassins rectangulaires pourraient indiquer que ces espaces dallés de marbre et dont les murs étaient revêtus de plaques de marbre blanc -du moins dans leur partie basse conservée-, appartenaient à un édifice thermal. Il ne serait pas faux de dire que ces thermes faisaient partie d’un complexe plus vaste à caractère séculaire (hôtel particulier ou palais) ou sacré (monastère), car au sud, des vestiges de murs et de voûtes qui présentent une technique de construction similaire et qui donc pourraient appartenir au même complexe sont visibles en surface dans le secteur non encore  fouillé. On constate que ces vestiges ont servi par endroits de  fondation aux murs de l’École de manufacture militaire (İmalat-ı Harbiye Mektebi) dont la reconstruction à l’identique est à l’ordre du jour.

Une autre découverte remarquable est constituée par un grand sarcophage byzantin de marbre blanc, incorporé dans l’un des murs de l’édifice thermal situé du côté de la pente et qui donc servait aussi comme mur de terrasse. Le sarcophage n’a apparemment pas été déplacé au moment de la construction des thermes. Il a été au contraire délibérément laissé en place et incorporé dans le mur de terrasse, son poids considérable pouvant aider à contrecarrer la poussée latérale des terres en haut de la pente.

Vue des vestiges dans les années 70 (Eyice 1976: Fig. 5)
Vue des vestiges dans les années 70 (Eyice 1976: Fig. 5)

Les restes mis au jour dans le tiers fouillé du terrain ainsi que les ruines visibles en surface dans le secteur non encore fouillé montrent que l’emplacement de l’École de manufacture militaire, bâtiment ottoman détruit au milieu du siècle dernier dont la reconstruction à l’identique est projetée par l’Université des Beaux-Arts Mimar Sinan, est occupé dans sa totalité par d’importants vestiges datant de l’époque byzantine, comme le soulignait déjà Semavi Eyice dans les années 70 (Bizans Devrinde Boğaziçi, Istanbul 1976. pp. 19-20). Il est donc certain que la reconstruction de cet édifice entraînera la destruction totale ou partielle de ces vestiges archéologiques. Par ailleurs il faut dire que le manque de documentation (plans, relevés ou photos) ne permettra jamais une reconstruction à l’identique de ce bâtiment ottoman : le résultat ainsi obtenu sera forcément en grande partie le fruit de l’imagination des architectes contemporains. De plus, comme cet édifice détruit empiétait en grand partie sur l’avenue moderne attenante – il a été en fait démoli pour élargir celle-ci -, il est pratiquement impossible de le  reconstruire dans sa totalité.

Éclats d’Antiques, sculptures et photographies, Gustave Mendel à Constantinople

2013 Eclats Orient

M. Poulain, F. Queyrel, G. Paquot (dir.) 
Éclats d’Antiques, sculptures et photographies, Gustave Mendel à Constantinople
Armand Colin, coll. "Recherches" Paris, 2013 
ISBN 978-2200287597

Cet ouvrage est paru parallèlement à l’organisation d’une exposition du même nom, organisée à l’occasion du centenaire de la publication, en 1912-1914 à Constantinople, du monumental Catalogue des sculptures grecques, romaines et byzantines des Musées impériaux ottomans rédigé par Gustave Mendel.

Plus qu’un catalogue, ce livre réunit un nombre d’études portant non seulement sur l’œuvre de Gustave Mendel mais aussi sur l’histoire tant ancienne que récente de la fabrication et de la conservation de son œuvre. C’est également l’occasion de mener une réflexion sur ces premiers photographes d’œuvres antiques et sur la pérennité de leurs travaux, dont notamment ceux de Gabriel Millet.

L’ouvrage comporte quatre sections. La première porte sur Gustave Mendel et l’histoire du musée archéologique d’Istanbul. Elle retrace les péripéties de Gustave Mendel, ses collaborations à Istanbul et l’apport de son travail à la science. La seconde partie aborde la fabrique du savoir et l’image. Il s’agit là de présenter non seulement l’histoire du livre et des catalogues, mais aussi celle des œuvres qui y sont présentées. La troisième partie porte essentiellement sur les questions de conservation, protection et de mise en valeur de ce patrimoine formé par la masse que représente le travail effectué par Mendel. On y mentionne notamment les problèmes liés à la numérisation des photos anciennes tout autant que les nouveaux outils (Internet) qui permettent de donner une seconde vie à cette ouvre. La quatrième et dernière partie comporte le catalogue proprement dit. Il s’agit d’une sélection d’œuvres choisies à partir du travail original de Mendel, sélection enrichie par la présentation d’un matériel qui permet de contextualiser l’activité du photographe : cartes postales d’époques, peinture, échanges épistolaires, etc.

Selam ou la mise en scène de l’action du mouvement de Fethullah Gülen à l’étranger

selam

« L’homme blanc peut-il être bon ? » se demande au début du film un enfant sénégalais face à l’indifférence des Occidentaux. C’est à cette question que le film Selam s’évertue de répondre au cours d’une démonstration implacable d’1h49 : « Oui, l’homme blanc peut être bon : cet homme est turc ».

Ce film présente les parcours parallèles de 3 enseignants turcs  se rendant dans des régions difficiles du monde pour enseigner au sein d’écoles turques : l’un en Afghanistan, l’autre au Sénégal, le dernier en Bosnie-Herzégovine. Ils n’ont qu’un mot à la bouche, « fedakarlık », le sacrifice. Car ces jeunes gens sont de pieux musulmans et font partie de l’« Hizmet » (« le service » qui permet de désigner le mouvement fondé à la suite de  Fethullah Gülen, penseur religieux très influent en Turquie et dans le monde).1

Ce qui est intéressant ici c’est que ces trois héros et les pays dans lesquels ils se trouvent sont interchangeables. Chacun se retrouve comme parachuté dans trois régions éloignées les unes des autres et pourtant ces pays semblent tous marqués par la misère, l’ignorance et l’intolérance. Les tenues vestimentaires, les salles de classes et l’enseignement au sein de ces écoles turques sont identiques (la première leçon consiste à apprendre la salutation musulmane, Selam, symbole de dialogue et de tolérance). Les trois enseignants traversent des épreuves mettant en scène les sacrifices faits pour « amener  la lumière là où règne l’obscurité».2

Commence alors la mise en scène de l’action du mouvement de Fethullah Gülen dans le monde, où se retrouvent pêle-mêle références patriotiques, ce « memleket » turc tant aimé (symbolisé par la figure du militaire turc en Afghanistan), conservatisme social, et bons sentiments.  Ici, l’humanitaire se nomme Kimse Yok mu ? (une ONG proche du mouvement Gülen), les enfants parlent turc dans les écoles et les conflits religieux sont résolus par le dévouement des enseignants.  Les olympiades de langue turque constituent le couronnement de ce grand mouvement mondial où des enseignants et leurs élèves se rassemblent à Istanbul pour célébrer autour d’une chanson de türkü (Haberin var mı ?) l’avènement d’un nouveau village global  labellisé « Gülen ».

Il convient de placer ce film dans le contexte actuel : les écoles turques du mouvement de Fethullah Gülen, aujourd’hui présentes dans plus de 130 pays, jouent un rôle prépondérant dans l’influence turque à l’étranger. Ainsi, le 17 mars 2013, le conseiller au ministère des affaires étrangères Naci Koru déclarait que les écoles turques étaient désormais l’acteur principal de la politique étrangère turque.3

On note donc la dimension performative de la représentation faite par le film de l’action turque à l’étranger. Le film met en scène une présence turque efficace (les enfants de ces écoles parlent tous le turc et rêvent d’aller en Turquie), appréciée (la partie sénégalaise du récit permet de mettre en œuvre une distinction entre l’action des « autres blancs » (les Occidentaux) qui « prennent tout et ne donnent rien » et celle des Turcs, mus par l’altruisme), et multi-facette. En effet, tous les acteurs de la présence du mouvement de Gülen à l’étranger sont mis en scène : la branche humanitaire avec l’action de l’ONG Kimse Yok mu ?, la branche éducative avec les écoles turques et la branche commerciale avec les hommes d’affaires de passage. Il est intéressant de noter l’absence de représentation des acteurs diplomatiques turcs. Ici, la transmission d’une « certaine idée » de la Turquie se fait par le bas, par les acteurs du mouvement Gülen dévoués au quotidien à la « cause » (dava en turc).

Le film, diffusé dans près de 280 salles turques et 6O salles européennes (notamment en Allemagne), a déjà attiré plus de deux millions de spectateurs, témoignant encore une fois de la forte capacité du mouvement Gülen à mobiliser ses sympathisants.4 Par ailleurs, le producteur Sabri Koç a annoncé qu’il reverserait l’équivalent des recettes engrangées par le film Selam dans 140 salles de cinéma à l’ONG Kimse Yok mu afin de construire des puits dans plusieurs pays d’Afrique (Sénégal, Niger, Burkina Faso, Somalie, Cameroun, Soudan, Tchad, Pakistan).5

Cliquez ici pour voir la bande-annonce du film « Selam »


  1. En avril 2013, Fethullah Gülen est apparu dans la liste du Time rassemblant les 100 personnes les plus influentes au monde []
  2. « Türk okullarına ‘Selam’ olsun », Zaman, 20 janvier 2013 []
  3. «Türk okulları, dış politikanın en önemli aktörü», Zaman, 17 mars 2013 []
  4. « Selam filmi, 7 haftada 2 milyon izleyiciyi geçti», Zaman, 20 mai 2013 []
  5. « Selam’ın gösterildiği 140 salonun geliri Afrika’ya akacak», Zaman, 11 avril 2013 []

La Cappadoce ottomane du XIXe siècle

Türkçe çeviri

Juin 2013

Sur les traces d’une histoire et d’un patrimoine : La Cappadoce ottomane du XIXe s.

En novembre 2012, l’IFEA commençait sa présentation mensuelle de présentoirs bibliographiques par les travaux et recherches dédiées à Kayseri, ville anatolienne située au pied du mont Erciyes (Argée) dont les coulées de laves ont permis à la Cappadoce de devenir une région historique à la géologie et à l’architecture locales hors du commun. La Cappadoce a d’ailleurs fait l’objet de recherches nombreuses dans le domaine de l’histoire de l’art et en particulier de l’art byzantin. En revanche, l’histoire locale turco-ottomane reste peu connue. Il est vrai qu’à côté (ou parfois même à l’intérieur…) des cheminées de fées de formation naturelle, les églises et autres monuments byzantins troglodytes ou semi-troglodytes ont séduit les voyageurs des XVIII et XIXe s. et continuent aujourd’hui encore à être les lieux de visite privilégiés des “touristes” (terme qui a progressivement remplacé celui de “voyageurs” et qui convient mieux à l’expérience cappadocienne des XXe et XXIe siècles!)

Au XIXe s., les voyageurs européens, dans la lignée de Paul Lucas qui visita la Cappadoce –sans la nommer – au début du XVIIIe s., parcoururent la région à la recherche de paysages et d’expériences insolites. Ils y rencontrèrent les habitants dont les mœurs, à leurs yeux étonnantes, ont fait l’objet de longues descriptions, souvent sans doute quelque peu romancées afin de captiver le lecteur européen toujours aussi friand d’exoticité, d’orientalité et de turqueries. Ce sont pourtant les populations chrétiennes de la région – considérées alors comme les “vestiges” d’une culture antique disparue – qui ont intéressé ces voyageurs, de même qu’elles ont suscité l’intérêt tout particulier des missionnaires protestants et catholiques. Les Orthodoxes de Cappadoce intriguaient par leurs modes de vie, leur habitat souvent troglodyte (le troglodytisme, rappelant quelque peu l’homme des cavernes, était alors considéré comme une forme d’habitat “primitif” et pourtant si mystérieux et charmant…), leurs coutumes et leur(s) langue(s) : des hellénophones au grec “archaïque” et des turcophones écrivant et lisant le turc en caractères grecs, ces populations locales avaient tout pour fasciner! Parmi la longue liste de récits de voyages, ceux de P. Lucas, J. MacDonald Kinneir, C. Texier, G. Perrot, W.F. Ainsworth ou encore W.M. Ramsay permettent d’avoir un premier tableau de la Cappadoce du XIXe s. et sont conservés dans le fonds “Voyageurs” de la bibliothèque de l’IFEA.

Au-delà des récits de voyage, les travaux en histoire de l’art et en histoire locales ont vu leur nombre augmenter au cours de ces dernières décennies. L’art local continue à faire l’objet de recherches détaillées dont l’éventail s’est déployé, ouvrant les portes de la sphère byzantine aux études sur l’art turc (pré-ottoman) et ottoman. Au XIXe s., la Cappadoce a connu de nombreuses évolutions architecturales et artistiques. Si, jusqu’aux Byzantins, l’architecture cappadocienne restait souvent cachée car creusée dans la roche, au fil des conquêtes turco-ottomanes, caravansérails, mosquées, fontaines et ponts ont progressivement agrémenté le paysage de monuments non pas creusés mais construits de toute pièce. De même, à la fin du XIXe s., par la construction d’églises et d’habitations en pierre de taille (qui, néanmoins, possédaient toujours une partie souterraine), les familles chrétiennes qui allaient quitter définitivement la région en 1923 ont introduit une nouvelle facette au patrimoine architectural cappadocien dont les meilleurs exemples sont sans doute les villages de Güzelyurt (ancien Gelveri) et de Mustafapaşa (Sinassos).

Enfin, l’histoire locale du long dix-neuvième siècle dont la fin est marquée par l’échange de population de 1923, et, de fait, par la fin de la cohabitation christiano-musulmane en Cappadoce, fait aussi l’objet de recherches en particulier des monographies en langue grecque sur les villages chrétiens hellénophones ou turcophones et de travaux sur les principaux centres de la région (Kayseri, Niğde, Nevşehir, Ürgüp ou encore Bor et Sinassos) sans oublier les études sur les Karamanlis et leur production littéraire. Des spécificités architecturales et linguistiques aux coutumes, croyances ou encore modes de vie locaux, l’étude  historique de la Cappadoce et de ses habitants reste un vaste terrain semé… de cheminées de fées !

Bibliographie

  • Dionigi Albera & Maria Couroucli (eds), Sharing Sacred Spaces in the Mediterranean. Christians, Muslims, and Jews at Shrines and Sanctuaries, Indiana University Press, 2012
  • William Francis Ainsworth. Travels and Researches in Asia Minor, Mesopotamia, Chaldea and Armenia. Vol. 1. London: John W. Parker, 1839. VH 092-1
  • Ilias Anagnostakis & Evangelia Balta. La découverte de la Cappadoce au dix-neuvième siècle. Istanbul: Eren, 1994.
  • Yonca Anzerlioğlu. Karamanlı Ortodoks Türkler. Istanbul: Phoenix, 2003.
  • Evangelia Balta & Matthias Kappler. Cries and Whispers in Karamanlidika Books: Proceedings of the First International Conference on Karamanlidika Studies (Nicosia, 11th-13th September 2008) Turcologica ed. Vol. 83. Göttingen: Harrassowitz Verlag, 2010.
  • Evangelia Balta, Sinasos, Mübadeleden Önce Bir Kapadokya Kasabası CAT 010
  • Richard Clogg. Studies in the Greek East in 18th and 19th Centuries, Anatolica. Aldershot: Variorum, 1996
  • Vital Cuinet. La Turquie d’Asie : géographie administrative, statistique, descriptive et raisonnée de chaque province de l’Asie-Mineure. Paris: E. Leroux, 1895. (tome 6)Tur Hm 585-06
  • Richard M. Dawkins. Modern Greek in Asia Minor; a study of the dialects of Siĺli, Cappadocia and Phárasa, with grammar, texts, translations and glossary. Cambridge: Cambridge University Press, 1916
  • Halil Eldem Kayseri şehri : Selçuklu Tarihi’nden Bir Bölüm, 1982
  • Semavi Eyice. “Rum Harfleri Ile Türkçe -Karamanlıca- Bir Nevşehir Salnamesi.” İn Fındıkoğlu Armağanı,  Fakülteler Matbaası, 1977
  • Suraiya Faroqhi. Men of Modest Substance: House Owners and House Property in Seventeenth-Century Ankara and Kayseri. Cambridge: Cambridge UP, 1987. Tur Aa 120
  • Albert Gabriel, Monuments turcs d’Anatolie.I : Kayseri-Niğde, et un volume de planches, 1931, 166 p. + 56 p. pl., ; TUR Aa Fo 22 I 1
  • Avram Galanti. Niğde ve Bor Tarihi. Istanbul: Tan, 1951. Tur Sr 011-IV
  • Frederick William Hasluck. Christianity and Islam under the Sultans. II vols. Vol. II. Oxford: Clarendon Press, 1929. Tur Ho 854
  • Friedrich Hild & Marcell Restle, Kappadokien. Tabula Imperii Byzantini 2, Vienna : Österreichische Akademie der Wissenschaften, 1981. U44 – 02
  • Vacit İmamoğlu, Geleneksel Kayseri evleri, Ankara : Turkiye Halk Bankasi, 1992.
  • Guilaume de Jerphanion, Une nouvelle province de l’art byzantin : Les églises rupestres de Cappadoce, tome 1. COLL II 005-1
  • Veronica Kalas. “Early Explorations of Cappadocia and the Monastic Myth.” Byzantine and Modern Greek Studies 28 (2004): 101-19. (article en pdf)
  • – Sacit Pekak. “Christian Art of Cappadocia from the Middle Ages to the 20. Century.” In Common Cultural Heritage, Developing Local Awareness Concerning The Architectural Heritage Left From The Exchange of Populations in Turkey and Greece, edited by Lozan Mübadilleri Vakfı, 29-34. Nevşehir, 2005. Obs Urb 1393
  • Sévérien Salaville and Eugène Dallegio. Karamanlidika : Bibliographie Analytique d’Ouvrages en langue turque imprimés en caractères grecs (1584-1850). Vol. I. Athens: IFA, 1958. Tur Gb 02
  • Metin Sözen. Kapadokya. Istanbul: Ayhan Sahenk Vakfi, 1998. HAM 67
  • Kemal Talih Türkmen. Ürgüp, Bilinmeyen Kapadokya’dan Bir Kesit. Ankara: Ürün yay., 1999. Obs Urb 885

Bir tarihin ve bir mirasın izleri peşi sıra : XIX. yy. Osmanlı Kapadokyası

Version française

Haziran 2013

Yerel oluşum ve mimarisiyle sıradışı tarihi bir yöre olan Kapadokya, özellikle Bizans sanatı alanında olmak üzere çok sayıda sanat tarihi araştırmasına konu olmuştur. Bununla birlikte Osmanlı-Türk dönemine değgin yerel tarih fazlaca bilinmemektedir. Doğal şekilde oluşmuş peri bacalarının yakınındaki (hatta bazen içindeki), kayalara oyulmuş kilise ve başka Bizans anıtlarının XVIII ve XIX. yy. seyyahlarını etkilediği bir gerçektir. Buralar, bugün hala « turist »lerin en çok tercih ettiği ziyaret mekanları olmaya devam etmektedir. Bu noktada, « seyyah » sözcüğünün yerini zamanla turist kelimesinin aldığını ve bunun XX ve XXI. yy. Kapadokya deneyimlerine daha uygun düştüğünün altını çizmek isteriz.

XVIII. yy. başında Kapadokya’yı yer ismi kullanmadan ziyaret eden Paul Lucas’yı takiben, XIX. yy.’da bölgeyi sıradışı manzara ve deneyimler peşindeki Avrupalı seyyahlar dolaşmışlardır. Karşılaştıkları halkın onlara şaşırtıcı gelen geleneklerini yabancıllık, doğululuk ve Türklük düşkünü Avrupalı okuyucuyu çekebilmek için uzun betimlemeler yoluyla ve genellikle tabii ki biraz ağdalı şekilde aktarmışlardır. Ancak sözkonusu seyyahların ilgisini, kaybolmuş antik bir kültürün « kalıntıları » olarak gördükleri, bölgenin Hıristiyan nüfusu çekmiştir. Aynı şekilde, bu halk Katolik ve Protestan misyonerlerin de özellikle ilgi odağı olmuştur. Kapadokya Ortodoksları yaşam biçimleriyle merak uyandırmış; çoklukla kaya içineh oyulmuş konutlarda oturmalarıyla ki bu, biraz mağara devrini hatırlatmasından ötürü ilkel bir konut biçimi olarak görülmesiyle beraber son derece gizemli ve büyüleyici gelmiştir. Aynı şekilde, bu yerel nüfusun gelenek ve dil(ler)i yani « eski » Yunanca veya Türkçe konuşmaları ve Türkçe’yi Yunan harfleriyle yazıp okumaları gibi cezbedici özellikleri çok olmuştur. P. Lucas, J. MacDonald Kinneir, C. Texier, G. Perrot, W.F. Ainsworth ile W.M. Ramsay’e de ait seyahatnameleri içeren uzun liste, XIX. yy. Kapadokyası’nın bir ilk genel görünüşünü sunmakta ve IFEA’nın kütüphanesinin seyahatnameler derleminde saklanmaktadır.

Son on, yirmi yılda, seyahatnamelerin yanı sıra, sanat tarihi ile yerel tarih alanındaki çalışmaların sayısında artış kaydedilmiştir. Yelpazesi genişleyen yerel sanat, Bizans devrinin kapılarını Osmanlı öncesi ve Osmanlı Türk sanatına doğru aralayarak ayrıntılı araştırmalara konu olmaya devam etmektedir. XIX. yy.’da Kapadokya çokça mimari ve sanatsal değişikliklere sahne olmuştur. Kapadokya mimarisi Bizanslılar’a kadar kayalar içine oyulmuş olmasından ötürü çoğunlukla gizli kalmış olsa da Türk-Osmanlı fetihleri sırasında kervansaray, camii, çeşme ve köprüler oyma işlemiyle değil bilakis baştan sona inşaa edilerek anıtlar sahnesindeki yerlerini zamanla almışlardır. Aynı şekilde, XIX. yy. sonunda, 1923’te bölgeyi temelli terk edecek olan Hristiyan aileler, en güzel örneklerinin kuşkusuz Güzelyurt (eski Gelveri) ve Mustafapaşa (Sinassos) köylerinde bulunduğu, bir kısmı hep yer altında bulunan kilise ve taş oymalı evlerin inşaasıyla Kapadokya mimari mirasına yeni bir boyut getirmiştir.

Kapadokya’daki Hristiyan ve Müslümanların bir arada yaşayısının sonu olan 1923’teki mübadeleye kadar sarkan uzun XIX. yüzyılın yerel tarihi, özellikle Yunanca ve Türkçe konuşan köyler hakkındaki Yunan dilinde kitaplara; Kayseri, Niğde, Nevşehir, Ürgüp, Bor veya Sinassos gibi önemli merkezler hakkında çalışmalara ve de Karamanlılar ile edebiyatları üzerine araştırmalara konu olmuştur. Mimari ve dil özgünlükleri ile gelenek, inanç ve yerel yaşayış biçimleri ile Kapadokya ve sakinleri hakkındaki tarih araştırmaları peri bacalarıyla serpili geniş bir çalışma sahası teşkil etmektedir…

Kapadokya mirası, IFEA’nın 6 – 7 Haziran 2013 tarihlerinde düzenlediği Türkiye’de kültür mirasın korunması ve değerlendirilmesi. Aktör, etkileşim ve çözüm önerileri isimli çalıştayın bir oturumunda ele alınacaktır. 

La possibilité d’une paix. Le “processus de paix” en Turquie : quelques publications à signaler

Ce qu’il est convenu depuis la fin de l’année 2012 d’appeler le “processus de paix” (barış süreci) et qui s’est traduit par le retrait des éléments armés du PKK du territoire turc à partir du 8 mai 2013 ne manque pas de retenir l’attention des observateurs et fait déjà l’objet de publications souvent fort à propos pour comprendre ce qui se joue. En effet, après l’ « ouverture kurde » de 2009 – devenue « ouverture démocratique » –, momentanément avortée,  et après le « processus d’Oslo », la nouvelle dynamique engagée, portée par les expériences et acquis passés, semble d’une autre envergure.

En outre, si les bombardements de l’armée turque n’ont pas totalement cessé –  à l’instar de ceux survenus le 28 mai 2013 dans les montagnes de Geper, dans l’arrondissement de Yüksekova, département de Hakkarî -, un apaisement inouï est survenu, qui offre enfin l’occasion de penser d’autres voies de solution. Alors que soixante-trois personnalités dites « sages » – dûment choisies par le Premier ministre – sillonnent le pays pour expliquer le processus en cours et demander l’adhésion de la population, toutes ces publications contribuent à alimenter la réflexion et les débats nécessaires. En marge des discours officiels, convenus ou des analyses exogènes souvent peu informées des débats internes à la Turquie.

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La revue de sciences sociales Toplum ve Bilim (numéro 126, printemps 2013) consacre dans sa dernière livraison un article aux protecteurs de village (köy korucuları), milices kurdes pro-gouvernementales. L’article fournit de précieux éléments de réflexion à ceux qui s’interrogent sur les formes de l’économie d’après-conflit dans l’est du pays. La suppression d’une des principales ressources de revenus réguliers n’étant pas envisageable, seules des reconversions sont à étudier.

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La revue mensuelle socialiste Birikim, qui depuis des décennies suit la question kurde avec courage et régularité, titre sa livraison de mai-juin 2013 (numéro double 289-290) “La possibilité d’une paix”. Il s’agit d’un dossier conséquent fait d’une série de courts textes (pp. 14-102), dont plusieurs entretiens (notamment avec Yılmaz Ensaroğlu, que l’on retrouve dans le dossier d’Insight Turkey, ainsi qu’avec la députée du BDP Gültan Kışanak). On dispose là d’un panel d’opinions et d’interprétations qui attirent l’attention sur des dimensions du processus que la presse dominante n’évoque pas. Le dossier est ouvert par une interrogation de Tanıl Bora : “La paix a-t-elle éclaté ?”, qui pose la question de la légitimation de la paix et de l’état de paix et de l’apprentissage périlleux de la paix, tout en déplorant le manque d’expérience en la matière. Selon lui – et il reprend là le titre de l’entretien avec G. Kışnak (p. 31)  : «  Nous avons besoin de mise en contact et de face-à-face » – cette légitimation ne pourra se faire durablement qu’à la condition que des contacts (temas) s’établissent entre Turcs et Kurdes en vue d’une définition commune des nouveaux horizons politiques.

lneyzi_ozgurumSignalons enfin l’entretien avec les auteurs du livre « Les jeunes de Diyarbakır et de Muğla racontent » (İletişim, 2013), Leyla Neyzi et Haydar Darıcı, qui montre bien à la fois les difficultés et l’urgence à construire une histoire commune, par un travail de confrontation critique.

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Sur un registre critique la revue Express – le numéro 135 daté de mai 2013 – propose quatre articles éclairants (pp. 12-21), dont un sur le deuxième congrès ordinaire de l’Assemblée des femmes du BDP, un sur la dimension économique du conflit interne, et un entretien passionnant avec Muzaffer Ayata, un des fondateurs du PKK, réfugié en Allemagne après vingt années passées dans les prisons turques (cet entretien est réalisé par İrfan Aktar, un des journalistes les mieux informés et les plus fins sur le dossier kurde). L’intérêt de cet entretien dense et précis est de replacer le processus dans un contexte plus large, celui d’une « montée en puissance » et en visibilité des Kurdes sur la scène régionale. Encore fidèle à Abdullah Öcalan et proche de Sakine Cansız assassinée en janvier 2013 à Paris, Muzaffer Ayata déclare  : « La lutte armée a fait sortir le peuple kurde de l’oubli  ; elle lui a offert la possibilité de se faire connaître et de gagner en force de pensée. La lutte sans arme ne nous fera pas reculer. De toute façon, les forces armées prêtes à intervenir n’ont pas été liquidées. Cette option demeure dans le répertoire du peuple kurde. » (p. 21). Par ailleurs, sa critique des critiques du discours d’Öcalan de Diyabakır pour le Newroz (21 mars 2013) est aussi intéressante. Le reproche fait à Öcalan par une certaine gauche turque de jouer l’axe sunnite – au-delà des différences ethniques et linguistiques – lui paraît sans fondement voire malveillant.

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Sur un tout autre registre, la revue Insight Turkey – émanation du think tank ankariote SETA, Fondation pour la Recherche politique, économique et sociale – propose un épais dossier intitulé « Kurdish Peace. A new Beginning for Turkey and Middle East » dans son numéro du printemps 2013. Outre l’article de Yılmaz Ensaroğlu (pp. 7-18), responsable des droits de l’homme dans cette fondation, on relèvera celui de Güneş Murat Tezcür « Prospects for Resolution of the Kurdish Question  : A Realist Perspective » (pp. 69-84). Cet enseignant en science politique à Chicago (Loyola University), qui rappelle que l’année 2012 fut la plus meurtrière depuis 1999 et parle pour  qualifier le processus engagé d’une « Mutually Bearable Stalemate », affiche un scepticisme qui tranche avec le ton des autres articles… Il conclut  : « For the Kurdish movement, the governement’s negociations with Öcalan will elevate the statute of the Kurdish nationalist movement and sanctify it with some degree of legitimacy it desperately seeks ».

Territoires de l’éolien en Turquie : exemple de la ferme éolienne de Balıkesir

Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, M. Taner Yıldız, a inauguré samedi dernier, la plus grande ferme éolienne de Turquie dans la province de Balıkesir. La médiatisation de l’événement a été une bonne occasion pour cette figure politique de révéler au grand jour la matérialisation des efforts nationaux en vue de la promotion des énergies renouvelables. Cette inauguration tombait à point nommé puisque, quelques jours auparavant, la presse avait fait écho de l’incapacité de nombreuses compagnies privées à développer des centrales éoliennes alors qu’elles avaient auparavant reçu des licences d’exploitation. Sur les 271 licences attribuées par l’EPDK (9,525 MW de capacité), seules 63 centrales éoliennes sont actuellement en opération pour une puissance installée de 2,367 MW (Hurriyet Daily News, « Last call for license return to ‘inactives’ in Turkey’, 29/04/13). Il semblerait que l’engouement de certaines entreprises turques pour les énergies renouvelables ne s’accompagne pas toujours du savoir-faire technique et logistique requis pour mener à bien de tels projets.

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Photo : E.A

Concernant la ferme de Balıkesir, la société turque EnerjiSA1 qui détient la licence d’exploitation du site, n’a pas été impliquée dans la construction et l’installation des éoliennes. Le contrat signé par EnerjiSA et un consortium industriel composé de firmes étrangères a permis à l’entreprise de récupérer le projet clé en main. L’entreprise américaine General Electric était chargée de produire les éoliennes2 et les acheminer jusqu’au port de Bandırma, l’entreprise française Cegelec s’est occupée de la partie génie civil (construction des routes, plateformes, câbles et lignes électriques, centrale…) et de la supervision du montage des éoliennes et enfin l’entreprise turque GETSAS s’est occupée des tests pré-opérationnels avant la mise en service. Au total, 153 millions d’euros ont été investis par EnerjiSA. La production d’électricité a débuté dès l’été 2012 avec la mise en service des premières éoliennes. La capacité totale de production des 52 éoliennes s’élève à 143 MW (52 X 2,75MW).

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Source: Hurriyet Daily News, « Enerjisa launches largest Turkish wind farm plant », 11/05/13

Suite à la lecture de quelques articles mentionnant l’inauguration de cette ferme éolienne, un élément nous a interpellé. La ferme de Balıkesir est en effet toujours présentée comme un espace de production électrique quasi-désincarné, qui n’agit qu’à et que pour l’échelle nationale, en soutenant la croissance économique du pays. Il n’est jamais fait référence à une territorialité plus locale c’est-à-dire à ces 56 ha de terrains situés à 16 km au nord-est de Balıkesir, réquisitionnés pour l’implantation des éoliennes. Élément symptomatique de cette déterritorialisation, seules des photographies présentant sur une estrade les personnalités importantes conviées à l’occasion de l’événement servent d’illustration aux articles de presse. Pourtant, ici comme ailleurs, c’est à cette échelle que des micro-conflits locaux sont apparus suite aux réagencements des appropriations territoriales.

Afin de profiter au maximum de l’exposition au vent, les éoliennes ont été implantées sur des crêtes collinéennes (Photo : E.A)
Afin de profiter au maximum de l’exposition au vent, les éoliennes ont été implantées sur des crêtes collinéennes (Photo : E.A)
Carte d’implantation des éoliennes  (Source : rapport technique disponible sur http://www.enerjisa.com.tr)
Carte d’implantation des éoliennes (Source : rapport technique disponible sur http://www.enerjisa.com.tr)

L’une des principales sources de conflits semblerait être liée à la question du foncier. 67% des terres retenues dans le périmètre sont des terres de pâturages, 11% des terres privées, 10% des forêts et 12% du foncier dispose d’un statut flou car non enregistré au cadastre. Diversité de la nature du foncier qui traduit également une diversité des statuts juridiques, des valeurs économiques mais aussi des acteurs concernés et des pratiques associés à l’espace. Les propositions de rachat ou les processus d’expropriation menés par EnerjiSA n’auraient vraisemblablement pas toujours satisfait certains bergers-éleveurs-agriculteurs de trois villages situés à moins d’un kilomètre des éoliennes (Eşeler, Karakaya, Ayvatlar). Bien que la contestation locale ne semble pas avoir eu le même impact médiatique que celle d’Hasankeyf (barrage hydraulique) ou de Sinop (centrale nucléaire), ici aussi des formes de protestation – sans doute trop éphémères et esseulées – ont rythmé le quotidien des travailleurs de l’éolien : mise en place de barrages pour bloquer l’accès des camions aux plateformes des éoliennes, vol de câbles, décharges régulières de fientes de poulet à proximité des bureaux de travail.

Berger rencontré sur l’une des routes créées pour relier les plateformes éoliennes (Photo E.A)
Berger rencontré sur l’une des routes créées pour relier les plateformes éoliennes (Photo E.A)

Les villageois ont également fait part de leur mécontentement vis-à-vis de l’impact environnemental du projet. Outre les nuisances sonores et la gène occasionnée par le trafic des camions3, censées être temporaires, la construction d’environ 30 km de routes d’accès aux plateformes éoliennes est accusé par les habitants d’être la cause des inondations subies pour la première fois dans le village d’Eşeler, l’hiver dernier. En effet, l’imperméabilisation des routes souvent construites à flanc de collines a demandé la mise en place d’un système de déversement des eaux de pluie en aval des pentes jusqu’au village situé en contrebas. À la lumière de cet incident et face à l’envergure du projet, c’est la question de l’efficacité des études d’impact qui est posée. La neutralité de ces études commandées par EnerjiSA à un bureau d’étude serait douteuse selon les dires d’un des techniciens rencontrés, tout du moins la manière dont elles ont été dirigées ne serait pas dénuée d’ambiguïtés.

Nouvelles routes construites au premier plan et village d’Eşeler en contrebas des pentes (Photo E.A)
Nouvelles routes construites au premier plan et village d’Eşeler en contrebas des pentes (Photo E.A)

Afin d’anticiper la création d’une mobilisation de plus grande ampleur, dès le début du projet, l’entreprise EnerjiSA avait compris l’importance stratégique de ne pas agir sans intégrer et faire participer les populations locales. Des négociations avec les muhtar des différents villages auraient permis la rénovation d’une mosquée et d’une école, des villageois ont pu également être embauchés sur les sites en tant que gardien de sécurité, cuisiniers ou femmes de ménage.

École rénovée par le groupe EnerjiSA (Photo E.A)
École rénovée par le groupe EnerjiSA (Photo E.A)

À l’heure où les infrastructures énergétiques s’implantent à une allure impressionnante un peu partout sur le territoire turc, la rapide esquisse des rapports de forces institués à la lumière de l’implantation de la ferme éolienne à Balıkesir illustre la nécessité de considérer plus finement ces territoires locaux, en se détachant de la focale d’analyse nationale trop souvent mobilisée. Territoire d’adoption ou territoire d’imposition, suite à l’implantation de telles infrastructures, les altérations sociales et environnementales ne sont de toute façon jamais nulles à l’échelle locale.


  1. EnerjiSA résulte d’un partenariat entre la holding Sabancı et l’entreprise allemande E.On spécialisée dans le secteur de la production électrique. EnerjiSA est déjà exploitant de deux autres centrales éoliennes à Çanakkale (30 MW) et Dağpazarı (39 MW). L’entreprise est par ailleurs exploitante du réseau de distribution d’électricité de la partie anatolienne d’Istanbul, de la province d’Ankara et d’Adana. L’entreprise gère également 5 centrales hydroélectriques (227 MW) et 5 centrales thermiques (1,385 MW) []
  2. Les nacelles ont été produites en Allemagne, les pales au Brésil, les transformateurs en Chine, les tours en Turquie []
  3. Une des sources de tensions a notamment concerné la perte de nombreuses volailles écrasées sous les roues des camions, ce qui peut sembler à première vue être un détail anodin mais qui ne l’est pas pour des villageois aux ressources financières limitées. []

Compte Rendu de Séminaire « Perceptions des migrants internationaux en Turquie »

sem_bilgiLe 12 avril 2013 s’est tenu à l’université de Bilgi un séminaire portant sur la perception des migrations et des migrants internationaux en Turquie. Organisée en partenariat avec l’Organisation Internationale des Migration (OIM), cette journée d’étude avait pour but de discuter d’un aspect encore trop peu renseigné. La plupart des études portant sur les migrations vers la Turquie n’abordent que brièvement ce sujet et les questions qu’il soulève. Notons deux tendances chez les participants : certains ont mis l’accent sur les points positifs (tradition d’accueil, fraternité…) ; d’autres l’accent sur le versant négatif (discrimination, racisme, xénophobie), tendance qui a finalement été la plus lourde. Tout en restant en dehors des polémiques, les participants ont largement débattu de ce point.

L’introduction du séminaire, prononcé par Ayhan Kayadirecteur de l’institut Européen à l’université de Bilgi et auteur de nombreux articles sur le sujet (Kaya, 2011; Kaya, 2010) – a jeté les bases d’une réflexion à la fois pragmatique et philosophique en s’inspirant de la philosophie de Lévinas. Partant d’une analyse étymologique et historique du terme « tolérance », il a montré à quel point l’usage du terme reposait sur un mythe aux racines historiques profondément enfouies, dénonçant par là même le mythe de l’hospitalité comme l’avaient auparavant fait d’autres universitaires (Rosello, 2002). En Turquie, le mythe de la tolérance reposerait aujourd’hui principalement sur la réinterprétation du système ottoman des Millet (communautés). Ce dernier permettait alors un respect des différentes pratiques religieuses mais autorisait aussi des pratiques discriminantes (notamment lors de la levée des impôts) au sein de l’Empire (Georgeon, 2010). En dépit du fait que ce système est complètement abandonné par les élites républicaines, ce système continue étrangement de faire référence dans les discours actuels lorsqu’il s’agit de parler de tolérance et de diversité en Turquie. Dans la ligné des travaux d’Étienne Balibar sur les rapports établis entre race et nationalité par la construction des États-nations (Balibar, 2007), Ayhan Kaya s’est interrogé sur la capacité de la Turquie contemporaine à accueillir l’étranger, largement marquée par le processus d’homogénéisation nationale des premières décennies de la république.

Par la suite, Emre Erdoğan et Pınar Uyan Semerci (université de Bilgi) ont présenté leurs analyses des résultats d’une étude quantitative internationale (World Values Survey), qui souligne une certaine hostilité envers les migrants en Turquie. Aslı Tunç et Itır Erhart (université de Bilgi) ont présenté les conclusions d’un veille d’actualité réalisée au cours de l’année 2012 et portant sur la couverture médiatique des femmes issues de l’ex-URSS dans les plus grands journaux turcs (Hürriyet, Zaman, Posta, Sabah et Milliyet). Cette approche qualitative a montré à quel point les stéréotypes dégageant une image négative des migrant(e)s issu(e)s de l’ex-URSS étaient véhiculés et relayés par la presse nationale. Elles ont également montré que le discours accompagnant les articles de presse était généralement hostile à la présence des migrants, corroborant les analyses de E. Erdoğan et de P. Semerci.

Brigitte Suter (université de Malmö) s’est de son coté intéressée au ressenti des migrants quant à leur propre perception par la société turque. Au travers des entretiens avec des migrants Africains, elle a su montrer en quoi la « race » (en tant que construit socio-historique) était une catégorie pertinente pour étudier les rapports entre migrants et nationaux en Turquie. Au niveau théorique, il a été précisé que les enjeux scientifiques portent  principalement sur la spécificité des phénomènes observés : quel sens peuvent avoir les concepts de racisme ou encore de xénophobie en Turquie ? Sur ce sujet, Barbara Pusch (Orient-Institut Istanbul) a apporté une réflexion intéressante sur les usages que nous faisons des concepts, le premier d’entre eux étant « migrant » (göçmen). Elle a souligné à travers son expérience de terrain que ces statuts étaient construits socialement et qu’il existait en Turquie une forme de hiérarchie des étrangers, encore mal connue des universitaires (göçmen, muhacir, gurbetçi, yerleşik yabancı…).

À l’instar du discours d’ouverture d’Ayhan Kaya, de nombreuses communications ont évoqué les migrations qui ont suivi l’effondrement de l’Empire ottoman et qui ont participé à la construction de l’État-nation turc. Ces migrations ont largement dépendu de la loi relative à l’installation des immigrants (İskan Kanunu – n°5543) qui stipulait que les immigrants devaient être turcophones et de « race turque », littéralement, des congénères (soydaş). Barbara Pusch a notamment rediscuté de l’impact de ce processus historique sur la perception des migrants. En citant Danış et Parla (2009), elle a  tout d’abord rappelé que cette loi n’était plus appliquée depuis le début des années 90, puis s’est ensuite interrogée sur la différence de traitement qui pouvait subsister entre migrants internationaux « non-turciques » et migrants « turciques » au sein de la société turque. Brigitte Suter, en citant Ergin (2008), est revenue sur l’utilisation de la race par les autorités turques lors des premières années de la République, en appuyant sur le fait que idéologie nationaliste avait été à l’origine d’un discours racial dont on pouvait aujourd’hui interroger les prolongations. À travers des données empiriques, elle a montré que les migrants africains se percevaient comme « racialisés » et comme affiliés à un certain nombre de clichés persistant sur le continent africain (famine, pauvreté…). À cet égard, le slogan de la banderole des supporters de Trabzon Spor fut parlant : « En Afrique, c’est de faim qu’ils meurent, nous, c’est d’amour pour Trabzon Spor » (« Afrika açlıktan, biz Trabzon aşkından öldük »). Faits spontanés, faits divers ? La plupart des participants s’accordent à dire que ces phénomènes de racisme/xénophobie, bien que difficiles à objectiver, ne devraient pas être ignorés par les sciences sociales. Idée que nous retrouvons chez Frantz Fanon lorsqu’il assimile le racisme à une pratique quotidienne triviale dépendante d’un contexte plus large : « Le racisme n’est pas un tout mais l’élément le plus visible, le plus quotidien, pour tout dire, à certains moments, le plus grossier d’une structure donnée. » (Fanon, 2006, p. 39).

Enfin, sur le plan juridique, les enjeux relatifs à l’application de la nouvelle loi votée au parlement la même semaine – nouveau cadre légal du statut des étrangers en Turquie (Uluslararası ve Yabancılar Koruma Kanunu, loi n°6458) – ont largement étaient évoqués par les participants. En dépit d’un manque de certitude sur les modalités d’application de la loi, tous se sont montrés convaincu des changements amorcés par la Turquie en matière de protection et d’encadrement des étrangers. La protection octroyée aux étrangers par cette loi, qui demeure insuffisante selon certaines ONG, devrait néanmoins leur garantir une protection accrue qui ne dépendra plus de circulaires ministérielles et qui ne devrait plus faire l’objet d’une application discrétionnaire (pour plus de précisions, voire Soykan, 2012). Les dispositifs visant à encadrer la présence des étrangers se multiplient – en particulier dans le cadre de l’application des acquis européens (Fait, 2012) -, et tendent vers un encadrement accru des pratiques migratoires et vers une politisation croissante de ces questions au niveau national  (Bilgili, 2012).

Au-delà de ces débats théoriques, notons également la présence d’institutions tel que l’OIM (Organisation Internationale pour les Migrations), coorganisateur de l’événement, ou encore d’ONG, dont certains membres ont pris la parole pour présenter des études quantitatives (Selda Alp / Eşit Haklar İçin İzleme Derneği (EŞHİD), Ibrahim Vurgun Kavlak / Association for Solidarity with Asylium Seekers (ASSAM)). Une présence qui semble confirmer l’idée que les questions théoriques/pratiques relatives aux phénomènes migratoires en Turquie intéressent un nombre croissant d’acteurs d’horizons divers.

Bibliographie sélective

Tour d’horizon de l’actualité énergétique de la Turquie 2012-2013

La feuille de route politique et économique du gouvernement AKP intitulée « Vision 2023 », en référence au futur centenaire de la République turque, se traduit pour le secteur énergétique par une inflation discursive. Ce secteur est d’autant plus stratégique que les perspectives de croissance économique présentées par ailleurs au travers de cette Vision 2023 requièrent de facto une consommation de plus en plus importante d’énergie. Il est attendu en effet que la demande énergétique du pays – qui enregistre déjà le second plus haut taux de consommation énergétique derrière la Chine – double dans la décennie à venir, soit une croissance annuelle prévue entre 6 et 9%. De ce contexte résulte une actualité énergétique très riche dont la présente note sélectionne quelques enjeux.

1) Du hub diplomatique au « deal énergétique »

L’examen d’une géopolitique de l’énergie spécifique à la Turquie se traduit par le recours systématique au qualificatif de hub ou pont énergétique qui traduit le rôle de synapse du territoire turc entre pays producteurs de ressources énergétiques d’un côté et pays consommateurs de l’autre. L’État turc utilise cet avantage géostratégique au service de sa diplomatie et de son émergence politique et économique dans la région. En première main, ce type d’analyse se prête par exemple parfaitement à une lecture du processus d’apaisement engagé par Israël vis-à-vis de la Turquie suite aux excuses officielles de Benyamin Netanyahou présentées le 22 mars dernier à l’encontre de son homologue turc Recep Tayip Erdoğan (voir ici). Durant une récente conférence sur les enjeux énergétiques tenue à Ankara, les propos d’un émissaire israélien spécialement mandaté pour l’occasion, sont explicites : « Peut-on utiliser l’énergie, peut-on utiliser le gaz au-delà de sa valeur commerciale au service de la politique, au service de la diplomatie ? »1. Dans l’optique d’exporter le gaz naturel découvert aux larges de ses côtes en 20092, cette tentative d’apaisement des relations avec la Turquie nous laisse donc penser qu’Israël aurait choisi le terminal de Ceyhan comme débouché d’un pipeline sous-marin. Dès lors, le refus actuel du ministre de l’Énergie turc d’entamer des pourparlers à propos de ce projet tant que les relations diplomatiques ne seront pas officiellement stabilisées, peut s’analyser comme une illustration de la puissance et de la confiance nourries de cette situation géostratégique. Alors que paradoxalement, la Turquie cherche à accroître et diversifier ses importations de gaz naturel, la position de hub énergétique semble effectivement légitimer à elle seule l’assurance affichée par les responsables politiques turcs. Toutefois, ces conjectures géopolitiques ne nous renseignent guère sur les conséquences « collatérales » qu’implique cette situation bipolaire de la Turquie qui est à la fois dépendante de ses voisins pour sa consommation mais dont dépendent ses voisins pour faire transiter leurs réserves. En coulisse ces « deals énergétiques » – accords plus ou moins tacites qui impliquent également des acteurs économiques privés potentiellement proches du pouvoir – ne pourraient-ils pas par exemple contribuer à expliquer les sommes impressionnantes investies en Turquie par SOCAR Turkey Enerji , filiale de la compagnie pétrolière nationale d’Azerbaïdjan (voir ici) et ce notamment à la lumière du projet de gazoduc transfrontalier TANAP. Dernier exemple en date, SOCAR vient de racheter au mois d’avril 2013, le groupe Star Media –  dont font partie le journal éponyme et la chaine télévisée Kanal 24 – propriétaire de l’homme d’affaire Fettah Tamince, également fondateur de la chaine d’hôtel Rixos et connu pour ses proches relations avec le premier ministre turc en personne.

2) Vers une production énergétique décarbonée ?

Malgré une capacité de production d’électricité installée qui a pratiquement doublé en Turquie ces 10 dernières années – de 32000 MW en 2002 à 57000 MW en 2012 – le pays connaît toujours des cycles de tensions électriques notamment l’été. Un pic de consommation a été atteint au mois de juillet dernier (752,7 millions de KW soit 11% de plus qu’en juillet de l’année précédente) du fait notamment de l’utilisation massive des appareils de climatisation. La Turquie s’est vue contrainte d’acheter de l’électricité à la Géorgie et à la Bulgarie en prévention d’éventuelles coupures de courant. Concernant le gaz naturel, cet hiver, un pic de consommation à été atteint (187 millions de m3) dont 1/5 est le seul fait d’Istanbul. En vue de répondre à cette demande croissante, tirer massivement avantage du potentiel des énergies renouvelables encore peu exploitées en Turquie semblerait une solution envisagée. L’autorité régulatrice du marché électrique (EPDK) prévoit ainsi d’accorder d’ici 2023 plus de 3000 MW de capacité de production d’électricité à partir du solaire. La construction de la première centrale à tour solaire vient par exemple d’être achevée à Mersin.

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Figure 1: 50 millions de $ ont été investis par Greenway pour la 1ère ferme solaire de Turquie (cliché pris en mars 2013)

Les objectifs concernant l’éolien sont de même envergure. Durant les mois prochains, est notamment planifiée l’inauguration de 52 turbines éoliennes à Balikesir – la plus grande ferme éolienne de Turquie – avec une capacité totale de production de 143 MW. Ces investissements doivent conduire la Turquie à produire 30% d’électricité à partir des ENR en 2023. Au même moment, le nucléaire devrait contribuer pour 10% de la production nationale. La centrale d’Akkuyu financée, construite et gérée par les Russes (voir ici) devrait entamer sa production en 2019. Concernant la seconde centrale à Sinop, seuls un consortium franco-japonais (Mitsubishi-Areva) et une entreprise chinoise (Guangdong holding) seraient encore en lice pour remporter l’appel d’offre. Selon les dirigeants politiques turcs, ces choix de production se légitiment notamment par leur faible teneur en carbone. Pourtant, cette ruée vers ces nouvelles énergies ne doit pas cacher une autre réalité dont l’impact environnemental est beaucoup moins flatteur.

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Figure 2 : “Quand le charbon turc sera-t-il découvert?” (Dernier numéro du magasine publié par le Caspian Strategy Institute, think-thank basé à Istanbul dont l’objectif est de développer les connaissances sur la région caspienne autour des sujets spécifiques de la sécurité énergétique et des relations internationales)

Toujours guidée par cette volonté de réduire sa dépendance envers ses voisins – 90% du charbon provient d’Afrique du Sud, Colombie, Russie et d’Ukraine pour un coût estimé à 964 millions de dollars- la Turquie prospecte massivement son territoire à la recherche d’énergie fossile. Une réserve de charbon comptant pour 40% des réserves nationales sera prochainement exploitée par une entreprise des Émirats Arabes Unis dans la province de Kahramanmaraş. 1,8 billions de tonnes de charbons viennent d’être découverts dans la province de Konya, auquel il faut ajouter une découverte d’une possible réserve de 510 millions de tonnes par le ministère de l’Énergie en Thrace. Alors que la Turquie possède également des réserves importantes de lignite de très faible qualité énergétique, l’entreprise nationale TKI, dont l’activité économique a durement été touchée depuis l’utilisation massive du gaz naturel, se reconvertit désormais dans la valorisation du gaz synthétique dans la région égéenne (bassin minier de Manisa et Küthaya). Ces données prouvent que la valorisation des ressources minières est devenue priorité nationale, Taner Yıldız – le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles – ayant officiellement annoncé que le charbon devrait contribuer pour 30% de la production d’électricité en 2023. Les conséquences de cette réorientation de la production énergétique font déjà sentir leurs effets avec une croissance des licences accordées au secteur privé pour construire des centrales à charbon au détriment des centrales thermiques au gaz. Le gouvernement turc s’intéresse également de près au très controversé gaz de schiste en Anatolie centrale dans les provinces d’Ankara, Konya et Kirşehir. A noter enfin qu’une prospection importante concerne les ressources pétrolières dans la province de Diyarbakır ou dans les fonds sous-marins de la Mer noire.

3) Tarification sociale et privatisation des réseaux de distribution énergétique

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Figure 3: “Turkish government rakes in $3.5 bln in power grid tenders”, Hurriyet Daily News, 15/03/13

Après quelques imbroglios juridico-administratifs concernant notamment le réseau de gaz d’Ankara et le réseau d’électricité de la rive européenne d’Istanbul, le processus de privatisation de l’ensemble des réseaux de distribution est désormais abouti.3. Début 2013, la vente des 4 plus importants réseaux a été finalisée. Cela concernait la partie asiatique d’Istanbul, les provinces de Toroslar, Van et Dicle (voir la carte ci-dessus). Il est important de souligner l’hétérogénéité de ces territoires avec des variations importantes concernant le niveau de développement économique, le statut à dominante rurale ou urbaine, le nombre de clients variant entre 458 000 dans la province de Van à 2,4 millions sur la partie asiatique d’Istanbul et un ratio d’électricité piratée variant entre 8% à Istanbul et 70% dans les provinces de l’Est. Au moment où les nouvelles factures délivrées vont commencer à refléter les réorientations stratégiques des entreprises privées, il n’est pas improbable que des tensions apparaissent entre ces dernières et les élites politiques locales, soucieuses de ne pas se couper de leur base électorale si elle venait à subir les effets négatifs de ces nouvelles mesures. Ceci a par exemple conduit à l’annulation en 2010 d’une première tentative de privatisation du réseau de Dicle. Les désaccords portaient essentiellement sur la mesure des pertes d’électricité captées illégalement. Pour éviter un nouvel échec, l’exploitant ayant remporté le récent appel d’offre (Groupe Iskaya Doğu) a présenté sa volonté de mener une étroite collaboration avec les autorités locales concernant ce problème. Ces questions du captage illégal et de la tarification de l’électricité sont particulièrement sensibles en Turquie notamment depuis qu’un projet de loi porté par l’EPDK au début des années 2000 prévoyait d’indexer régionalement les coûts facturés aux usagers selon le taux de captage illégal d’électricité. Par crainte des conséquences impopulaires d’une telle loi à la veille des élections présidentielles de 2007, le gouvernement AKP avait temporairement suspendu cette mesure jusqu’en 2013. Au vu d’une augmentation généralisée des prix de l’énergie depuis quelques années avec des inflexions à la hausse parfois brutales – en septembre 2012, le 1er ministre turc a annoncé une hausse des tarifs du gaz entre 10 et 15% pour les particuliers et de 9% pour l’électricité qui faisait déjà suite à des hausses de même niveau les mois précédents – les conséquences sociales seraient majeures si une telle mesure venait à être finalement adoptée. L’actualité dramatique des derniers mois à l’échelle de la seule métropole d’Istanbul nous rappelle à quel point l’accès sécurisé à des systèmes techniques fournissant un minimum confortable demeure une question non résolue en Turquie. Du fait d’une installation de gaz défectueuse, une famille entière de 5 personnes et 5 Afghans ont été retrouvés morts asphyxiés au monoxyde de carbone respectivement à Gaziosmanpaşa et Zeyntinburnu. Ce mois-ci la mort de 5 enfants à Esenyurt a été provoquée par un incendie déclenché par une lampe électrique chauffante. La réponse apportée à ce problème par l’exploitant du réseau de gaz naturel d’Istanbul parait bien dérisoire en se contentant de diffuser des messages préventifs. L’intérêt économique y est d’ailleurs difficilement masqué avec la crainte d’une réduction de la consommation de gaz naturel au bénéfice d’autres ressources énergétiques.

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Figure 4: “Le tueur silencieux”. Faites attention au monoxyde de carbone. Ce n’est pas le gaz naturel qui empoisonne mais le monoxyde de carbone. N’oubliez pas que le gaz naturel utilisé de manière adéquate est un combustible très sûr” www.igdas.com.tr

4) « Dönüşümle enerjiyi savurmayan binalar yapacağız » ((« Avec le renouvellement urbain, nous allons faire des logements économisant l’énergie », Milliyet, 17/04/13))

Liée à une autre actualité urbaine, celle qui concerne le gigantesque projet de rénovation urbaine lancée à l’échelle nationale par le gouvernement AKP, les questions de maîtrise et d’efficacité énergétique prennent une nouvelle ampleur au sein des agendas politiques nationaux et locaux. Erdoğan Bayraktar, à la tête du ministère de l’environnement et de l’urbanisation, ancien directeur de TOKI, déclare ainsi que 14 millions de logements ne respecteraient pas des critères standard en terme d’isolation thermique ou de revêtement de façade4. Agir sur la maîtrise énergétique à l’échelle du bâti parait légitime si l’on admet que le secteur résidentiel est responsable d’environ 30% des rejets de CO2 dans l’atmosphère en Turquie. Seuls 6% du parc immobilier turc disposeraient d’une isolation en toiture. Après avoir invoqué l’argument d’utilité publique du risque sismique pour légitimer l’ampleur des rénovations urbaines, et sans doute l’arbitraire du processus de mise en œuvre, il n’est pas exclu que celui de l’efficacité énergétique vienne s’adjoindre au précédent. Durant la conférence d’Ekodesign, Erdoğan Bayraktar s’est exprimé en ces termes « Une fois la rénovation urbaine achevée, nous voulons faire de la Turquie un pays très avancé avec des villes modernes dotées d’espaces verts, de transports organisés, de maisons intelligentes économes en énergie, des villes écologiques. Nous travaillons à ce que l’ensemble des constructions de notre pays soit conçu pour économiser l’énergie »5. Une nouvelle niche commerciale se constitue actuellement autour des figures du « bâtiment intelligent », de la « ville écologique », des bâtiments à « énergies positives ». Preuve de cet intérêt naissant, TOKI s’est engagé à produire « des logements zéro carbone » pendant que les entrepreneurs du bâtiment ont sollicité le TSE (Institution en charge d’édicter les standards à l’échelle de la Turquie) pour créer une certification nationale « bâtiment vert ». Cette manœuvre vise à  contourner la dépendance des certifications internationales LEED et BREAM dont les coûts jugés trop importants– entre 5000 et 100 000 dollars en fonction de la taille des projets standardisés – n’auraient pas un effet incitatif au changement des pratiques de construction.

« Güneş ve rüzgarda potansiyel yatırıma dönüşüyor », Dünya, Enerji Sektör Arastırması (supplément n°21), Novembre 2012
« Dönüsümle enerjiyi savurmayan binalar yapacağız », Milliyet, 17/04/13,
« Esenyurt’ta 5’i çocuk 6 kişi yangında öldü », Milliyet, 21/04/13, p.4
« Turkey’s Star Media Group sold to Azeri oil giant Socar: Report », Hurriyet Daily News, 24/04/13
« Urban transformation to make cities ‘greener’ », Hurriyet Daily News 19/02/13
« Israel sees ‘Med-Streams’ in service of regional diplomacy », Hurriyet Daily News, 12/04/13
« Turkish government rakes in $3.5 bln in power grid tenders », Hurriyet Daily News, 15/03/13
« Turkey’s electricity consumption hits a record », Hurriyet Daily News, 12/07/12


 

  1. « Israel sees ‘Med-Streams’ in service of regional diplomacy », Hurriyet Daily News, 12/04/13 []
  2. Pour une vision complète des tensions à l’œuvre dans la région suite à la découverte de plusieurs réserves off-shores, se reporter au récent article « East mediterranean gas : what kind of a game changer ? » de H. Darbouche, L.El-Katiri, B.Fattouh, NG 71, Dec 2012, Oxfort Institute for Energy Studies []
  3. À notre connaissance, seul le réseau de gaz naturel d’Istanbul (IGDAS) ne le serait pas encore. Le flou persiste cependant avec une procédure d’appel d’offre qui serait vraisemblablement en cours. []
  4. « Urban transformation to make cities ‘greener’ », Hurriyet Daily News 19/02/13 []
  5. « Kentsel dönüşümü tamamlanmış, meydanlara, yeşil alanlara sahip ve ulaşımı düzenli modern şehirler, enerji tasarrufu sağlayan akıllı evler ve ekolokik şehirlerle Türkiye’yi ileri bir seviyeye taşimal istiyoruz. Ülkemizin konut stokunun enerjiyi savurmayan binalardan oluşmasi için calışıyoruz » Milliyet, 17/04/13 []

Parutions février et mars 2013 : Histoire ottomane et de la jeune république

osmanliistihbarati Kitap Yayınevi a publié en mars le livre de Ahmet Yüksel II. Mahmud Devrinde Osmanlı İstihbaratı [L’espionnage sous Mahmud II] (568p.). L’auteur étudie l’histoire de l’espionnage dans l’Empire ottoman, motivé principalement par des considérations militaires. Il suit sa transformation au début de l’époque des réformes et analyse comment il répondait à l’aspiration de l’État ottoman de devenir une grande puissance dans l’Europe du XIXe siècle.
dersimdeosmanlisiyaseti Également chez Kitap est sorti le livre de Cihangir Gündoğdu et Vural Genç Dersim’de Osmanlı Siyaseti, 1880-1913 [La politique ottomane à Dersim] (196p.). Le livre tente de définir la politique de l’État ottoman à travers une étude des propositions de réformes (lâyiha) soumis à l’État central concernant la région de Dersim. Les auteurs analysent la perception de Dersim comme une forme d’orientalisme qui aurait guidé les politiques de l’État ottoman dans cette région.
turkromanindaavrupa Kitabevi Yayınları a publié en février l’étude d’Ahmet Koçak Türk Romanında Avrupa (1872 – 1900) [L’Europe dans les romans turcs (1872-1900)] (772p.). Le livre analyse l’image de l’Europe dans la littérature moderniste en langue turque du XIXe siècle à travers une lecture des romans des auteurs les plus connus (Ahmet Midhat Efendi, Şemseddin Sami, Namık Kemal, Samipaşazâde Sezai, Recaizâde Mahmut Ekrem, Mizancı Murat, Fatma Âliye Hanım, Hüseyin Rahmi Gürpınar, Halit Ziya Uşaklıgil, Mehmet Rauf, Nabizâde Nazım, Safvetî Ziya ve Safvet Nezihî). Il propose aussi d’étudier l’impact de cette représentation sur le processus de changement de la société ottomane et turque.
10temmuz Un petit livre de Filiz Çolak traite de la « fête de la liberté » du 23 juillet (10 juillet d’après le calendrier julien) à l’occasion de la proclamation de la constitution ottomane en 1908 par les Jeunes Turcs Osmanlı’dan Cumhuriyet’e 10 Temmuz Hürriyet Bayramı [La fête de la liberté du 10 juillet de l’Empire ottoman à la République] (116p.). L’étude suit l’histoire de la fête nationale jusqu’à son abolition en 1934.
alifuatpasa Chez Paraf Yayınlar est paru le livre İmparatorluktan Cumhuriyete Ali Fuat Paşa [Ali Fuat Paşa de l’Empire à la République] (376p.) par Aksel Keskin. L’étude donne une biographie de l’homme militaire Ali Fuat Cebesoy, fondateur du premier parti d’opposition libérale de la République de Turquie Terakkiperver Cumhuriyet Fırkası (Parti républicain et progressiste). Le livre, basé principalement sur des mémoires, met en avant la dimension militaire d’Ali Fuat en minimisant les divergences de celui-ci avec Mustafa Kemal Atatürk et le CHP.
1929_buhran L’étude d’Alev Gözcü 1929 Dünya Ekonomik Buhranı ve Türkiye [La crise économique mondiale de 1929 et la Turquie] (643p.) est parue chez Libra. L’auteure étudie la mise en place d’une politique économique libérale dès la fondation de la République de Turquie qui cherchait à attirer des investissements étrangers. Elle analyse comment cette politique a été mise à l’épreuve par la crise économique de 1929 et finalement abandonnée au profit d’un programme autarcique. L’étude donne également une large part aux effets sociaux de la crise économique libérale.
1837 TEKPARTI.indd İletişim a publié une nouvelle étude d’Ahmet Demirel sur le CHP Tek Partinin İktidarı. Türkiye’de Seçimler ve Siyaset (1923-1946) [Le régime du parti unique. Élections et politique en Turquie (1923-1946)] (493p.). Le livre porte sur les élections parlementaires et les députés dans la première période républicaine. Il s’agit de la première étude, qui s’intéresse d’une façon cohérente aux profils et aux origines socio-économiques de l’ensemble de députés ayant siégé à Ankara. À travers les résultats de ses recherches, l’auteur vient à une analyse de la façon dont le CHP a imposé son pouvoir et souligne les tensions inhérentes à son projet de pouvoir politique. Pour écouter la présentation que l’auteur a fait de son livre à l’IFEA, cliquez ici

Les variations régionales du taux de fécondité en 2010/Regional variations of the fertility rate in 2010

On sait le caractère politiquement sensible des questions démographiques dans la Turquie actuelle. Le pouvoir politique s’en saisit fréquemment à travers des déclarations et des mesures qui participent de l’émergence d’une politique nataliste. Cependant, les questions démographiques sont généralement surtout abordées sous l’angle des perspectives de vieillissement – avec les conséquences sur les politiques de retraite – ou sous l’angle des perspectives de croissance de la population globale du pays. Le poids démographique est, dans l’esprit des dirigeants actuels, un indice de puissance et un instrument indispensable de la politique d’influence. La démographie est une composante du soft power alaturca. Il faut peser pour compter et rayonner à l’échelle mondiale.

Pour autant, malgré la taille du pays, les questions démographiques sont rarement abordées sous l’angle territorial, alors même que les discours généraux trouvent rapidement leurs limites dans la persistance – voire le creusement – des différences de comportement et de profils démographiques entre les régions.

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Carte : Pascal Lebouteiller (Atelier de cartographie)/Texte : Jean-François Pérouse

Cette carte construite à partir des données fournies par l’Institut Turc des Statistiques (TÜİK : www.tuik.gov.tr) montre les différences nettes existant entre les taux de fécondité moyens des douze régions turques (selon le découpage en NUTS) pour l’année 2010. Le taux de fécondité n’est pas, contrairement à ce qui est souvent dit et écrit, le nombre moyen d’enfants par femme à un instant t, mais le « rapport entre le nombre de naissances vivantes durant une année et le nombre de femmes en âge de procréer (15 à 49 ans) ». Le gradient ouest/est qui apparaît, avec un écart du simple au double entre la région la plus occidentale de la Marmara occidentale (Batı Marmara) et la région de l’Anatolie du Sud-Est (Güneydoğu Anadolu), est frappant et souligné par les choix de couleurs et de classes. On ne saurait illustrer de façon plus claire les différences entre l’est et l’ouest du pays ainsi que la composante démographique de la « différence kurde » dans le pays. Le tableau en bas à gauche indique en outre une chute de ces taux sur les trois années prises en compte, notamment pour la région d’Anatolie orientale du centre (Ortadoğu Anadolu). Les efforts des militaires depuis les années 1930 pour combattre la « bombe démographique kurde », selon une expression en vigueur dans des rapports secrets révélés ces dernières années, semblent donc être restés vains ; les évolutions et infléchissements relevant d’autres processus (accès à l’éducation et prolongement des études, urbanisation, individualisation, émancipation féminine … ).

Cette différence inter-régionale des comportements démographiques est aussi nette quand on considère les derniers chiffres sur le pourcentage des enfants dans la population ; chiffres publiés à l’occasion de la fête des enfants (et de la souveraineté nationale) le 23 avril 2013. Alors qu’au niveau de l’ensemble du pays la part des 0-17 ans est passée de 48,5% en 1970 à 30% en 2012, pour cette même année 2012, mais cette fois à l’échelle des départements, le pourcentage était de 20% à Edirne et de 49% à Şırnak à l’extrême est du pays. Tous les départements affichant un pourcentage d’enfants très supérieur à la moyenne nationale étaient situés à l’est du pays. De la même façon, toujours selon le TÜİK-23 avril 2013, alors que le pourcentage de ménages – au sens statistique – ayant au moins un enfant était de 82,6% dans le département de Şırnak, il était de 37,7 % à Çanakkale au bord de la mer Égée. Ces écarts devraient nous inciter à prendre davantage en compte la variable « différences-inter-régionales » – pour ne pas parler des différences intra-régionales – dans les analyses produites sur la Turquie contemporaine.

  • « TÜİK’ten 23 Nisan’a özel veri seti » (ensemble spécial de données pour le 23 avril), Dünya, 23/04/2013, p. 5.

  • « Çocuk nüfusu geriliyor » (la population enfantine recule), Dünya, 23/04/2013, p. 2.

  • « Okullaşma oranında yükselme durdu » (plafonnement de l’augmentation du taux de scolarisation), Radikal, 17/04/2013.

  • « Bakıma muhtaç yaşlı sayısı 3 milyonu geçti » (le nombre de personnes âgées ayant besoin d’être pris en charge a dépassé les 3 millions), Haber Türk, 8/04/2013, p. 23.

  • « ‘En az 3 çocuğa’ grafikli savunma » (défense au moyen d’un graphique de la thèse ‘Au moins 3 enfants’ », Milliyet, 16/12/2011, p. 22.

Études sur le quartier dans l’Empire ottoman et en Turquie

Türkçe çeviri

Mai 2013

Le quartier, en Turquie, n’a pas connu le réinvestissement dont il a fait l’objet récemment en France comme cadre d’action politique. On peut traduire “quartier” par deux termes: mahalle – unité administrative de base en ville – mais aussi semt, qui n’a aucune existence administrative mais est de plus grande taille et mieux connu à l’échelle de la ville. Si le quartier est réinvesti en Turquie, c’est d’abord comme imaginaire, notamment dans les productions télévisuelles et littéraires, dans un contexte d’étalement urbain et d’anonymat attribué à la grande ville. Partant de ce constat, ce présentoir thématique revient sur la manière dont le quartier dans l’Empire ottoman et en Turquie a été traité dans les sciences sociales.

Le quartier a longtemps été un terme obligé des études sur la ville ottomane, s’inscrivant dans une vision des villes islamiques, comme dépourvues d’identité collective, d’autonomie politique et d’initiatives populaires. Dans cette vision de la « ville islamique », le quartier apparaît comme une entité stable et fermée sur elle-même voire autarcique, étanche à l’influence étatique. Il constitue le symbole même – et le garant – de l’immobilisme d’une ville ottomane. Il symbolise aussi sa fragmentation : souvent constitué par une communauté religieuse groupée autour d’un lieu de culte, le quartier possède son propre marché, son école et sa fontaine, un café, le tout entretenu par des legs pieux; il est souvent vu comme une unité cohérente, souvent homogène ethniquement, linguistiquement, religieusement. Dans cette perspective, le quartier est synonyme de communauté et la ville est un patchwork. Vu comme une fraction du territoire dans la ville et non pas de la ville, le quartier est alors chargé d’un fort signe communautaire et identitaire (Rinaldo Marmara, 2003).

La critique et la mise à distance de cette vision dans les travaux d’histoire urbaine à partir des années 1970 ont conduit à réviser en profondeur cette conception essentialiste du quartier. Dans cette nouvelle historiographie – qui d’ailleurs prend rarement le quartier frontalement pour objet – l’accent est mis plus sur les habitants et les relations qui les unissent que sur les caractéristiques physiques du quartier. Ce dernier apparaît désormais comme une entité souple et imprécise, mais aussi plus hétérogène socialement et ethniquement. Il est considéré comme un lieu de passage, de circulations et d’échanges autant que d’appartenance et, plutôt que sa fermeture, on souligne ses relations avec les autres quartiers et la ville dans son ensemble. S’il était géographiquement l’unité la plus petite, le quartier semble avoir été l’échelle la plus significative dans la vie quotidienne des habitants de la ville d’un point de vue social, économique et relationnel. Toutefois, à l’exception de l’étude de Cem Behar qui a été rendue possible grâce à la richesse de son corpus d’archives (registres des maires de quartiers), les sources permettant l’analyse du tissu social sont peu nombreuses et éparses. Cela est peut-être également lié au fait que les données issues des recensements de population ne sont pas désagrégées au niveau des quartiers, ce qui rend difficile toute analyse à l’échelle micro-locale.

Pour la période républicaine, les études sur le quartier sont encore plus lacunaires. Autant le village a été largement étudié – dans une perspective de modernisation et d’intégration à la nation, y compris dans sa dimension politique -, autant le quartier a été délaissé. Ainsi, il existe très peu de recherches de sociologie politique sur les quartiers et leurs maires. Quelques travaux adoptent une perspective de science administrative et s’attardent sur le rapport entre les mahalle et les autres administrations et l’adaptation de leurs moyens aux buts qui leurs sont fixés. Le quartier apparaît à la marge dans les études sur la politique locale. Il a cependant été étudié comme lieu d’engagement et de tensions politiques, en particulier dans les années 1970 (1 mayıs, Şükrü Aslan). Très récemment, quelques travaux considèrent le quartier comme espace de participation politique de proximité, dans une perspective de démocratisation.

Le quartier est revenu au-devant de l’actualité turque en 2007 et 2008, avec le débat sur le mahalle baskısı, littéralement la « pression du quartier », lancé par l’une des figures les plus connues de l’histoire et des sciences politiques turques, Şerif Mardin. Définie par Mardin comme « le regard » de l’autre, la pression renvoie au contrôle social immanent à la société, qui s’exercerait d’autant plus facilement que l’espace concerné est réduit et la proximité forte. Pour ce dernier, en tant qu’espace de vie aux acteurs multiples échappant largement à l’emprise de l’État, le quartier constituerait l’espace même de ce type de pression dans les villes ottomanes et turques. Il serait ainsi susceptible de mettre en danger le projet de modernisation de la société par le haut, non par son inertie, mais par son pouvoir de résistance et sa capacité à imposer des normes alternatives. Le débat afférent, plus médiatique qu’académique, s’est concentré sur l’existence d’une telle pression – notamment concernant le port du voile – et sur son potentiel à entraîner une islamisation par le bas, dans un contexte politique fortement clivé.

Malgré la multiplicité des angles adoptés pour traiter du quartier, celui-ci n’est pas pour autant une entrée privilégiée pour étudier la complexité des phénomènes urbains. Paradoxalement, en dehors du cadre universitaire, on remarque un phénomène de retour sur le quartier. Dans le contexte d’hyper-métropolisation et d’internationalisation d’Istanbul, la réhabilitation du quartier a parfois conduit à une nouvelle forme d’essentialisme, où le terme est souvent associé à une conception pittoresque et nostalgique – et quelque peu réifiante – du passé.

Sélection d’ouvrages

  • Egemen Yılğur, Nişantaşı Teneke Mahallesi, Teneke Mahalle Yoksulluğundan Orta Sınıf Yerleşimine, Istanbul, İletişim, 2012.
  • Cem Behar, Neighborhood in Ottoman Istanbul: Fruit Vendors and Civil Servants in the Kasap İlyas Mahalle, Istanbul, State University of New York – Suny, 2003.
  • Şükrü Aslan, 1 Mayıs Mahallesi : 1980 Öncesi Toplumsal Mücadeleler ve Kent, Istanbul, İletişim, 2004
  • M. Poyraz, L. Gandais, Ş. Aslan, Les quartiers populaires et la ville. Les varoş d’Istanbul et les banlieues parisiennes, Paris, L’Harmattan, 2004.
  • Amy Mills, Streets of Memory: Landscape, Tolerance, and National Identity in Istanbul, University of Georgia Press, 2010.
  • Erol Tümertekin, İstanbul’da bir sanayı bölegesi Bomonti, Istanbul, Istanbul Universitesi, 1967.
  • Didem Danış, Ebru Kayaalp, Elmadağ: A Neighborhood in Flux, Istanbul, Les dossiers de l’IFEA, 2004.
  • “De l’empire ottoman à la Turquie actuelle : Le quartier (Mahalle). Approche des normes et des usages », Dossier préparé par Işık Tamdoğan dans Anatolia Moderna X, Istanbul, IFEA, 2004.
  • Numéro de la revue Istanbul sur le mahalle
  • Özer ERGENÇ, « Osmanlı Şehrindeki Mahallenin İşlev ve Nitelikleri Üzerine » dans Osmanlı Araştırmaları Dergisi, 4, 1984.
  • Tolga Islam, İstanbul’da soylulaştırma : Galata örneği : Yüksek Lisans Tezi : Tez danışmanı İsmet Ağaryılmaz : Yıldız Teknik Üniversitesi İstanbul 2003.
  • Noémi Lévy-Aksu, Ordre et désordres dans l’Istanbul ottomane (1879-1909), De l’Etat au quartier, Karthala, 2013.
  • Ruşen Çakır, Mahalle baskısı. Prof. Şerif Mardin’in Tezlerinden Hareketle Türkiye’de İslam, Cumhuriyet, Laiklik ve Demokrasi, Istanbul, Doğan Kitap, 2008
  • İrfan Bozan, Ruşen Çakır Mahalle baskısı var mı, yok mu ? Istanbul, Doğan kitap, 2009.
  • Alada, Adalet, Osmanlı-Türk Şehrinde Mahalle, Istanbul, Sümer Kitapevi, 2008.
  • Arıkboğa, E., « Yerel yönetimler, Katılım ve Mahalle Muhtarlığı », mémoire de master, Université de Marmara, 1998.
  • Şevran S., « The place of neighborhood administration in the Turkish administrative system: the case of Ankara », thèse de master, Middle East Technical University, 2005.
  • Türk Belediyecilik Derneği, Konrad Adenauer Vakfı, Mahalle muhtarları ve belediye ilişkileri, Ankara, 1998.
  • IULA-EMME, Kent Yonetimlerinin Demokratiklesmesi Surecinde Mahalle, Istanbul, Kent basımevi, 2000.
  • Ortaylı, İ. Tanzimat Devrinde Osmanlı Mahalli İdareleri (1840- 1880), Ankara: TTK Yayınları, 2000.
  • Erder, Sema, Istanbul’a bir kent kondu. Ümraniye, Istanbul, İletişim, 1996.
  • Hüseyin Irmak, İstanbul’da bir kadim semt yaşadığım Kurtuluş, Istanbul, Aras, 2003
  • Pinçon, Michel, Pinçon-Charlot, Monique, Les Ghettos du Gotha : comment la bourgeoisie défend ses espaces, Paris, Seuil, 2007.
  • Authier, Jean-Yves ; Guérin-Pace, France ; Bacqué, Marie-Hélène, Le quartier : Enjeux scientifiques, actions politiques et pratiques sociales, Paris, La Découverte, 2007.
  • Keller, Suzanne, The urban neighborhood : a sociological perspective, Random, 1968.

Osmanlı İmparatorluğu ve Türkiye’de mahalle üzerine çalışmalar

Version française

Mayis 2013

Mahalle/semt, son zamanlarda Fransa’daki gibi bir siyasi eylem çerçevesi şeklinde Türkiye’de başgöstermemiştir. Fransızca’daki “quartier” sözcüğü Türkçe’de iki terime karşılık gelmektedir : kentin temel idari birimi olan mahalle ve de hiçbir idari varlığa karşılık gelmeyen ama daha büyük olup şehirde daha çok bilinen semt. Kent genişlemesi ve büyük şehrin getirdiği insanların birbirlerini tanımamaları durumu sözkonusuyken Türkiye’de mahallenin yeniden ele alınışı, öncelikle imgesel yollarla, özellikle televizyon yapımları ile edebi yapıtlar üzerinden gerçekleşmektedir. Vitrin, bu gözlemlerden yola çıkarak, Osmanlı İmparatorluğu ve Türkiye’de mahallenin insani bilimler alanında ele alınış şekline eğilmektedir.

Topluluk kimliği, siyasi özerklik ve halk girişimlerinden yoksun olduğu görüşlerini barındıran islami kentlere bakış dahilinde mahalle, uzun zaman Osmanlı şehri araştırmalarında zorunlu bir terim olarak yer almıştır. Bu « islami kent » bakışı çerçevesinde mahalle, sabit ve kendi üzerine kapalı, hatta kendi kendine yeten, devlet etkisini geçirmez bir oluşum ve Osmanlı şehrinin sabitliğinin güvence ve hatta simgesi olarak karşımıza çıkmaktadır. Kendi pazar, okul, çeşme ve kahvesi olan, herşeyin bakımının dini bağışlar yoluyla yapıldığı ; çoğunlukla dini bir cemaatin bir tapınak etrafında toplanmasıyla oluşan mahalle, Osmanlı şehrinin kesitlerine de delalet etmektedir. Mahalle, sıklıkla kök, dil ve din bakımından benzerlik gösterdiğinden genellikle tutarlı bir birim olarak karşımıza çıkmaktadır. Bu açıdan, mahalle cemaatle eş anlamlı olup şehir de bir parçalar bütünü olarak karşımıza çıkmaktadır. Kentin kesiti değil de kent içinde bir kesit olarak mahalle, cemaat ve kimliğin kuvvetli bir işareti olarak kabul görmektedir (Rinaldo Marmara, 2003).

1970li yıllardan itibaren şehircilik tarihiyle ilgili çalışmalarda bu görüşün eleştirilip ondan uzaklaşılması, özcü mahalle fikrinin tamamen yeniden gözden geçirilmesine yöneltmiştir. Mahalleyi nadiren ana çalışma konusu olarak ele alan bu yeni tarih yazımında, mahallenin fiziki özelliklerindense daha çok sakinleri ve onları bir araya getiren ilişkiler vurgulanmaktadır. Artık mahalle, daha esnek ve muğlak bir oluşum olarak karşımıza çıkmakta aynı zamanda sosyal ve etnik olarak da daha çok çeşitlilik göstermektedir. Aidiyet yeri olduğu kadar bir geçiş ve akış ikamesi olarak kabul edilmekte ve kapalılığından çok diğer mahalleler ve şehrin bütünüyle olan iIişkisinin altı çizilmektedir. Coğrafi olarak en küçük birim olsa da mahalle, şehir sakinleri için sosyal, ekonomik ve ilişkiler açısından en çok anlam ifade eden basamaktır. Bununla birlikte Cem Behar’ın, arşiv kayıtlarının zenginliği (mahalle muhtarı kayıtları) sayesinde vücut bulan araştırmasının dışında sosyal doku incelemesini mümkün kılan kaynaklar sayıca az ve dağınık haldedir. Bu durum, belki de nüfus sayımı sonuçlarının mahalle boyutunda ele alınmayışından kaynaklanıyor olabilir ki bu da her türlü yerel ve kısıtlı boyut odaklı incelemeleri zorlaştırmaktadır. 

Cumhuriyet döneminde mahalle ile ilgili araştırmalar daha da büyük eksiklikler göstermektedir. Köyler, işin siyasi boyutu da dahil olmak üzere modernleşme ve ulusla bütünleşme yönünden ne kadar ele alındıysa mahalle konusu da o kadar boşlanmıştır. Bundan ötürü siyasal sosyoloji alanında mahalle ve muhtarlıkları alanında pek az çalışma bulunmaktadır. İdari bilimler sahasında birkaç çalışma, bunların diğer idari birimlerle ilişkileri ile semt imkanlarının belirlenmiş hedeflere uygunlaştırılmaları üzerinde durmuştur. Mahalle, yerel siyasal çalışmalar içinde uç bir konu teşkil etmektedir. Bununla birlikte, özellikle 1970li yılların bir tutum ve siyasal gerilim ikamesi olarak incelenmiştir (1 mayıs, Şükrü Aslan). Çok yakın zamanda birkaç çalışma, demokratikleşme açısından mahalleyi bir yakın siyasi katılım alanı olarak kabul etmiştir. 

2007 ve 2008’de mahalle Türkiye gündemine ülkenin tarih ve siyasal bilimler alanlarının en bilinen isimlerinden Şerif Mardin’in sözünü ettiği mahalle baskısı tartışması ile tekrardan oturmuştur. Mardin tarafından ötekinin « bakışı » olarak tanımlanan baskı, toplumun kendinde barındırdığı sosyal denetlemeye gönderme yapmaktadır ki bu, sözkonusu alan ne kadar dar ve yakınlık ne kadar güçlüyse o kadar kolay işlemektedir. Mahalle, türlü unsurların büyük ölçüde devlet denetimi dışında yaşam alanı olduğundan Osmanlı ve Türk şehirlerinde tam da bu türden bir baskı ikamesi olarak karşımıza çıkmaktadır. Böyle bir durumda, toplumu tepeden inme bir modernleştirme projesi, onun durağanlığı değil de direnç gücü ve alternatif düzenler dayatma kudreti gözönüne alındığında tehlikeye düşebilir. Kuvvetli siyasi ayrılıklar bağlamında akademik olmaktan çok medyatik olan sözkonusu tartışma, – özellikle başörtüsüyle ilgili – böylesi bir baskının varlığı ve bunun aşağıdan bir İslamlaşma getirme olasılığı üzerine yoğunlaşmıştır.

Konuyu işlemek için kullanılan açıların çokluğuna rağmen, mahalle, kentsel olguların karmaşıklığını işlemek için ayrıcalıklı bir girizgah teşkil etmemektedir. İlginçtir ki mahallenin yeniden ele alınışı üniversite çevrelerinin dışında vücut bulmaktadır. İstanbul’un bir hiper metropol olup uluslararasılaştığı bir dönemde, mahallenin yeniden ele alınışı, terimin sıklıkla tasvirci ve geşmişsever bir anlayışla ilişkilendirilerek geçmişin katılaştırıldığı yeni tür bir özcülüğe zaman zaman yol açmaktadır.

  • Egemen Yılğur, Nişantaşı Teneke Mahallesi, Teneke Mahalle Yoksulluğundan Orta Sınıf Yerleşimine, Istanbul, İletişim, 2012.
  • Cem Behar, Neighborhood in Ottoman Istanbul: Fruit Vendors and Civil Servants in the Kasap İlyas Mahalle, Istanbul, State University of New York – Suny, 2003.
  • Şükrü Aslan, 1 Mayıs Mahallesi : 1980 Öncesi Toplumsal Mücadeleler ve Kent, Istanbul, İletişim, 2004
  • M. Poyraz, L. Gandais, Ş. Aslan, Les quartiers populaires et la ville. Les varoş d’Istanbul et les banlieues parisiennes, Paris, L’Harmattan, 2004.
  • Amy Mills, Streets of Memory: Landscape, Tolerance, and National Identity in Istanbul, University of Georgia Press, 2010.
  • Erol Tümertekin, İstanbul’da bir sanayı bölegesi Bomonti, Istanbul, Istanbul Universitesi, 1967.
  • Didem Danış, Ebru Kayaalp, Elmadağ: A Neighborhood in Flux, Istanbul, Les dossiers de l’IFEA, 2004.
  • “De l’empire ottoman à la Turquie actuelle : Le quartier (Mahalle). Approche des normes et des usages », Dossier préparé par Işık Tamdoğan dans Anatolia Moderna X, Istanbul, IFEA, 2004.
  • Numéro de la revue Istanbul sur le mahalle
  • Özer ERGENÇ, « Osmanlı Şehrindeki Mahallenin İşlev ve Nitelikleri Üzerine » dans Osmanlı Araştırmaları Dergisi, 4, 1984.
  • Tolga Islam, İstanbul’da soylulaştırma : Galata örneği : Yüksek Lisans Tezi : Tez danışmanı İsmet Ağaryılmaz : Yıldız Teknik Üniversitesi İstanbul 2003.
  • Noémi Lévy-Aksu, Ordre et désordres dans l’Istanbul ottomane (1879-1909), De l’Etat au quartier, Karthala, 2013.
  • Ruşen Çakır, Mahalle baskısı. Prof. Şerif Mardin’in Tezlerinden Hareketle Türkiye’de İslam, Cumhuriyet, Laiklik ve Demokrasi, Istanbul, Doğan Kitap, 2008
  • İrfan Bozan, Ruşen Çakır Mahalle baskısı var mı, yok mu ? Istanbul, Doğan kitap, 2009.
  • Alada, Adalet, Osmanlı-Türk Şehrinde Mahalle, Istanbul, Sümer Kitapevi, 2008.
  • Arıkboğa, E., « Yerel yönetimler, Katılım ve Mahalle Muhtarlığı », mémoire de master, Université de Marmara, 1998.
  • Şevran S., « The place of neighborhood administration in the Turkish administrative system: the case of Ankara », these de master, Middle East Technical University, 2005.
  • Türk Belediyecilik Derneği, Konrad Adenauer Vakfı, Mahalle muhtarları ve belediye ilişkileri, Ankara, 1998.
  • IULA-EMME, Kent Yonetimlerinin Demokratiklesmesi Surecinde Mahalle, Istanbul, Kent basımevi, 2000.
  • Ortaylı, İ. Tanzimat Devrinde Osmanlı Mahalli İdareleri (1840- 1880), Ankara: TTK Yayınları, 2000.
  • Erder, Sema, Istanbul’a bir kent kondu. Ümraniye, Istanbul, İletişim, 1996.
  • Hüseyin Irmak, İstanbul’da bir kadim semt yaşadığım Kurtuluş, Istanbul, Aras, 2003
  • Pinçon, Michel, Pinçon-Charlot, Monique, Les Ghettos du Gotha : comment la bourgeoisie défend ses espaces, Paris, Seuil, 2007.
  • Authier, Jean-Yves ; Guérin-Pace, France ; Bacqué, Marie-Hélène, Le quartier : Enjeux scientifiques, actions politiques et pratiques sociales, Paris, La Découverte, 2007.
  • Keller, Suzanne, The urban neighborhood : a sociological perspective, Random, 1968.

De l’action du territoire sur l’homme

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Christian Bromberger
Un autre Iran
Armand Colin, 2013
256p. 
ISBN 9782200286460

À lire le livre de Christian Bromberger sur la province iranienne du Gilân – terre humide et verdoyante dont les habitants sont les « têtes de Turcs » des Iraniens –  quiconque connaît la Turquie ne peut s’empêcher d’y reconnaître une singulière parenté avec la « région de la Mer noire » (Karadeniz, désignation commune des montagnes pontiques)[1], comme si « ceux de la Mer noire », les Karadenizli, trouvaient avec les Gilâni une sorte de cousin oriental sur l’autre versant du Caucase. Les similitudes sont étonnantes, à la fois dans la physionomie de ces régions et dans leur relation avec leur pays respectif.

La similitude la plus frappante est d’ordre géographique : deux régions maritimes aux confins septentrionaux du pays, coupées de l’ensemble national par une chaîne montagneuse (la chaîne pontique en Turquie, la chaîne de l’Elbourz en Iran). Ici, la montagne opère selon la méthode du pli, par retournement soudain, et l’on passe dans les deux cas en quelques heures à peine d’une plaine sèche et aride au Sud à une forêt verdoyante et humide au Nord. Qui a pratiqué l’ancienne route caravanière qui relie Bayburt, en Anatolie, à Trabzon, sur la côte de la Mer noire, ne reniera pas cette belle formule d’un consul russe, que cite Christian Bromberger :

« Si vous vous trouvez sur le mamelon d’une de nos montagnes, disent les Gilani (…), votre personne se dédouble. Cette moitié de votre barbe qui est tournée vers nous sera moite et sentira le parfum de nos fleurs, tandis que l’autre moitié se tiendra sèche et poudreuse comme les chardons de ces déserts qui s’étendent derrière nos montagnes. »

L’humidité est d’ailleurs dans cette affaire un élément déterminant (si l’on dit « qu’au Gilân il pleut treize mois sur douze », les marins étrangers appelaient la région pontique « le pissoir de la Mer noire »). Elle découle d’une exposition commune aux vents maritimes venus du Nord auxquels une chaîne montagneuse vient faire barrage, provoquant précipitations sur le versant Nord de la chaîne, tandis que le versant Sud reste au sec. Ce climat, singulier dans ces pays de plateaux, a évidemment une incidence sur toute une série de facteurs sociaux à commencer par l’activité agricole et, partant, l’alimentation. Gilân et Karadeniz ont de fait une foule de caractéristiques culturelles en partage, que se soit la monoculture intensive rendue possible par la pluie (du riz au Gilân, du thé en Karadeniz), une manie de construire en hauteur pour éviter l’humidité du sol – et plus particulièrement ces granges sur pilotis, serender en Turquie, telembâr en Iran –, ou encore la prédominance de la vache dans des pays de moutons, comme le goût pour les luttes de taureau (réduites aujourd’hui au festival annuel de Kafkasör à Artvin pour la Turquie). Ils partagent également une pratique alimentaire qui les distingue de leurs compatriotes : 1) par la consommation de poisson dans un pays de viandes. On compare volontiers l’agitation des Karadenizli à celle des anchois dont ils seraient épris ; 2) par la monoculture de riz (Gilân) ou de thé (Karadeniz) qui les placent en surconsommation de biens pourtant nationaux. Ce second point montre déjà en quoi ces régions isolées géographiquement sont en intense relation de complémentarité avec l’intérieur du pays, d’autant que la monoculture est récente dans les deux cas et imposée par l’État pour la Turquie.

Mais ce que démontre Christian Bromberger, c’est que cette ligne de fracture géographique se déploie au-delà des considérations agricoles et culinaires – ou plus exactement à travers elles – dans un type de relation ambiguë avec le reste du pays, qui est d’abord une relation à plaisanterie. Le Gilân se tient dans une opposition structurelle avec les plateaux iraniens (qui seraient le cœur culturel du pays), dont il constitue en quelque sorte un « envers » moqué et mis à l’écart. Démonstration tout aussi valable pour la côte de la Mer noire, en opposition à l’Anatolie. Ces provinces septentrionales pensées comme saugrenues et isolées sont ainsi l’objet de quolibets et de blagues circulant dans tout le pays – c’est là le second point de similitude. Cette relation à plaisanterie prend dans un cas comme dans l’autre les trois mêmes formes : 1) la stigmatisation d’un accent régional (les difficultés des Karadenizli avec l’harmonie vocalique représentent en Turquie une source inépuisable de plaisanteries) ; 2) une caricature du physique (le nez long et fin) ; 3) un corpus de blagues sur le « type ethnique » local (le Rashti , soit l’habitant de Rasht, la capitale régionale, pour le Gilân, le Karadenizli ou plus souvent le Laze pour la région de la Mer noire), censé être « niais et naïf ». Christian Bromberger : « On raconte ainsi qu’au début des événements révolutionnaires de 1978-1979, une grande foule se réunit sur la place principale de Rasht pour scander le slogan suivant : « Ou le Chah ou Khomeyni ! » »

Face à cette mise à distance géographique, culturelle et communautaire, ces habitants du Nord pluvieux développent en retour un double discours, à la fois régionaliste et nationaliste. Ou, plus exactement, mettent en avant une autre réalité liée à leur position géographique : celle d’une terre de refuge et de permanence historique où prévaudrait in fine le modèle national – et c’est là le troisième point de similitude. Christian Bromberger explique finement comment les intellectuels Gilâni mêlent avec talent la revendication d’une résistance aux envahisseurs arabes (et donc à l’islamisation) avec les gages d’une orthodoxie nationale et religieuse, tout en ménageant également un espace au fait singulier de cette région en marge (la rébellion de Mizrâ Kouchek Khân contre le Chah). Dans les montagnes pontiques, chaque groupe s’arrange selon ses convictions politiques ou ses revendications identitaires mais, à l’échelle régionale, le même écheveau a cours : la réalité historique d’une région de culture laze pour l’Est et à l’histoire chrétienne pour l’Ouest (qui fit l’objet d’un éphémère Empire de poche, l’Empire de Trabzon, puis de la volonté d’une République indépendante, la République de Trébizonde, au début du siècle), est l’objet ponctuel de revendications identitaires, mais toujours contrebalancée par la mise en scène de leur ferveur religieuse comme de leur lutte armée contre les envahisseurs Russes (au début du siècle) et contre les indépendantistes kurdes aujourd’hui (omniprésence de la mémoire des şehit dont les noms ornent les fontaines, les ponts, les statues). Avec finalement l’impression d’une région à géométrie variable, pour tous les goûts : vallée de Turkmènes pour les folkloristes nationalistes turcs (Şalpazarı), ville portuaire de gauchistes et de minoritaires Lazes et Hemşin (Hopa), foyer d’ultranationalistes (Ergenekon), vallée de religieux sunnites (oflu hoca), témoignages de l’histoire chrétienne, présence de grécophones, mais religieux et nationalistes… « Ou le Chah ou Khomeyni ! » Les chrétiens orthodoxes (rum) de ces montagnes pontiques, exilés en Grèce en 1923, y tiennent le même discours : stigmatisés par leur origine lointaine comme par leur « bizarrerie », ils répondent en brandissant le mythe de l’akrite – le garde-frontière byzantin luttant contre les invasions – et en vantant leur dialecte grec qui seraient plus proche de la koinè antique que le grec moderne. Être à la fois dehors et dedans, profondément singulier et éminemment national, c’est le pari réussi de ces régions stigmatisées. Marginalité inclusive, au strict opposé de la différence exclusive que représente, en Turquie comme en Iran, la lutte armée des mouvements kurdes (ce qu’un Laze expliquait ainsi : « Nous, nous sommes Lazes mais Turcs, alors qu’eux ils sont Kurdes et donc pas Turcs »). D’autant que l’on pourrait reprendre à l’envers cet équilibre fragile (être dehors mais dedans). Car ce qu’ont en commun le Gilân et la Mer noire orientale, c’est à la fois une identité régionale forte (une des plus fortes de ces pays, même si cela passe par une stigmatisation) et un melting-pot ethnique irréductible : pour le Gilân : Gil-e mard, Gâlesh, Tâlesh, Turcs azéris, Turkmènes, Kurdes ; pour les montagnes pontiques: Turkmènes, « grécophones », Lazes, Hemşin, Gürcü. Le cliché d’exclusion, le regard de l’autre, seraient alors le ferment nécessaire à la cohésion régionale.

On admettra à ce stade de la démonstration qu’à n’en point douter les Karadenizli sont les Gilâni des Turcs et les Karadenizli les Gilâni des Iraniens. Comble de la similarité, les deux régions sont aujourd’hui redécouvertes par le cinéma de leur pays respectif, attiré par ces paysages verdoyants de solitude (on citera les films de Abbas Kiarostami ou À propos d’Elly d’Asghar Farhadi pour l’Iran, Sonbahar de Özcan Alper ou Bulutları Beklerken de Yeşim Ustaoğlu pour la Turquie). Mais, une fois la ressemblance établie, ce sont les différences qui frappent – d’autant qu’elles se logent au cœur même des similitudes constatées, et principalement la relation à plaisanterie.

Les relations à plaisanteries vécues par les Karadenizli et les Gilâni diffèrent par deux aspects : par leurs auteurs et par leurs objets. Elles différent par leurs auteurs : si les  Karadenizli sont, comme les Gilâni, sujets à quolibets dans tout le pays, ils n’en sont pas moins (différence de taille) eux-mêmes auteurs de ces blagues, premiers propagateurs d’un humour réflexif (en témoignent aujourd’hui les nombreux recueils de blagues publiés dans la région). Georges Dumézil, qui n’avait pas une propension particulière au genre et se serait volontiers contenté de quelques épopées, a recueilli dans la région un vaste corpus de fıkra et aucune légende digne de ce nom.

Les relation à plaisanteries différent en second lieu par leurs objets, au-delà d’une commune réputation d’idiotie. « Niais et naïfs, les Rashtis sont surtout réputés pour leur indolence sexuelle, leur couardise, tandis que leurs femmes le sont pour leur frivolité, leur propension à l’adultère dans un climat de complicité tacite avec leur mari » écrit Christian Bromberger, qui ajoute qu’ils sont supposés inaptes aux travaux physiques. À l’inverse les Karadenizli sont réputés brusques, belliqueux (d’où la peur qu’ils inspirent : idiots et armés !) et leurs femmes laborieuses. (Pour ce qui est du cas spécifique des femmes, je serai porté à croire qu’il est fonction du regard porté sur les hommes, le constat dressé par Christian Bromberger étant sensiblement le même : un important travail physique des femmes dans les champs et (donc ?) une crispation moindre sur le namus). On comparera ces deux histoires, l’une citée par Christian Bromberger, l’autre recueillie par Georges Dumézil.

«  Un Rashti rentre chez lui. Que voit-il ? Un homme en train de coucher avec sa femme ; il sort un pistolet de sa poche et dit à l’intrus : « Je tire » ? Le coupable n’a pas d’échappatoire et répond, résigné : « Tire » Le Rashti se ravise : « Ah ! oui, je te vois venir ; tu veux que je te tire dessus pour, après, aller porter plainte à la police ! ».

« Tandis qu’il descend à la ville, un Laze voit en chemin un poirier dont les fruits sont bien mûrs. Alléché, il monte à l’arbre et commence à se servir. De loin, le propriétaire de l’arbre le voit, court dans sa direction avec des pierres et commence à insulter toute sa famille : « Ta mère, ton père… ». Le Laze, de peur, se jette à bas de l’arbre et s’enfuit. Quand il arrive à la maison, il raconte ce qui lui est arrivé : «  J’ai vraiment eu chaud, un peu plus il injuriait ma femme, dit-il, et j’étais été obligé de le tuer ! »

Or là encore, on pourrait émettre l’hypothèse d’une incidence géographique. À cette réputation d’indolence, Christian Bromberger avance une explication intéressante, celle d’une région exempte des vendettas qui ont cours sur le plateau voisin. Il s’appuie sur l’analyse des « sociétés d’hostilités » par l’anthropologue Jacob Black-Michaud, qui pose deux conditions à leur apparition : 1) une conscience aiguë de la rareté des biens disponibles, qu’ils soient physiques (ressources naturelles) ou symboliques (prestige), 2) « de fortes traditions collectives dans la gestion des ressources ». Deux conditions qui ne trouvent pas écho au Gilân. La plaine arable entre la chaîne de l’Elbourz et la Mer Caspienne est un espace ouvert, de circulation. La riziculture qu’elle permet est avant tout une histoire de famille, comme l’était au siècle dernier l’élevage des vers à soie. Or cette plaine, cet espace de circulation et de culture entre la montagne et la mer, est exactement ce qui est absent en Mer noire orientale – ici, mises la part quelques criques où se logent les villes de la côte, l’espace est entièrement montagneux. Espace fermé, divisé en vallées escarpées, rétif à l’agriculture extensive, il produit une grande conscience de la rareté des ressources (l’exil y est un leitmotiv de tout le siècle écoulé) et une forte tradition collective (on citera en vrac les kooperatif, les dernek, la pratique de l’imece, le système de parentèle et l’ancien système d’ağalık, mais également, et plus improbable, ces grandes danses en ronde qu’on y pratique). Et la violence organisée, la vendetta ou le port d’armes généralisé avaient cours il y a peu encore. Si l’on suit le raisonnement de Jacob Black-Michaud, ce système territorial aurait maille à partir avec l’hostilité qui y régnait, et donc avec la réputation de violence qui entache le cliché du « Laze ». De la même manière, cette organisation en vallées closes comme la proximité radicale de la côte et de la montagne (sans ce sas que forme la plaine) qui fait de chaque voisin un étranger, pourrait expliquer cette appropriation de l’humour : on se moque du voisin, celui de la vallée d’à côté ou du village du haut, du « crétin des Alpes » ou du « gavot », pour reprendre un mot d’un autre terrain de Christian Bromberger (la Provence).


[1] Deux désignations, « Mer noire » (Karadeniz) ou « Mer noire orientale » (Doğu Karadeniz), qui permettent d’en escamoter une troisième, plus problématique, Lazistan.

Televizyon dizileri kentsel dönüşümü sahiplenince.. « kayıp şehir »?

kayipsehir

Fransız versiyonu

Televizyon dizileri yoluyla mahalle olgusunu simgesel olarak yeniden şekillendirmeye ve bu dizilerin yeni gözde konusu olan İstanbul’un kentsel dönüşümüne özellikle işaret eden Türk televizyon dizisi Kayıp Şehir, Kanal D’de 26 Mart 2013’te son defa yayımlandı.

Mahalle, 1980li yılların ortasından itibaren Türk televizyon dizilerinin hem dekor hem de tekrar edilen konusu olarak göze çarpmaktadır. Öyle ki ilk, Perihan Abla dizisinin kazandığı beğeni sonucu çekimin yapıldığı Kuzguncuk Mahallesi’nin sokaklarından birine dizinin ismi verilmiştir. Gerçekten de birçok televizyon dizisi İstanbul’un belli bir mahallesini kendisine mekan olarak bellemiştir: Perihan Abla-Kuzguncuk, Süper baba-Çengelköy, Babaevi-Emirgan, İkinci Bahar-Samatya, Avrupa Yakası-Nişantaşı, ve de Kayıp Şehir-Tarlabaşı. Bununla birlikte, Mahallenin muhtarları dizisinde muhit belli değildir tıpkı yakın zamanda çekilen ve İstanbul’un kenar semtleri civarında geçen Cennet Mahallesi ve Dolapdere’nin efsaneleşmiş bir yorumu olan Kolera mahallesi’nde (bkz. Timur Muhiddin’in dipnotu) şekillenen Ağır Roman Yeni Dünya dizisinde olduğu gibi.

Hülya Tufan Tanriöver’e göre Türk dizilerindeki aile ile mahallenin baskın varlığı, dizi türüne özgü sağladığı uygulama kolaylığıyla açıklanabilir. Zaten dizi, karakterlerin mümkün olduğunca gerçekçi ve doğal şekilde birbirleriyle karşılaşabilecekleri mekanlar gerektirmektedir. Mahalle, izleyicinin imgeleminde içeriden dışarıya, mahremden kamusala (ve aksi yönde de) kesintisiz geçebildiğinden anlatı yapısı için en ideal mekandır. Bu bağlamda, mahalle Türk dizilerinin dramaturjisi için kusursuz bir mekan birliği sağlamaktadır.

Bu uygulama kolaylığının yanı sıra, dizi yapımcıları, mahalle ana konusunu seçerek buna yöneltilen yeni bir bakışı da beslemektedir. Gerçekten de son on, hatta yirmi yıldır mahalleye yapılan göndermeler İstanbul’da gitgide görünürleşmiştir. Resmi kayıtlara göre on beş milyon kişi barındıran bu şehirde, mahallenin çağrıştırdıkları, modernliğin soğukluğu ve büyük şehrin isimsizleştirmesinden korunmuş bir yakınlık ve sıcaklık mekanı olarak etkinleştirilmiştir. Bu simgesel etkinleştirme başlıca edebi yayınlar ve televizyon yoluyla gerçekleşmekte olup merkezi mahallelerden finans ve turizm alanında statejik noktalar yaratmak isteyen belediye mensuplarının da işine gelmektedir.

Diziler birçok kanal ve her saat diliminde mahallenin çağrıştırdıklarını üretmekte ve yeniden o derecede şekillendirmektedir ki toplumbilimci Tayfun Atay Habertürk’e geçende verdiği demeçte televizüel mahalle baskısından söz etmiştir.

Dizilerin başlıca ana konusu 1980ler’in ortasından beri mahalle olsa bile, dizilerin kentsel dönüşümü işlemeleri bir yeni bir durumdur.

14 Eylül 2012’ten itibaren yeni bir dizi ekranlarda boy gösterdi. Kayıp Şehir isimli dizi, Trabzon’dan gelip travesti ve çingenelerin oturduğu, özellikle çocuklarda baş gösteren şiddet sorunlarıyla tanınan Tarlabaşı’na yerleşen Toptaş ailesinin hikayesini anlatıyor. Her cuma akşamı saat 22.30’da sunulan dizinin saati pazartesi sabahları gösterilmek üzere değiştirildi. Ardından, ocak ayı bitiminde saat değişiklikleri ve düşük izlenme seviyesinden şikayetçi yönetmen Cevdet Mercan projeden ayrıldı yani on altı bölüm sonunda çekimlere son verildi. Dizinin gördüğü sönük ilgiye anlam vermek zordur. İstanbul’da baş döndürücü bir hızla çoğalan AVMler gibi yeni dizilerin de ömürleri çıkış dönemleriyle sınırlı mı kalacak? Diğer bir deyişle, modası geçen dizilerin soluğu sanki kesilecek.

Başarısızlığının nedenleri her ne olursa olsun ve bu denli hassas bir konuyu ele alma ve onu dizi pazarında olası bir maddi başarıya çevirmenin eleştirilebilir olması bir yana, burada dikkat çeken seçilen takvimdir. Nitekim tam da Tarlabaşı, sakinlerinin çıkarıldığı açık bir inşaat alanı haline gelmiş ve belediyenin başlattığı kentsel düzenlemelerin yeni söz dağarcığına giren onca kelime (« yenileme », « güzelleştirme », « kentsel dönüşüm », « kentsel tasarım », « düzenleme », « restorasyon », « renovasyon », « modernleştirme ») tam da tehlikeli atfedilen toplulukların kenara itilmesi çözümünü örtbas ederken, dizi Tarlabaşı’nı şimdiden geçmişte kalmış, bir « kayıp şehir » ilan etmiştir. Senaristin de geçmişe gönderme yapmaktan hoşlanan hele de 1955 olaylarını (Güz Sancısı) filminde ele alan Tomris Giritlioğlu’nun olması şaşırtıcı değildir.

Dizi, kötü bir zamansal örtüşmede, kentsel değişim projesini bayağılaştırıp normalmiş gibi göstererek buldozerlerin henüz yıktığı mahallenin tarihini yeniden yazmaktadır. Senoryonun son bir iması da baş karakterlerden birinin isminin Kadir Toptaş olup adının bir harf dışında İstanbul Büyükşehir Belediye başkanınınkiyle benzerlik göstermesidir.

Son olarak, Kayıp Şehir dizisinin kaldırılmasını geçenlerde yaşamını yitiren Metin Kaçan’ın Ağır Roman eserinin televizyona uyarlaması olan bir başka dizinin kesilmesi takip etti. Görünen o ki kentsel değişim aileler için bir hayal kaynağı teşkil etmiyor.

Dizilerin başlıca ana konusu 1980ler’in ortasından beri mahalle olsa bile, dizilerin kentsel dönüşümü işlemeleri bir yeni bir durumdur.

14 Eylül 2012’ten itibaren yeni bir dizi ekranlarda boy gösterdi. Kayıp Şehir isimli dizi, Trabzon’dan gelip travesti ve çingenelerin oturduğu, özellikle çocuklarda baş gösteren şiddet sorunlarıyla tanınan Tarlabaşı’na yerleşen Toptaş ailesinin hikayesini anlatıyor. Her cuma akşamı saat 22.30’da sunulan dizinin saati pazartesi sabahları gösterilmek üzere değiştirildi. Ardından, ocak ayı bitiminde saat değişiklikleri ve düşük izlenme seviyesinden şikayetçi yönetmen Cevdet Mercan projeden ayrıldı yani on altı bölüm sonunda çekimlere son verildi. Dizinin gördüğü sönük ilgiye anlam vermek zordur. İstanbul’da baş döndürücü bir hızla çoğalan AVMler gibi yeni dizilerin de ömürleri çıkış dönemleriyle sınırlı mı kalacak? Diğer bir deyişle, modası geçen dizilerin soluğu sanki kesilecek.

Başarısızlığının nedenleri her ne olursa olsun ve bu denli hassas bir konuyu ele alma ve onu dizi pazarında olası bir maddi başarıya çevirmenin eleştirilebilir olması bir yana, burada dikkat çeken seçilen takvimdir. Nitekim tam da Tarlabaşı, sakinlerinin çıkarıldığı açık bir inşaat alanı haline gelmiş ve belediyenin başlattığı kentsel düzenlemelerin yeni söz dağarcığına giren onca kelime (« yenileme », « güzelleştirme », « kentsel dönüşüm », « kentsel tasarım », « düzenleme », « restorasyon », « renovasyon », « modernleştirme ») tam da tehlikeli atfedilen toplulukların kenara itilmesi çözümünü örtbas ederken, dizi Tarlabaşı’nı şimdiden geçmişte kalmış, bir « kayıp şehir » ilan etmiştir. Senaristin de geçmişe gönderme yapmaktan hoşlanan hele de 1955 olaylarını (Güz Sancısı) filminde ele alan Tomris Giritlioğlu’nun olması şaşırtıcı değildir.

Dizi, kötü bir zamansal örtüşmede, kentsel değişim projesini bayağılaştırıp normalmiş gibi göstererek buldozerlerin henüz yıktığı mahallenin tarihini yeniden yazmaktadır. Senoryonun son bir iması da baş karakterlerden birinin isminin Kadir Toptaş olup adının bir harf dışında İstanbul Büyükşehir Belediye başkanınınkiyle benzerlik göstermesidir.

Son olarak, Kayıp Şehir dizisinin kaldırılmasını geçenlerde yaşamını yitiren Metin Kaçan’ın Ağır Roman eserinin televizyona uyarlaması olan bir başka dizinin kesilmesi takip etti. Görünen o ki kentsel değişim aileler için bir hayal kaynağı teşkil etmiyor.