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« Art Turc » ? : Histoire d’une notion problématique

15th ICTA PosterSeptembre 2015

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La tenue du 15e Congrès international d’art turc du 16 au 18 septembre prochains à L’Orientale de Naples est l’occasion de se pencher sur la notion d’“art turc”, ses développements historiographiques et plus généralement sur le champ de l’histoire de l’art islamique en Turquie. Organisé depuis 1959 dans plusieurs villes d’Europe et de Turquie, il s’agit d’une des plus importantes manifestations scientifiques dans le domaine de l’histoire de l’art des Balkans à l’Asie Centrale, aux époques médiévales et ottomanes. Bien que le congrès soit ouvert à des questionnements plus larges, son nom même renvoie à une notion problématique qu’il convient de discuter. La bibliographie portant majoritairement sur la collection de l’IFEA a été proposé dans l’espoir de remettre le débat à jour.

Bien établie dans le contexte culturel actuel de la Turquie comme le montrent les exemples du Türk ve İslam Sanatları Müzesi (Musée des Arts turcs et islamiques) ou encore les nombreux cours de Türk-İslam Sanatı (Art turco-islamique) présents dans les programmes universitaires, cette définition d’un « art turc » mérite en effet d’être revisitée dans un contexte multiculturel et international. Définir un “art turc” implique penser le caractère ethnique d’une production artistique et sous-entend la turcité et/ou l’appartenance à la foi musulmane de l’artiste, du commanditaire et du spectateur. La question suivante se pose alors : « comment pourrait-on dans ce cadre étudier la production artistique des Balyan, la famille arménienne d’architecte à l’origine du Palais de Dolmabahçe ? »

Proposé pour la première fois en Europe dans la seconde moitié du XIXe siècle, ce label renvoie à une vision sinon nationaliste du moins ethnicisante de la production artistique et trouve son origine dans le contexte orientaliste. Dans sa Grammar of Ornament, publiée en 1856, outre les motifs “Persans”, “Indiens” ou “Arabes”, Owen Jones (1809-1874) fait aussi l’inventaire des motifs “Turcs”, qu’il juge d’ailleurs inférieurs à certains autres. Dans les années 1930, Albert Gabriel (1883-1972), fondateur de l’IFEA, classifie encore sous l’appellation “monuments turcs” l’architecture islamique médiévale d’Anatolie qu’il est l’un des premiers à étudier. Un phénomène similaire se retrouve en Iran où les spécificités « persanes » de la production artistique servent de base à la définition d’un Persian Art dont un catalogue monumental a été édité par Arthur Upham Pope (1881-1969) dans les années 1960.

Toutefois, le discours nationaliste autour de la notion « d’art turc » est développé dès le début du XXe siècle par des membres de l’école de Vienne comme Joseph Strzygowski (1862-1941), Heinrich Glück (1889-1930) et notamment Ernst Diez (1878-1961). Ils ont vu à travers une optique hégélienne, une certaine substance nationale derrière la production artistique et ont attribué des sens raciaux aux motifs ou aux structures artistiques. Cette deuxième génération de chercheurs européens a eu un impact plus important sur l’installation du discours et la formation des universitaires turcs. Cette approche se retrouve dès 1928 dans les écrits de Celal Esad Arseven (1876-1971) et Ernst Diez lui-même a participé à la fondation du département d’histoire de l’art de l’Université d’Istanbul. Son héritage a été par la suite largement diffusé dans les cours et les écrits d’Oktay Aslanapa (1914-2013), fondateur d’une véritable école d’histoire de l’art toujours en activité.

Le contexte culturel kémaliste a permis à ce discours de s’épanouir et donné parfois même lieu à des approches pantouranistes. La mosquée Ibn Tulun du Caire, construite au IXe siècle par un gouverneur abbasside d’origine turque fait dès lors partie des fleurons de l’« art turc » bien que son architecture renvoient très directement aux mosquées abbassides (« arabes ») de Samarra. De même, l’architecture  des Rois-Esclaves de Delhi (1206-1290) relèverait de « l’art turc » sur la seule base de l’appartenance ethnique de la dynastie, peu important leur contexte culturel de production. S’élargissant concurremment, « Art Turc » et « Persian Art » se recoupent assez fortement : l’architecture des Grands Seldjoukides (1038-1194) relèveraient pour les uns de l’art turc par la turcité des souverains mais aussi de l’art persan car produit en Iran.

Alors que de vives discussions agitaient le champ de l’histoire des arts de l’Islam depuis les années 1970, la remise en question de cette notion d’“art turc” ne s’est fait que très récemment. Donner un nom à la production artistique en contexte islamique a depuis le XIXe siècle suscité de nombreux débats. La notion d’un art musulman (ou comme elle a été définie en allemand d’un “Muhammedanischer Kunst”), telle qu’elle a été souvent employé dans la première moitié du XXe siècle, a été critiquée à partir des années 1940.  On lui reprochait d’enfermer dans un discours religieux la production artistique de sociétés multiconfessionnelles. Un consensus s’est progressivement établi autour de la notion d’Islamic Arts ou Arts de l’Islam qui permet tant d’évoquer une culture réunie autour de l’Islam que d’inclure les communautés non-musulmanes du Dār al-Islam et leur art. Les débats sont encore vifs et d’autres approches sont proposées pour aborder cette question comme l’illustrent les travaux de Avinoam Shalem ou ceux de Finbar Barry Flood.

Les discussions sur la notion d’art turc sont cependant plus récentes. Un colloque international organisé en 2006 par l’Aga Khan Trust for Culture intitulé “Historiography and Ideology: Architectural Heritage of the ‘Lands of Rum’” a donné lieu à la publication d’un numéro spécial de la célèbre revue Muqarnas, édité par Sibel Bozdoğan et Gülru Necipoğlu, et a permis de poser néanmoins les jalons principaux de cette remise en question.

Bibliographie

  • Actes du 10e Congrès International d’Art turc/ Proceedings of Turkish Art 10th International Congress of Turkish Art: Genèves, 17-23 September 1995/Geneva 17-23 September 1995, Genève, Fondation Max Van Berchem, 1999. [Tur As 083-10]
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  • Pope A.U., A Survey of Persian Art, 14 volumes, New York, Londres, Oxford University Press, 1964-1967.  [ISL A 061]
  • Premier congrès international des arts turcs sous le haut patronage du Président de la République Turque son Excelllence Monsieur Celâl Bayar organisé par l’Institut de l’Histoire des Arts Turcs et Musulmans attaché à la Faculté de Théologie (Université d’Ankara): 19-24 Ekim 1959, Ankara, Faculté des lettres, 1959. [Tur Ag 012]
  • Ölçer, N., Museum of Turkish and Islamic Arts: Kilims, İstanbul, Eren, 1989 [Tur Ad 101]
  • Sarı L., “Bana göre Türk’tür Size Göre Ermeni”, Agos, 28 Şubat 2014
  • Sarre F., Reise in Kleinasien, Berlin, Geographische Verlagshandlung D. Reimer, 1896. [VH 152]
  • Sourdel-Thomine J. (ed), Etudes médiévales et patrimoine turc : volume publié à l’occasion du centième anniversaire de la naissance de Kemal Atatürk, Paris, CNRS, 1983.
  • Shalem, A., Lermer, A. (ed), After One Hundred Years, The 1910 Exhibition “Meisterwerke muhammedanischer Kunst” Reconsidered, Brill, Leiden, 2010.
  • Shalem, A., “What do we mean when we say ‘Islamic art’? A plea for a critical rewriting of the history of the arts of Islam”, Journal of Art Historiography 6, 2012. [https://arthistoriography.files.wordpress.com/2012/05/shalem.pdf]
  • Strzygowski J., « Türkler ve Orta Asya San’atı Meselesi », Türkiyat Mecmuası, 3, 1926-1933, p. 1-80. [P 116]
  • Vatin N., Art  Juif ou Art Ottoman ?, tiré à part de Turcica 28, Peteers, 1996. [Tur Ha 669 (tap)]

Bref décryptage de la politique par les grands projets de l’AKP

17Mai 2015

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La « Vision 2023 » ou encore la « Nouvelle Turquie », promues par l’AKP dans la perspective du centenaire de la République se composent de listes de grands projets supposés matérialiser, mesurer et attester des avancées technologiques et économiques de la Turquie sous la direction de ce parti. Au-delà de la question de la cohérence, des conséquences sociales et environnementales ou encore de la faisabilité de cette profusion de grands projets d’infrastructure (le troisième pont, le troisième aéroport, le canal d’Istanbul, etc.), énergétiques (construction de centaines de centrales thermiques, deux centrales nucléaires d’ici 2023, etc.) et de défense (indigénisation de la production de tanks, d’hélicoptères, d’avions de chasse, de satellites, etc.), ce présentoir vise à mieux éclairer ses effets et causes en termes de (dé)-légitimation du gouvernement. Bien que la politique des grands travaux impulsée par l’AKP ne soit l’apanage ni de ce parti ni de la Turquie, certaines significations socio-historiques tout comme le contexte actuel, en décalage apparent avec la prégnance de l’idéologie néolibérale et l’interdépendance croissante des économies nationales, n’en demeurent pas moins spécifiques.

Les grands projets de modernisation de l’économie turque -compris notamment en termes d’indépendance financière, industrielle et technologique- ont toujours été au cœur des priorités étatiques de la jeune République comme le prouvent le Congrès d’Izmir en 1923, la voiture nationale Devrim en 1961, le Fonds de Soutien à l’Industrie de la Défense en 1985 (SSDF) et aujourd’hui le char « 100% turc » Altay. Cette attention particulière dérive notamment du traumatisme de la défaite de l’Empire ottoman, généralement associé à sa forte dépendance aux savoir-faire et aux capitaux européens, auquel s’articule une foi positiviste fortement relayée par le pouvoir militaire turc comme l’atteste la création du DPT durant la junte 1960-1961. Le concept central de kalkınma utilisé fréquemment par les autorités turques traduit notamment ce glissement sémantique du développement comme progrès (terakki) vers le redressement économique. Kalkınma suppose donc une double comparaison à la fois temporelle (par rapport à l’Empire ottoman) et spatiale (par rapport à l’« Occident »).  Le K de l’AKP (Adalet ve Kalkınma Partisi), cette forte valorisation du développement réduite à la scène économique se situe ainsi à l’intersection de la montée en puissance de la logique néolibérale et de la réappropriation d’une tradition positiviste, source de prestige mais aussi de protection face aux accusations d’activités réactionnaires (irtica), traditionnellement faites à l’encontre de l’islam politique turc pour mieux le délégitimer. Ce passage d’un Empire vers un Etat-nation s’est également traduit par une indigénisation de l’économie, indissociable de l’éviction forcée et de la disparition d’une bourgeoisie cosmopolite, issue en grande partie des minorités, au profit d’une nouvelle élite turque, musulmane, sunnite jugée plus fidèle à l’Etat et à la patrie. Les grandes organisations patronales nationales telles que la Tüsiad mais aussi la dite « indépendante » Müsiad, sont les héritières de ces assimilations réciproques des élites politiques, étatiques et économiques sous la République turque. La nette accélération des privatisations enregistrées depuis 2005 ne constitue pas une rupture avec ces pratiques au profit des acteurs économiques mais bien une nouvelle modalité d’exercice du pouvoir étatique et politique par leur intermédiaire. Ces grands projets de modernisation de l’économie turque par la voie de sa libéralisation contribuent ainsi à une diversification des relations clientélistes qui entretiennent des liens ambivalents avec un cadre légal national, lui-même fortement politisé. Source de légitimation, ces chevauchements peuvent aussi, s’ils sont rendus visibles, délégitimer le pouvoir politique.

À l’échelle internationale, cette inflation de grands projets qui coïncide également avec l’éloignement de la perspective d’une adhésion européenne suscite de nombreuses interrogations. Dans quelle mesure peut-on même  considérer ces grands projets technologiques, énergétiques et urbains menés par le gouvernement turc comme des substituts réifiés du grand projet politique européen ou à l’inverse comme des symboles d’une extraversion nationale ambivalente ? L’obsession du positionnement de la Turquie et de la commensurabilité avec l’UE contrastent ainsi avec le déni turc de l’existence d’une compétition au sein du monde dit musulman au profit des concepts de complémentarité et coopération. Ce double standard contribue ainsi à naturaliser le leadership turc parmi ces « pays frères ». De la même façon, si ces grands projets industriels matérialisent officiellement une volonté affichée du gouvernement d’autonomisation vis-à-vis de l’économie et des technologies dites occidentales, dans la pratique ils contribuent à l’internationalisation de l’économie turque en faisant notamment l’objet de multiples réappropriations, détournements et négociations.  Fer de lance de la diplomatie économique, cette dépendance turque constitue également un instrument politique d’affirmation nationale et d’internationalisation de pratiques clientélistes face aux entreprises et gouvernements étrangers -en particulier européens- désireux d’élargir leur marché. Ainsi la non-ouverture, cette fois côté Turquie, du chapitre européen « Marchés publics » est révélatrice d’un usage politique et partisan des grands projets ainsi que du maintien d’une certaine marge de manœuvre vis-à-vis de ses « partenaires-fournisseurs » européens.

La politique des grands projets en Turquie ou plutôt cette politique par les grands projets se traduit également par une mise en chiffre du politique ainsi qu’un usage du temps et de la durée comme matières de la dernière utopie progressiste. Futur par crédit ou crédit sur le futur, cette fuite en avant par des grands projets contribue ainsi à la fois à la légitimation du pouvoir, à la suppression du politique tout en participant à un défaussement des responsabilités gouvernementales.

D’après ces différentes pistes, « Vizyon 2023 » s’inscrit donc pleinement dans la globalisation tout en gardant des significations propres, liées à la trajectoire socio-historique du pays et à son rapport  ambivalent avec l’Europe. Loin d’être anachronique par rapport à un supposé modèle à taille unique de développement européen, ces grands travaux sont la preuve d’une multiplicité de globalisations.

Cette bibliographie sélective (dont une partie est consultable à la bibliothèque de l’IFEA) cherche à fournir quelques pistes de lectures et de réflexion sur les significations socio-historiques de cette profusion de grands projets en Turquie.

Bibliographie

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  • – THOBIE J., KANCAL S., Industrialisation, Communication et rapports sociaux en Turquie et en méditerranée orientale, Varia Turcica, n°XX.
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  • – VISIER C. (2015), « La Turquie et l’Union européenne », présentoir IFEA mart 2015
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La Turquie et les phénomènes migratoires

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Avril 2015

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Dans le cadre du redéveloppement de l’axe de recherche « Migrations et Mobilités » au sein de l’IFEA, la bibliothèque de l’institut a procédé à de nouvelles acquisitions d’ouvrages sur les migrations en relation avec la Turquie. Le présentoir de ce mois vise à fournir une vue d’ensemble des fonds documentaires de la bibliothèque sur les migrations. Dans la mesure où le développement des fonds est un travail continu, le présentoir vise à orienter les chercheurs et les étudiants qui souhaiteraient suggérer de nouvelles acquisitions en contactant les chercheurs de l’axe (amimo.ifea@gmail).

Ce mois d’avril nous a semblé un moment propice pour proposer un présentoir sur les migrations. En effet, à l’occasion du 50e anniversaire de la signature d’un accord bilatéral de main-d’œuvre entre la France et la Turquie le 8 avril 1965, une série d’événements est organisée par l’IFEA en collaboration avec d’autres instituts et organismes, dont un atelier doctoral qui aura lieu le 9 avril à l’IFEA et qui vise à créer une plateforme d’échange entre les doctorants et les étudiants de master qui travaillent sur l’immigration turque en France, et les chercheurs qui travaillent au sein de l’axe de recherche « Migrations et Mobilités », sur les migrations en relation avec la Turquie.

La bibliothèque de l’IFEA dispose des ouvrages de référence dans le domaine de l’étude de l’émigration turque vers la France qui sont difficilement accessibles dans les bibliothèques localisées en Turquie. La recherche pionnière réalisée sur les familles turques en France (Kastoryano, 1986), des recherches réalisées par Stéphane de Tapia sur une période relativement longue (Tapia, 1986 ; 2005 ; Jund, Dumont et Tapia, 1995 ; Dumont, Pérouse, Tapia et Akgönül, 2002), le compte-rendu d’une enquête socio-démographique de grande envergure (Tribalat, 1995) dont les conclusions sur les difficultés d’intégration des populations turques à la société française ont suscité des débats et des controverses en France, ainsi que des analyses critiques vis-à-vis des conclusions de cet ouvrage (Rigoni, éd., 2000) sont disponibles à la bibliothèque de l’IFEA. Un ouvrage collectif édité en turc (Danış et İrtiş, 2008) réunit des analyses de l’émigration turque développées par les sciences sociales en France et peu accessibles aux lecteurs turcophones.

Il en va ainsi aussi pour les analyses de l’émigration turque vers l’Europe développées par les sciences sociales turques. Celles-ci ont été généralement peu accessibles aux chercheurs non-turcophones. La première recherche sur l’émigration turque a été réalisée auprès des immigrés turcs en Allemagne (Abadan, 1964). Cette recherche pose en quelque sorte les bases des analyses qui seront développées par les sciences sociales turques les décennies suivantes, sur les « effets » de l’émigration sur la société turque (voir les travaux bibliographiques d’Abadan-Unat et de Kemiksiz, 1986 ; de Çağlar Keyder et d’Ayhan Aksu-Koç, 1988. Voir également l’ouvrage récent d’Abadan-Unat, 2002, qui reprend une partie des analyses de l’auteur depuis les années 1960 et qui propose aux recherches ultérieures des pistes d’analyse nouvelles dans le nouveau contexte de la « globalisation »). Pourtant les sciences sociales en France, centrées sur la société française et inspirées par la question de l’intégration des immigrés turcs à celle-ci, ont accordé peu d’importance à l’étude des « effets » de l’émigration sur la société turque (Tapia, 1986 a ; 1986 b ; Establet, 1992 ; 1998). Les sciences sociales françaises et les sciences sociales turques ont étudié l’émigration turque selon des guides d’interrogation différents. Un Dossier de l’IFEA qui vient d’être édité (Aksaz, 2015) vise à rendre intelligible cet état de fait.

La Turquie est un pays d’émigration et un pays d’immigration sur le temps long (Akgündüz, 2008). Les travaux sur l’émigration turque vers l’Europe antérieure aux années 1960 sont peu nombreux et les travaux de recherche en sociologie, en anthropologie sur l’immigration en Turquie portent en général sur les immigrations qui sont postérieures aux années 1990  (Pérouse, 2002 a ; 2009 a ; 2012 ; Pusch et Wilkoszewski, 2008 ; 2010 ; Danış et Soysüren, 2014 ; Karaçay et Üstübici, 2014 ; Şenol Sert et Karcı Korfalı, 2014). Les immigrations antérieures aux années 1990 ont été étudiées plutôt par des historiens (Bengi, 1980 ; İnan, 1980 ; Toumarkine, 1989 ; 1995 ; et Arı, 2000). Les travaux sur les immigrations récentes révèlent la complexité des profils des immigrés, de leur expérience migratoire et de leur situation législative. Mais ces recherches adoptent en général une perspective macro ou nationale de l’immigration, les recherches locales ou localisées (Pérouse, 2002 b ; 2009 b ; 2010 ; Aslan & Pérouse,  2003 ; Danış et Kayaalp, 2004 ; Biehl, 2013) sont plutôt rares. Des recherches localisées, centrées par exemple sur les relations des migrants avec leur environnement urbain, ont été réalisées dans le domaine de l’étude des migrations internes – à partir des zones rurales vers les zones urbaines – en Turquie (Karpat, 1976 ; Erder, 1996 ; Anse, 2003 ; Deli et Pérouse, 2002 ; Yılmaz, 2006 ; Fliche, 2007). Dans les recherches localisées, les migrations internes et internationales ont été étudiées parfois simultanément.

Des ouvrages et des revues de sciences sociales ; les fonds documentaires conservés dans la bibliothèque constituent une partie des fonds de l’IFEA sur les questions migratoires. D’autres types de documents, relatifs aux migrations en Turquie, sont conservés à l’IFEA, dans la salle de l’Observatoire Urbain d’Istanbul (située au deuxième étage du bâtiment de l’Institut), à savoir des rapports de recherche, des rapports administratifs, des actes de colloque, des correspondances administratives, des photographies et des coupures de presse principalement turque. Ces fonds documentaires de nature diverse, sous format papier et numérique, ont été constitués à partir de la fin des années 1990, grâce au travail collectif des chercheurs et des stagiaires de l’IFEA. Enfin l’IFEA dispose des fonds documentaires sur les questions migratoires en relation avec des pays autres que la Turquie, sur l’émigration portugaise, italienne et maghrébine vers la France par exemple ; ces fonds sous format papier ont été constitués au milieu des années 2000, grâce à la collaboration de Brigitte Jelen qui préparait alors sa thèse de doctorat en histoire (« Immigrant In/Visibility : Portuguese and North Africans in Post-Colonial France », thèse de doctorat en histoire moderne de l’Europe, l’Université de Californie à Irvine, 2007). Un travail de classement et de réorganisation de ces fonds a été entrepris récemment. Un bureau doté d’un ordinateur et d’un scanner sera à la disposition des chercheurs et des étudiants qui souhaitent consulter ces fonds, avec des possibilités d’emprunt et de reproduction sur demande.

Sélection d’ouvrages

  • Abadan, Nermin (1964) : Batı Almanya’daki Türk İşçileri ve Sorunları, Ankara : Başbakanlık Devlet Planlama Teşkilatı.
  • Abadan-Unat, Nermin (2002) : Bitmeyen Göç. Konuk İşçilikten Ulus-Ötesi Yurttaşlığa, İstanbul : İstanbul Bilgi Üniversitesi Yayınları, Göç serisi.
  • Abadan-Unat, Nermin ; Kemiksiz, Neşe (1986) : Türk Dış Göçü, 1960-1984, Yorumlu Bibliyografya, Ankara: A.Ü.S.B.F. Yayınları, no. 555, Gelişme ve Toplum Araştırmaları ve Uygulama Merkezi Yayınları, no. 1, Türkiye Araştırmaları Merkezi, Bonn : 1-57.
  • Akgündüz, Ahmet (2008) : Labour Migration from Turkey to Western Europe, 1960-1974. A Multidisciplinary Analysis, Aldershot and Burlington: Ashgate.
  • Aksaz, Elif (2015) : « L’émigration turque en France : 50 ans de travaux de recherche en France et en Turquie. Bibliographie commentée, proposée à l’occasion du 50e anniversaire de la signature d’un accord bilatéral de main-d’œuvre entre la France et la Turquie le 8 avril 1965 », Dossier de l’IFEA, série « La Turquie aujourd’hui », no : 22, Istanbul : Institut français d’études anatoliennes. URL : https://books.openedition.org/ifeagd/1200
  • Anse, Ebru (2003) : « Internal Migration and NGOs: Places, Peoples, Politics », Yüksek Lisans Tezi, Siyaset Bilimi ve Uluslararası İlişkiler Bölümü, Sosyal Bilimler Enstitüsü, Boğaziçi Üniversitesi, İstanbul.
  • Arı, Kemal (2000) : Büyük Mübadele. Türkiye’ye Zorunlu Göç (1923-1925), İstanbul : Tarih Vakfı.
  • Aslan, Mustafa ; Pérouse,  Jean-François (2003) : « Istanbul : le comptoir, le hub, le sas et l’impasse : fonctions dans le système migratoire international », Revue européenne des migrations internationales, 19, 3 (« Moyen-Orient : mutations récentes d’un carrefour migratoire ») : 173-204.
  • Bengi, Mustafa (1980) : « 1314 (1896-1897) Yılında Türkiye’ ye Olan Göçler ve Kurulan Göçmen Köyleri », İstanbul Üniversitesi Yakın Çağ Tarihi Mezuniyet Tezi.
  • Biehl, Kristen (2013) : « New Migrations to Istanbul and Emerging Local Practices », in Marcello Balbo, Ahmet İçduygu, Julio Pérez Serrano (éds.), Countries of Migrants, Cities of Migrants: Italy, Spain, Turkey, Istanbul : The Isis Press.
  • Danış, Didem ; Kayaalp, Ebru (2004) : « Elmadağ : A Neighborhood in Flux », Dossier de l’IFEA, série « La Turquie aujourd’hui », no : 18, Istanbul : Institut français d’études anatoliennes. URL : https://books.openedition.org/ifeagd/265
  • Danış, Didem ; İrtiş, Verda (éds.) (2008) : Entegrasyon Ötesinde Türkiye’den Fransa’ya Göç ve Göçmenlik Halleri, İstanbul : İstanbul Bilgi Üniversitesi Yayınları.
  • Danış, Didem ;  Soysüren, İbrahim (éds.) (2014) : Sınır ve Sınırdışı, Türkiye’de Yabancılar, Göç ve Devlete Disiplinlerarası Bakışlar, İstanbul : NotaBene.
  • Deli, Fadime ; Pérouse, Jean-François (2002) : « Migrations internes vers Istanbul : Discours, sources et quelques réalités », Dossier de l’IFEA, série « La Turquie aujourd’hui », no : 9, Istanbul : Institut français d’études anatoliennes. URL : https://books.openedition.org/ifeagd/166
  • Dumont, Paul ; Pérouse, Jean-François ; Tapia, Stéphane de ; Akgönül, Samim (2002) « Migrations et mobilités internationales
    la plate-forme turque », Dossier de l’IFEA, série « La Turquie aujourd’hui », no : 13, Istanbul : Institut français d’études anatoliennes. URL : https://books.openedition.org/ifeagd/220
  • Erder, Sema (1996) : İstanbul’a bir Kent Kondu : Ümraniye, İstanbul : İletişim Yayınları
  • Establet, Roger (1992 : « Migrations des travailleurs. L’expérience du retour. Le cas Turquie-France-Turquie. Tome 1 ». Compte-rendu de fin d’opération d’une recherche financée par le ministère de la recherche et de l’espace. Université de Provence.
  •  (1998) : « Migrations des travailleurs. L’expérience du retour. Le cas Turquie-France-Turquie. Tome II ». Compte-rendu de fin d’opération d’une recherche financée par le ministère de la recherche et de l’espace. Université de Provence
  • Fliche, Benoît (2007) : Odyssées turques. Les migrations d’un village anatolien, Paris: CNRS Éditions.
  • İnan, Gül (1980) : « 1303 Yılında Yapılan Göçler ve Kurulan Muhacir Köyleri », İstanbul Üniversitesi, Edebiyat Fakültesi Tarih Bölümü Yakınçağ Tarihi Kürsüsü Mezuniyet Tezi.
  • Jund, Alain ; Dumont, Paul ; Tapia, Stéphane de (éds.) (1995) : Enjeux de l’immigration turque en Europe : Les Turcs en France et en Europe, Paris : L’Harmattan.
  • Karaçay, Ayşem Biriz ; Üstübici, Ayşem (éds.) (2014) : Migration To And From Turkey: Changing Patterns And Shifting Policies, İstanbul : The Isis Press.
  • Karpat Kemal H.  (1976) : The Gecekondu-Rural Migration and Urbanization, Cambridge : Cambridge University Press.
  • Kastoryano, Riva (1986) : Être Turc en France. Réflexions sur familles et communauté, Paris : CIEMI et L’Harmattan.
  • Keyder, Çağlar ; Aksu-Koç, Ayhan (1988) : External Labor Migration from Turkey and Its Impact. An Evaluation of the Literature, Ottawa: International Development Research Center (IDRC, CRDI, CIID), Manuscript Report 185e.
  • Pusch, Barbara ; Wilkoszewski, Thomas (éds.) (2008) : Facetten internationaler Migration in die Türkei : Gesellschaftliche Rahmenbedingungen und persönliche Lebenswelten, Würzburg : Ergon Verlag.
  • (2010)  : Türkiye’ye Uluslararası Göç. Toplumsal Koşullar-Bireysel Yaşamlar, İstanbul : Kitap Yayınları, İnsan ve Toplum Dizisi.
  • Pérouse, Jean-François (2002 a) : « Migrations, circulations et mobilités internationales à Istanbul », in Paul Dumont, Jean-François Pérouse, Stéphane de Tapia, Samim Akgönül, « Migrations et mobilités internationales : la plate-forme turque », Dossier de l’IFEA, série : « la Turquie aujourd’hui », 13 : 9-29. https://books.openedition.org/ifeagd/249
  •  (2002 b) : « Laleli, giga-bazar d’Istanbul. Appréhender les caractéristiques et les mutations d’une place commerciale internationale », in Michel Peraldi  (sous la dir.), La fin des Norias ? Réseaux migrants dans les économies marchandes en Méditerranée, Paris : Maisonneuve et Larose.
  • (2009 a) : « Transit Maghrebis in Istanbul: Trajectories, Profiles and Strategies », in Ahmet İçduygu, Kemal Kirişçi (éds.), Land of Diverse Migrations. Challenges of Emigration and Immigration in Turkey, İstanbul : İstanbul Bilgi University Press & MiReKoç, pp. 576-610.
  • (2009 b) : « Émergence et résorption annoncées d’un territoire de transit international au cœur d’Istanbul : le cas de Tarlabaşı (1987-2007) », Maghreb-Machrek, 199 : 85- 101.
  • (2010) : « İstanbul’daki Kuzey Afrika « Topluluğu »: profiller, iç farklılaşmalar ve stratejiler », in Barbara Pusch, Thomas Wilkoszewski (éds.) : Türkiye’ye Uluslararası Göç. Toplumsal Koşullar-Bireysel Yaşamlar. İstanbul : Kitap Yayınları, İnsan ve Toplum Dizisi, pp : 321-330.
  •  (2012) : « L’afflux récent des Européens à Istanbul : inerties et recomposition des profils et des positions », Anatoli, 3 (« La Turquie au carrefour des turbulences migratoires ») : 41-54.
  • Rigoni, Isabelle (coor.) : Turquie : les mille visages. Politiques, religion, femmes, immigration, Paris : Éditions Syllepse.
  • Sert, Deniz Şenol ; Korfalı, Deniz Karcı (éds.) (2014) : Migration And Turkey: Changing Human Geography  İstanbul : The Isis Press.
  • Tapia, Stéphane de (2005) : Migrations et diasporas turques : Circulation migratoire et continuité territoriale (1957-2004), Paris, Istanbul : Maisonneuve-Larose/IFEA.
  • (1986 a) : « Émigration et développement : les premiers pas de l’industrialisation à Yozgat », Travaux de l’Institut de Géographie de Reims, n°65/66, « La Turquie », numéro réalisé avec le concours de l’Institut français d’études anatoliennes, p. 157-167.
  • (1986 b) : « La création d’entreprises populaires par les migrants de Turquie », Revue européenne des migrations internationales, 2, 1 : 59-7.
  • Toumarkine, Alexandre (1995) : Les migrations des populations musulmanes balkaniques en Anatolie 1876-1913.Istanbul : The Isis Press.
  • Toumarkine, Alexandre (1989) : « Les migrations des populations musulmanes balkaniques en Anatolie (1876-1913) », Mémoire de maîtrise en histoire, sous la direction de Dominique Chevallier, Université Paris 4.
  • Tribalat, Michèle (1995) : Faire France, Paris : La Découverte.
  • Yılmaz, Bediz (2006) : « Migration, exclusion et taudification dans le centre-ville istanbuliote : étude de cas de Tarlabaşı », Thèse de doctorat en urbanisme, sous la direction de Stéphane Yerasimos et de Nora Şeni.

Digitize this!

Digital2Inaugurations

L’année 2014 est celle du tournant numérique pour l’IFEA avec, successivement, la concrétisation du partenariat avec Persée pour la revue annuelle d’archéologie Anatolia Antiqua1 en juin 2014, l’inauguration des Dossiers de l’IFEA et des Rencontres d’Archéologie sur Open Edition Books2 en novembre ainsi que le transfert des vidéos de ses conférences sur Canal-u, toujours en cours et la constitution d’une photothèque numérique encore à l’état de prototype.
D’autres publications sont prévues au programme de mise en ligne, tant sur Persée que sur Open Edition Books et revues.org. Une partie d’entre elles est prise en charge dans le cadre du programme SAN (Soutien À la Numérisation) – 15 000 livres3 et la mise en ligne d’une autre partie incombe au laboratoire.
La convention passée avec Persée fixe quant à elle les devoirs de chacun et règle ainsi le sort des publications restantes.
7353 pages en accès libre sur un total prévu de plus de 30 000, 148 sur 400 vidéos consultables et téléchargeables sur notre webTV, plusieurs dizaines de milliers de clichés analysés pour quelques centaines décrits jusqu’à présent… Les chiffres seuls ne permettent pas de dresser un bilan de cette opération. Les aspects très concrets que sont les moyens disponibles, tant humains que matériels et financiers impactent fortement la durée de réalisation de ces projets. La mise en ligne de documents quels qu’ils soient se fait dans le respect des formats et normes définis pour tenter d’assurer leur pérennité, leur diffusion et leur interopérabilité, mais ces normes constituent des contraintes qui pèsent durement sur un laboratoire de taille modeste tel que le nôtre.
Pour autant, l’IFEA ne renie pas son engagement dans le libre accès aux sources primaires et résultats de la recherche. Au total, notre programme de publication en ligne prévoit la diffusion selon le modèle Freemium4 pour 14% de nos titres5. Trois collections6), soit 40% des volumes prévus seront sous une barrière mobile variant de 1 à 3 ans. Dans les faits, cette barrière ne concerne que les titres les plus récents, soit 5% du total des contenus mis en ligne. Le reste, c’est-à-dire la majorité des publications, est ou sera accessible sans restriction en lecture comme en téléchargement.

À l’échelle des IFRE

Nous rejoignons ainsi un mouvement déjà bien implanté au sein des IFRE (Instituts Français de Recherche à l’Étranger), dont 6 outre l’IFEA se sont lancés dans l’édition numérique avec Open Edition Books7, 13 ont choisi de diffuser une ou plusieurs publications en série sur les portails existants, Persée et revues.org (Cairn dans un cas), avec d’éventuelles passerelles pour garantir l’accès à l’intégralité des collections8.

Zoom arrière : numérisation et valorisation du patrimoine de l’institution

Canal-U

Comme annoncé en ouverture de cette note, il n’est pas question que de publications. L’inauguration de notre webTV9 correspond à une volonté de stocker et diffuser nos contenus multimédia dans un environnement estampillé “enseignement supérieur/recherche”, de délester notre bande passante de la charge du streaming et, à terme, notre espace de stockage puisque un projet d’archivage pérenne de Canal-u, déjà hébergé et diffusé par le CINES (Centre Informatique National de l’Enseignement Supérieur)10 nous permettrait d’envisager la suppression des copies locales.
Notre collection multimédia comporte actuellement environ 500 heures de vidéo et 150 heures d’audio. Pour être versées sur Canal-u, il nous faut procéder au réencodage de tous ces fichiers pour les mettre aux normes de diffusion. Cette étape aurait pu être évitée si nous avions opté pour une autre solution. Certes, mais…

Les alternatives

Des alternatives d’hébergement ont été rapidement écartées : une plate-forme commerciale comme Youtube, Dailymotion ou Google video n’a pas semblé souhaitable pour trois raisons principales. La première est liée aux bizarreries juridiques de ces géants du web au sujet de la propriété des contenus déposés (droits cédés tacitement au diffuseur, possibilité d’exploiter et réutiliser à loisir les contenus et absence de garantie sur leur pérennité). Deuxième argument, l’identité mal définie qu’auraient nos contenus déposés sur Youtube et consorts. Enfin -et cet argument a pesé lourd dans la balance- les autorités turques ont une relation pour le moins complexe avec Internet11 et des blocages à durée indéterminée de plates-formes de partage de vidéos sont déjà intervenus par le passé. Même si des solutions techniques permettent toujours de contourner ces blocages qui sont en général peu sophistiqués, il pourrait être délicat pour un institut lié organiquement aux autorités diplomatiques françaises, opérant physiquement en Turquie, de se retrouver dans une situation de contournement flagrant de la loi.
Le dépôt sur The Internet Archive12 a été également envisagé mais deux inconvénients de taille que sont la lenteur exaspérante du transfert des médias et le problème précédemment évoqué de perte d’identité ont achevé de dissuader. Les Archives Audiovisuelles de la Recherche13 qui proposent des contenus similaires aux nôtres étaient en cours de restructuration profonde14 et quasi moribondes au moment de notre benchmarking. Nous restions également en veille au cas où l’archive ouverte Medi-HAL du CCSD (Centre pour la Communication Scientifique Directe)15 élargirait son offre d’hébergement aux autres médias comme annoncé un temps.
La somme des constats ci-dessus couplée à une expérience précédente de collaboration réussie avec Canal-u (qui me donne au passage l’occasion de saluer mes anciens collègues d’UNIT et de Fuscia16) ont scellé le sort des conférences en ligne de l’IFEA. Une opportunité de financement plus tard, c’est grâce à Aude Aylin de Tapia que ce patient travail de conversion, de description et de versement s’effectue.

Exploitation des archives

Faire de l’IFEA une institution connaissant et diffusant sa mémoire tout autant que ses richesses passées et présentes est une orientation stratégique définie par Jean-François Pérouse depuis son arrivée à la tête de l’IFEA en 2012. Si le programme de mise en ligne des publications s’y est inséré tout naturellement, il est loin d’en borner l’horizon.
Dans une première phase, ce sont la bibliothèque, le dépôt des livres et le lieu de conservation des archives qui ont fait l’objet d’opérations de réorganisation ayant pour but d’inventorier et de permettre un meilleur accès à nos collections, nos publications et nos archives. Les maîtres-mots du moment étaient alors dépoussiérage, manutention et récolement.
La venue de Béatrice Thouvenot en 2013 dans le cadre d’un stage qui avait pour but l’inventaire raisonné des archives des missions archéologiques depuis la création de l’IFEA en 1930 a permis de mieux en appréhender le contenu. Motivé ensuite par le désir de reconstituer l’historique de la bibliothèque à travers le personnel y ayant travaillé -et si possible, celui de la constitution des fonds documentaires- l’examen systématique des archives a été entrepris par Cilia Martin, recrutée comme vacataire. Issus de ce minutieux travail, des dossiers constitués de documents scannés doivent maintenant être “base de donnéisés” et valorisés. J’y reviendrai.

La nécessité d’une photothèque

Un fonds de photographies, dont on n’avait qu’une connaissance partielle par ouï-dire, a été exhumé des boîtes d’archives17. Ce fonds physique dans un état de conservation préoccupant est venu s’ajouter au projet naissant de photothèque confié à Céline Pierre-Magnani.
Ce projet est constitué de deux volets. Le premier vise à organiser l’accès à la vaste archive de photographies numériques de l’observatoire urbain d’Istanbul. Il s’agit donc de proposer une solution avant tout technique. Le second, prospectif, consiste à susciter le don auprès des anciens chercheurs de l’IFEA. Les documents ainsi récoltés seront décrits et versés à une base de données en ligne qui s’adresse à nos publics naturels que sont les chercheurs et les étudiants. Notre souhait est de permettre le téléchargement et la réutilisation de ces documents, dans le respect des droits d’auteur.

Partenariats

L’impossibilité d’assurer dans nos locaux de bonnes conditions de conservation et d’accès à long terme à des fonds physiques a conduit à penser un partenariat avec un acteur local de premier plan qui possède à la fois l’infrastructure et la compétence nécessaires. Partenaire régulier de l’IFEA, SALT18 a répondu présent à notre appel.
Une solution technique, pour être une vraie solution, doit tenir compte des diverses contraintes pesant réellement sur le projet. Les deux variables pesant le plus sur l’IFEA sont le manque structurel de moyens humains et financiers. Cela suppose donc, à défaut de mécène, un stockage à moindre coût et un logiciel, si possible gratuit19, dont la prise en main ne nécessite pas un investissement de temps trop important. Notre objectif à long terme est en effet de réactiver le dépôt de photographies par les chercheurs20 et les étudiants accueillis au sein de l’IFEA. À la solution technique s’ajoute ainsi la rédaction d’un protocole de versement.
L’inscription de l’IFEA dans la mouvance de l’accès libre et ouvert revendiqué pour ses publications nécessite, on l’a vu plus haut, une description aussi rigoureuse, précise et concise que possible, dans le respect des normes en vigueur. Pourquoi ? Parce que celles-ci sont au cœur de l’interopérabilité entre les systèmes qui permet une bonne diffusion (quel intérêt de mettre à disposition des ressources que personne ne repèrera ?) et, paramètre important, conditionne l’accès aux différentes grilles de services qui sont notre planche de salut pour le stockage, l’hébergement voire éventuellement l’archivage pérenne de nos projets.
Le problème ainsi posé, la solution se laisse entrevoir peu à peu. Medi-HAL évoqué plus haut est difficilement envisageable pour un dépôt massif. Un test mené en 2011 a fait remonter les difficultés suivantes :

  • lenteur de l’interface de HAL, temps de renseignement des formulaires de validation (même si une option bienvenue de traitement par lot a été implémentée, un chargement des métadonnées par document csv, tei, xml nous plairait vraiment beaucoup)
  • nécessité d’effectuer des retouches sur les photographies comportant des visages reconnaissables
  • ajout au cliché d’un macaron à notre avis disgracieux qui ne mentionne que la plate-forme. J’en verrais personnellement l’utilité si c’étaient les crédits photos et les conditions de réutilisation qui étaient apposés en watermark, garantissant ainsi un peu mieux le fair use
  • demande de l’équipe de modération de placement d’une barrière mobile sur des clichés pouvant heurter la sensibilité des associations militant pour les droits des animaux. Medi-HAL est-elle ou non une archive scientifique ? Comment des groupes de pression peuvent-ils induire un tel comportement d’autocensure (et en quoi une barrière mobile règle-t-elle le problème) ?

Des solutions logicielles de type GED (Gestion Électronique du Document) qui peuvent prendre en compte tous types de documents (comptables, administratifs, promotionnels voire dossiers documentaires) et de formats, permettent de gérer finement les permissions d’accès. Mais conçues pour être déployées dans des structures complexes, elles sont malheureusement hors de portée de notre bourse. Les aléas budgétaires ne nous permettent pas davantage de nous tourner vers des logiciels libres proposant des fonctions similaires avec contrat de maintenance. Sans chercher à noircir le tableau, nous n’avons aucun moyen de prévoir l’évolution de notre budget sur 5 ou 10 ans, pas plus que nous ne pouvons maîtriser l’évolution des coûts de maintenance, ni même la durée de vie du partenaire commercial avec lequel nous nous engagerions. Consacrer des ressources précieuses par leur rareté à faire aboutir un projet sous une forme qui devra peut-être changer à court ou moyen terme semble peu raisonnable.
Un hébergement web classique est exclu au vu de l’espace de stockage nécessaire avec les documents déjà en notre possession. Et puisque notre souhait est que cette photothèque se développe (par les dons des anciens tout autant que grâce à la contribution des membres présents et futurs), il est nécessaire de prévoir l’espace dont nous aurons besoin dans les années à venir. C’est donc sans surprise que nous prévoyons de nous tourner vers la TGIR Huma-Num21 dont le nouveau service d’exposition de données Nakala22 semble répondre à nos besoins. Quant au choix du logiciel, c’est la petite étoile montante Omeka23 qui, bien qu’il ne couvre pas la totalité de nos besoins en termes notamment de gestion du multilinguisme (interface et métadonnées), est le meilleur compromis à notre disposition.

Évaluation des projets

Pour conclure sur les contraintes évoquées au long de ce texte, il est frappant de voir que des projets si importants pour l’institution ne peuvent voir le jour qu’à la faveur de financements ponctuels et reposent sur des personnes au statut précaire dont l’implication est à souligner.
La poursuite des efforts en matière de recherche de financements semble la voie à suivre pour garantir la survie et le développement des projets évoqués dans ce texte. Pour cela, il nous faut aussi les présenter et les jalonner en pensant, au-delà des projets eux-mêmes, à leur transmission, leur documentation, leur valorisation.

Valorisation et stratégie de communication

Dans le contexte des instituts de recherche, la valorisation s’entend comme le transfert des résultats de la recherche vers la société en général, avec un focus particulier sur les acteurs économiques24. Selon le rapport de Philippe Adnot au Sénat sur la valorisation de la recherche dans les universités, « valoriser [c’est] “rendre utilisables ou commercialisables les résultats, les connaissances et les compétences de la recherche”. Il [existe] plusieurs procédés de valorisation tels que la recherche partenariale, le dépôt de brevet ou la création d’entreprise »25. L’auteur note toutefois qu’« il est indispensable de reconnaître que les SHS n’ont pas les mêmes préoccupations, ni les mêmes objectifs que les sciences “dures” alors que les processus et les procédures sont construits par ces dernières »26.
À notre échelle, les actions de valorisation menées relèvent davantage de l’expertise et de la diffusion des résultats de la recherche à un large public. La frontière entre valoriser et communiquer se révèle donc parfois assez ténue.
Sous la houlette de Gwenaëlle Dufils, une réflexion devant aboutir à la rédaction d’un guide pratique de la valorisation et de la communication à usage interne est menée en ce moment à l’IFEA.  Gwenaëlle a proposé de partager avec nous ses compétences en matière de valorisation, d’organisation d’événements et de promotion de fonds muséographiques acquise en tant que responsable des galeries d’archéologie et de paléontologie du Musée d’Artenay (Loiret)27.
Rencontre des compétences de son auteur et des retours d’expérience des membres de l’équipe, ce guide que nous voulons évolutif sera un document précieux dans une institution où le renouvellement de personnel intervient régulièrement. Les projets évoqués au long de ce texte seront les premiers bénéficiaires des conseils qu’il contiendra.,

Isabelle Gilles
Chargée d’édition numérique et des projets de numérisation
Secrétaire de rédaction de la revue EJTS http://ejts.revues.org
Webmaster du site https://www.ifea-istanbul.net
  1. http://persee.fr/web/revues/home/prescript/revue/anata []
  2. https://books.openedition.org/ifeagd/ []
  3. http://www.rechercheisidore.fr/search/resource/?uri=10670/1.69a0f3 []
  4. http://www.openedition.org/7957 []
  5. Les collections concernées sont les suivantes : Passé ottoman, présent turcRencontres d’Istanbulcoédition IFEA/Kitapyayınevi, toutes trois à venir sur Open Edition Books. []
  6. IFEA Çalışmaları, à venir sur revues.org ainsi que Varia Anatolica (Persée/Open Edition Books) et Anatolia Antiqua (Persée/revues.org []
  7. Par ordre alphabétique le CEDEJ, le Centre Jacques-Berque, le CEMCA, l’IRMC, l’IFRA Nigeria, l’Institut français d’études andines et l’IFPO. Le CEFAS est encore en phase de développement. Voir https://books.openedition.org/publishers []
  8. Voir la liste des éditeurs présents sur revues.org http://www.openedition.org/3245? , qui renvoie le cas échéant vers le portail partenaire. Une liste partielle des revues en ligne est également disponible sur le site de valorisation des IFRE http://ifre.fr/index.php/publications/revues-en-ligne []
  9. https://www.canal-u.tv/producteurs/ifea []
  10. https://www.cines.fr/presentation/ []
  11. À ce sujet, on lira avec intérêt Lauranne Liégeois, Le pouvoir turc et la question d’Internet. Que révèle de l’AKP sa politique de gestion du Web, mémoire de Master en sciences politiques à finalité Politique et Société des pays émergents, 2013, OVIPOT http://ovipot.hypotheses.org/9812 []
  12. The Internet Archive est un organisme sans but lucratif créé en 1996 et basé en Californie. Son objectif est d’archiver le web et de garantir un accès pérenne à la connaissance https://archive.org/about/ []
  13. http://www.archivesaudiovisuelles.fr/fr/ []
  14. L’issue est toutefois heureuse, puisque le projet, rebaptisé Campus-AAR est financé depuis janvier 2014 par l’ANR à hauteur d’un million d’euros pour 36 mois. Voir http://campusaar.hypotheses.org/a-propos et les étapes du projet sur http://www.agence-nationale-recherche.fr/projet-anr/?tx_lwmsuivibilan_pi2%5BCODE%5D=ANR-13-CORD-0016 []
  15. https://medihal.archives-ouvertes.fr/ []
  16. L’Université Numérique Ingénierie et Technologie http://www.unit.eu/fr et https://fuscia.info/ repèrent et produisent des contenus pédagogiques en sciences de l’ingénieur. []
  17. Pour plus de détails sur ces fonds photographiques retrouvés et sur les choix opérés dans le traitement des archives, voir http://dipnot.hypotheses.org/822 []
  18. SALT (http://saltonline.org/) est une fondation privée dédiée à l’art contemporain. Fondée et financée par la banque privée turque Garanti, elle a été créée en 2011, résultant de la fusion de la Garanti Gallery (centre de recherche et d’exposition consacré au design, l’architecture et l’urbanisme), le Centre de recherche et d’archives de la Banque Ottomane et Platform Garanti (art contemporain). []
  19. Mais même le gratuit a un coût, souvent négligé et difficile à chiffrer. Charge à l’utilisateur d’installer son produit dans son environnement technique, de le maintenir, d’assurer la sécurité de ses données, de se former à son utilisation, voire de le personnaliser. Le périmètre de compétence et le dynamisme des communautés d’entraide est un facteur crucial dans le choix d’un logiciel libre et gratuit. []
  20. Le passage d’Olivier Givre en octobre 2014 est l’exemple d’une collaboration réussie. Voir la restitution de son terrain sur Dipnot http://dipnot.hypotheses.org/889 []
  21. http://www.huma-num.fr/la-tgir-en-bref []
  22. http://www.huma-num.fr/service/nakala []
  23. “Omeka est une plate-forme de publication web open source spécialisée dans la publication de collections muséales, bibliothèques numériques et éditions savantes en ligne. Omeka est au croisement entre système de gestion de contenus (CMS), gestion de collections et gestion d’archives numériques. Elle est développée par le Roy Rosenzweig Center for History and New Media de l’Université George Mason (Virginie, Etats-Unis)”. (Projet Plume https://www.projet-plume.org/fiche/omeka) et http://omeka.org/ pour le logiciel en lui-même. La fonctionnalité de création d’expositions virtuelles est un atout majeur d’Omeka. Le choix par l’équipe de développement du set de métadonnées standardisé Dublin Core et l’exposition native de ces métadonnées par OAI-PMH, permettent de s’appuyer sur des infrastructures éprouvées au niveau international. Omeka a été élu “Meilleur logiciel ou suite logicielle pour les humanités numériques” en 2012. Voir http://dhawards.org/dhawards2012/results/ []
  24. Voir à ce sujet la profession de foi du Consortium de Valorisation Thématique de l’alliance Athéna http://www.cvt-athena.fr/qui-sommes-nous/presentation-du-cvt-athena.html []
  25. Rapport d’information n° 341 (2005-2006) de M. Philippe Adnot, fait au nom de la commission des finances, p. 57 http://www.senat.fr/notice-rapport/2005/r05-341-notice.html []
  26. Ibid. p.49 []
  27. http://www.larep.fr/loiret/actualite/pays/pithiverais-beauce/2014/09/05/gwenaelle-dufils-quitte-le-musee_11131858.html []

Lieux et milieux du Kurban Bayramı. Retours sur un terrain exploratoire à Istanbul

Retours sur un terrain exploratoire à Istanbul (septembre-octobre 2014).

Le séjour de recherche réalisé à Istanbul (IFEA, USR 3131) en amont, pendant et en aval de la « fête du sacrifice » (kurban bayramı, 4-7 octobre 2014) s’inscrit dans un projet de recherche qui concerne les recompositions du sacrifice sanglant en Europe. Partant d’une relecture de la notion de sacrifice, classiquement perçue par les anthropologues comme l’une des modalités fondamentales de la pratique et du sentiment religieux, ce projet interroge les mutations contemporaines des pratiques sacrificielles, mais aussi des enjeux qu’elles posent dans des sociétés urbanisées, industrialisées, globalisées, où normes et représentations circulent et s’entreproduisent sans cesse. Ce projet fait suite à mes travaux sur le kurban dans les Balkans (Givre, 2006 ; 2015) et les multiples interrogations entourant le sacrifice musulman en Europe (Brisebarre, 1998, 2014 ; Bowen, 2012 ; Givre, 2015). L’accent est mis d’une part sur le rapport entre tradition sacrificielle, pluralisme religieux et politiques du vivant en Europe, notamment les mutations du rituel au prisme des cadres législatifs et normatifs européens (Bergeaud-Blackler, 2004 ; Marguenaud, Burgat, Leroy, 2010) ; d’autre part sur la multiplicité des formes et des sens du rituel en fonction des contextes et des conditions de la pratique rituelle (maintien d’une pratique familiale, prise en charge par des opérateurs publics, religieux, humanitaires ou commerciaux, abandon de la pratique sacrificielle proprement dite, redécouverte dans les conditions de retour « au pays » ou au village, etc.). L’examen de ces différentes dimensions montre que la représentation d’une tradition immuable ou d’un modèle rituel établi qui devrait se plier à la modernité occidentale ne résiste pas à l’analyse.

Là où mes recherches antérieures dans les Balkans ont plutôt documenté les pratiques sacrificielles en milieu rural (et comme l’une de ses représentations), le terrain stambouliote a d’abord mis en évidence l’intérêt d’une lecture de l’espace urbain du/par le sacrifice. Dans le contexte de la métropole turque, le kurban bayramı constitue tout autant un événement rituel et religieux majeur qu’un espace-temps social, festif, économique et politique d’importance (Gökalp, 1998). À Istanbul, ce sont environ 200 000 bêtes qui ont été sacrifiées cette année, selon les sources officielles des services vétérinaires gouvernementaux et de la grande municipalité (İBB). Sur les 39 districts ou municipalités de la ville, les sites officiellement répertoriés et habilités représentent 117 lieux de vente (satış) et 516 lieux de coupe (kesim). La visibilité de cet événement se traduit ainsi par sa place dans l’espace public, les politiques urbaines et la vie religieuse mais aussi dans les rapports sociaux et les perceptions intimes, selon des modalités variées et parfois hétérogènes, mettant en lumière la pluralité des pratiques et des enjeux associés au bayram.

Facteur de rassemblement autour d’un certain nombre de valeurs largement promues (sens de la tradition, ancrage familial et sociabilité locale, solidarité et charité, conformité rituelle et morale, festivité religieuse), le kurban tire l’essentiel de sa légitimité de l’idée qu’il constitue simultanément une obligation religieuse, un devoir moral, un bénéfice social et une valeur culturelle (voir Gökalp, 1999). La représentation dominante est celle d’une pratique destinée à attester et renforcer des liens de diverses natures (avec Dieu, au sein de l’ümmet, dans les sphères familiale, amicale, locale, auprès des démunis et des pauvres). Ces multiples solidarités sont mises en scène et performées tant au niveau des pratiquants proprement dits que par l’environnement caritatif, médiatique et institutionnel usant des registres sémantiques du don et du pardon, de la tradition, de la solidarité, d’une forme de bienséance religieuse, mais aussi de la purification morale des richesses personnelles ou du confort matériel.

Mais le kurban constitue également une pratique qui divise, tant sur le plan de ses manifestations concrètes que des représentations qui lui sont associées, les formes de mise à distance pouvant osciller entre ironie mordante (dont témoignent par exemple nombre de caricatures de presse) et critique radicale. Les visions récurrentes du Bosphore ensanglanté, d’animaux apeurés, souffrants ou indociles, d’« accidents » touchant des pratiquants « amateurs » ou encore de l’insalubrité de certaines conditions d’abattage, participent de représentations négatives de la pratique sacrificielle proprement dite, jugée contestable ou archaïque mais également facteur de désordre urbain. Par ailleurs, il est fréquent que les détracteurs du rituel l’associent à des options conservatrices : ritualisme, normativité religieuse, adhésion à un islam institutionnel ou au contraire une forme de religion populaire dénigrée. Une frange des personnes rencontrées témoigne d’une nette aversion pour une pratique symbolisant non seulement à leurs yeux une tradition anachronique, mais un ordre moral et politique en partie associé au pouvoir actuel, à une forme de rigorisme, et à un ensemble de débats cristallisés sur la place de la religion dans la société turque.

La complexité de ces positions empêche cependant d’en fournir une lecture simplifiée selon une ligne de partage entre « pro » et « anti » sacrifice : ainsi certains rejettent le bayram comme manifestation rituelle collective tout en pratiquant par ailleurs individuellement certains kurban à titre propitiatoire. De même, l’éventail des modalités de pratique témoigne lui-même d’arrangements multiples avec la « tradition », entre réaliser soi-même le sacrifice dans des conditions parfois clandestines, confier sa mise en œuvre aux pouvoirs publics dans des chaînes officielles d’abattage, donner à des ONG confessionnelles, ou encore recourir aux offres commerciales proposées par les grandes surfaces. L’examen de ces différents registres m’a ainsi conduit à saisir l’ensemble des chaînes d’action à l’œuvre dans l’organisation et le déroulement du rituel. Hormis les pratiques et les représentations des différents acteurs directs du rituel (des familles aux professionnels du sacrifice en passant par les représentants religieux), un accent particulier a été mis sur la place des pouvoirs publics, le rôle des institutions et ONG confessionnelles et l’environnement commercial.

Les enquêtes conduites auprès des instances municipales et des services vétérinaires ont ainsi concerné les dispositifs et les infrastructures : le contrôle des flux animaux, la technicisation de l’abattage, l’hygiénisation du rituel sont illustrés par les abattoirs (kesimhane) géants récemment créés dans les espaces périphériques d’Istanbul, qui par leur configuration et leur sophistication peuvent être considérés comme des éléments constitutifs du projet urbain (ouvertement opposés aux espaces informels du sacrifice). Les institutions et ONG confessionnelles regroupent quant à elles un ensemble de structures disparates (külliye – complexes rituels, fondations, mosquées) mais dont le dénominateur commun est la capacité de prise en charge de l’intégralité du sacrifice, à des fins caritatives, solidaires ou humanitaires. Articulant registres moraux et capacité d’action, ces institutions reflètent une « société civile » à base religieuse particulièrement développée et fortement visibilisée lors du bayram. Leurs modes de fonctionnement revendiqués (appels aux dons, professionnalisme et bénévolat, licéité religieuse, traçabilité rituelle) correspondent parfois à de véritables modèles entrepreneuriaux dans les champs de la solidarité et de l’action humanitaire, dont le kurban constitue un symbole. Enfin, des observations et entretiens réalisés auprès de différents acteurs (adakçı ou professionnels du sacrifice, groupe Carrefour) illustrent la commercialisation au sens large du rituel, qu’il s’agisse d’espaces de vente et d’abattage présents à de multiples endroits de la ville, ou localisés durant le bayram dans les centres commerciaux proprement dits, mais aussi d’une forme de « mise en produit » et en marketing du kurban (du business model à la relation client : vente en ligne, facilités de paiement, modalités de livraison, etc.).

Pour la poursuite de mes travaux, cette enquête exploratoire me conduit à mettre l’accent sur les pistes de recherche suivantes :

  • L’arène axiologique du sacrifice : enjeux normatifs, sanitaires et politiques ; régimes de légitimité et/ou de contestation, tensions entre licéité religieuse et légalité juridique, arguments « animalistes » et mobilisations militantes ; normativité technique et sécurité alimentaire en matière de mort animale.
  • La réactualisation du rituel : recomposition des composantes fondamentales du kurban (zekat – charité, vekalet – procuration, kesim – égorgement) ; conversion de la valeur rituelle ou religieuse en valeur sociale, politique, économique ; variété des pratiques (familiale, institutionnelle) et nouveaux registres d’action morale du sacrifice par l’« humanitarisation » et le développement (Benthall et Bellion-Jourdan, 2003).
  • La production sociale et urbaine de l’espace sacrificiel : lieux formels/informels et modes d’organisation ; espaces publics du rituel (des médias et discours aux équipements) ; circulations et régulations urbaines des animaux, des personnes et des pratiques ; technicisation, hygiénisation et institutionnalisation des procédures rituelles ; prise en compte du rituel dans l’espace, les projets et les aménagements urbains.
  • Les transactions morales et commerciales autour du sacrifice : appels à dons des organisations caritatives et humanitaires ; pratiques et techniques de la procuration ; commercialisation du sacrifice (des petits commerces à la grande distribution) ; traçabilité et conformité rituelle ; circuits de l’économie redistributive du rituel (don et aide alimentaire, secours humanitaire, arguments développementalistes).
  • Les récits et les mémoires du rituel : narrations individuelles et familiales du rituel (selon le genre, la génération, les parcours, opinions et croyances) ; croisements entre parcours personnels et parcours rituels ; place du sacrifice dans la fabrication et l’image de soi ; la transmission informelle et formelle des savoir-faire sacrificiels ; place du sacrifice dans le sentiment religieux.

Références

  • Bergeaud-Blackler F., 2004, « Nouveaux enjeux autour de l’abattage rituel : une perspective européenne » Cahiers d’Economie et de Sociologie Rurales (73).
  • Bowen J., 2012, A new anthropology of Islam, Cambridge, Cambridge University Press.Brisebarre A.M. (dir.), 1998, La fête du mouton. Un sacrifice musulman dans l’espace urbain, Paris, CNRS Editions.
  • Brisebarre A.-M., 2014, « Fêter l’Aïd el-kébir en France: du sacrifice du mouton à domicile à l’achat d’une carcasse par internet », in Fall K., Dimé M.N., Ly M.A. et Boukala M. (dir.), Le halal dans tous ses états, Québec, Presses de l’université Laval, pp. 293-316.
  • Fassin D., 2010, La raison humanitaire. Une histoire morale du temps présent. Paris, Editions de l’EHESS, Gallimard/Seuil.
  • Givre O., 2006, Un rituel « balkanique » ou un rituel dans les Balkans ? Le kurban en Bulgarie et en Grèce du nord, Thèse de doctorat, Université Lumière-Lyon2.
  • Givre O., 2015, « L’animal sacrificiel entre licite et légal », in M. Cros, J. Bondaz, F. Laugrand (dir.), Visions du monde animal, Paris, Editions des Archives Contemporaines (à paraître).
  • Gökalp A., 1998, « Turquie. Le kurban à Istanbul », in Brisebarre A.M. (dir.), La fête du mouton. Un sacrifice musulman dans l’espace urbain, Paris, CNRS Editions.
  • Gökalp A., 1999, « Le sacrifice dans la tradition turque » in Bonte P., Brisebarre A.M., Gökalp A. (dir.), Sacrifices en islam. Espaces et temps d’un rituel, Paris, CNRS Editions.
  • Marguenaud J.P., Burgat F., Leroy J. (dir.), 2010, « Dossier thématique : l’abattage rituel », in Revue semestrielle de droit animalier (2010/2), Limoges, Faculté de droit et des sciences économiques.

Sur les traces d’un voyageur de Carie : quelques lettres d’Alfred Laumonier

par Joy Rivault (doctorante, ex-BCD à l’IFEA)

Les archives de l’Institut Français d’Études Anatoliennes n’ont pas encore révélé tous leurs secrets, semble-t-il. Jean-François Pérouse, directeur de l’Institut, a eu la main chanceuse cet été en découvrant dans les archives quatre lettres d’Alfred Laumonier, adressées au premier directeur de l’IFEA, Albert Gabriel1. Il s’agit d’une correspondance2 entre les deux chercheurs qui semblaient entretenir des relations cordiales et amicales, bien que nous n’ayons à notre disposition que les lettres reçues par l’ancien directeur et laissées à l’Institut. Cette documentation nous donne un précieux état des lieux des recherches archéologiques en Carie en 1932. Elle permet de se rendre compte des démarches préliminaires nécessaires à l’élaboration de recherches en Turquie et de la rivalité ambiante entre les chercheurs étrangers, mais aussi Français, sur le territoire au XXe siècle. Il y est également déjà question de l’intérêt  particulier que portait A. Laumonier aux cultes cariens.

Projet de voyage en Carie

La première lettre que les archives nous ont livrée est datée du 11 mai 1932. Écrite sur un papier officiel de l’Université de Toulouse, où A. Laumonier enseignait, elle semble avoir été rédigée, du moins achevée, à l’École Française d’Athènes3. On y apprend qu’il s’agit d’une redite d’une précédente lettre adressée à l’Institut Français d’Archéologie d’Istanbul (IFAI, futur IFEA) et restée sans réponse. N’ayant aucun retour de la part du directeur, il est convaincu que le papier a été perdu, il en résume donc le contenu dans cette nouvelle correspondance.

Il y est question d’un projet de voyage en Carie, formé depuis 1924, sous la direction de Charles Picard, alors directeur de l’École Français d’Athènes, et qui n’a encore jamais pu être réalisé. La première chose qu’il tient à souligner dans la longue liste d’arguments justifiant ce déplacement, est qu’il n’a pas exactement le même objectif que son confrère, Louis Robert. Les rapports entre les deux chercheurs sont alors à leurs débuts et encore très cordiaux. A. Laumonier explique :

« quoique nos études se trouvent en contact sur bien des points, (…) il ne peut naître de cette coïncidence qu’une collaboration, non une compétition ».

Pourtant, quelques années plus tard, il parlera de « fatalité » concernant la simultanéité de leurs études respectives en Carie, qui ne cessera d’être une source de rivalité et de conflit, alimentée par les notes invectives des deux chercheurs dans le Bulletin de Correspondances Helléniques4).
A. Laumonier justifie sa démarche par son travail sur les cultes de Carie5. Une étude de topographie historique lui semble donc indispensable. Il ne demande à effectuer qu’un voyage de reconnaissance par Aidin, Milas, Esthi Hissar-Stratonicée, peut être Moughla et surtout Külük, Bodroum et sa presqu’île. S’il parvient à obtenir un « appui bienveillant 6» d’A. Gabriel, il suppose que le gouvernement turc ne fera pas de difficultés pour le laisser circuler et prendre des photos. La Turquie a en effet subi une longue période de troubles politiques qui compliquent les investigations archéologiques des étrangers sur le territoire. Il écrit donc en parallèle une lettre à Aziz Bey7, compagnon de fouilles à Téos en 1924, qui lui fait espérer une réponse favorable, bien que le directeur de l’IFAI n’ait pas appuyé cette demande de voyage suite à la possible perte de la première lettre.
Il développe ensuite le programme prévu pour son voyage, qui ne peut se dérouler qu’en août. Il souhaite faire des fouilles en lien avec les cultes cariens, soit à Labraunda, soit au temple d’Artémis Kindya8, qui se trouvent près de Milas. Il semble pressé9. Il a besoin de fonds pour cette entreprise et pour l’année en cours. En effet, le Suédois A. W. Persson aurait aussi le projet de fouiller dans la région10. A. Laumonier estime qu’il s’agit d’une opportunité à ne pas manquer pour que la France prenne les devants dans la course internationale aux découvertes archéologiques prestigieuses. C’est de ce sujet qu’il voudrait s’entretenir avec le directeur.
Le ton de la lettre est poli et courtois, assorti de propositions prudentes : A. Laumonier a besoin de l’appui de l’institut pour donner davantage de poids et de crédibilité à la demande faite préalablement au gouvernement turc. Il n’en va pas moins droit au but : le temps presse, il n’est pas le seul chercheur à s’intéresser à la Carie. Un autre Français, L. Robert, effectuera un voyage dans la région, de la fin de septembre au début de novembre 1932, au frais de l’American Society for Archeological Researches in Asia Minor, et avec l’appui de nombreuses autorités en Turquie11. A. Laumonier a donc besoin de faire jouer quelques relations12 et de trouver un financement pour faciliter la réussite de son entreprise. Il n’est plus seulement question de fierté nationale : les deux Français se lancent chacun dans un véritable cursus honorum. Ainsi,  A. Laumonier n’oublie jamais de rappeler en quoi sa démarche est nécessaire pour lui et pour la recherche française, donc pour l’IFAI.

C’est après sa nomination à la Faculté des Lettres de Toulouse qu’il entamera sa première expédition en Carie, entre août et septembre 1932, à ses propres frais. Il s’intéresse en effet aux cultes de Carie depuis 1923 mais il a dû mettre de côté cette étude en raison des difficultés que présentait ce projet : de 1925 à 1931 il ne disposait pas « d’assez de loisir en été pour faire ce voyage ».
À la suite de ce voyage, Alfred Laumonier publiera en 1933 Notes sur un voyage en Carie13.  Il y décrit et commente les nouveaux documents qu’il a découverts, ainsi que ses observations sur des sites déjà connus.

Demande de fouilles

Athènes, 9 octobre 1932. A. Laumonier est de retour de son voyage en Carie14 au cours duquel il a eu l’occasion d’examiner les nombreuses possibilités de fouilles dans la région Mylasa-Stratonicée, particulièrement les sites de Mylasa, Euromos, Labraunda, Stratonicée et Panamara. Il dresse le bilan de cette expédition au directeur de l’IFAI, sous la forme d’un rapport officieux, tapé à la machine et soigné, auquel il joint pour chacun des sites un croquis d’état des lieux. Selon lui, seuls Mylasa et Panamara seraient exploitables sans trop de crédits. Il espère toujours obtenir un financement et la prise en charge d’une mission archéologique sur place, ce qui ne lui avait pas été accordé la première fois.

Il constate que Mylasa est presque entièrement recouverte par la ville moderne de Milas. Un seul endroit serait intéressant à fouiller, un peu à l’extérieur de la ville : le site présumé du sanctuaire de Zeus Osogoa (d’après P. Le Bas15). Beaucoup d’inscriptions ont été trouvées à proximité du mur « du temple16 ».

Des alignements de marbres cassés lui laissent penser qu’il s’agit de portiques. Il décrit également des dénivellations, des colonnes encore en place, des tambours de colonnes portant des proscynèmes17 et un mur de soutènement d’une longueur de 100 mètres (dessiné par P. Le Bas). Il suppose qu’il est en présence d’un ensemble architectural important et qu’il est fort vraisemblable que ce soit le sanctuaire de Zeus Osogoa18, divinité principale de la cité de Mylasa qui connut un grand succès dès le IIIe s. av. J.-C.

Croquis n°1 : Mylasa. Dessin d'A. Laumonier, archives de l'IFEA
Croquis n°1 : Mylasa. Dessin d’A. Laumonier, archives de l’IFEA

 Pour mener à bien ce projet de fouilles A. Laumonier propose d’acheter le champ sur lequel se trouvent les vestiges. Il coûte 1000 livres turques, soit 12 000 anciens francs19. Il s’agit d’un champ de blé ce qui ne pose pas de difficultés pour faire des sondages avant l’achat du terrain, c’est-à-dire après la récolte qui a lieu en juillet. Il expose ensuite quels seraient les intérêts de cette fouille. Elle permettrait d’abord d’envisager une étude plus approfondie de la topographie de Mylasa. Elle offrirait également « de grandes commodités (proximité de la ville, confort, appui immédiat des autorités, etc.) » Enfin, elle pourrait se prolonger les années suivantes dans les terrains voisins qui seraient riches en marbres, selon les paysans.

Des fouilles dans le sanctuaire de Panamara ne présenteraient pas les mêmes commodités d’installation. En effet, les ruines se trouvent au sommet d’une montagne (600 mètres), à 2 kilomètres du village de Bayaka, « fort loin de toute autorité et de tout confort ». L’avantage est qu’il n’y a pas de terrain à acheter car le site antique se trouve en pleine forêt de pins. A. Laumonier précise qu’il est très limité et qu’il serait susceptible d’être nettoyé en une seule campagne. Le sanctuaire semble se composer d’une enceinte sacrée, carrée, de 50 à 60 mètres de côté, avec un temple très simple, sans colonnes au centre. Il y a moins de restes de marbres qu’à Mylasa, mais beaucoup d’inscriptions20. Il est certain que la fouille en fournira davantage.

Croquis n°2 : Panamara. Dessin d'A. Laumonier, archives de l'IFEA.
Croquis n°2 : Panamara. Dessin d’A. Laumonier, archives de l’IFEA.

Il estime qu’un mois de travail serait suffisant, avec 40 à 50 ouvriers pour enlever les pierres, les arbres et la terre qui recouvrent les ruines. Ils seraient payés 1 livre par jour, soit 1500 livres maximum (18 000 anciens francs21). Il ajoute à ces dépenses la moitié de cette somme pour couvrir les frais divers : le salaire et l’entretien d’un gendarme et d’un représentant de l’autorité civile22, ainsi que le voyage depuis Smyrne, l’achat d’outils et de matériel photo.
Les coûts seraient un peu plus élevés pour les fouilles de Mylasa :  les frais divers seraient plus réduits mais il faut prendre en compte l’achat du terrain.

Enfin il s’emploie à expliquer en quoi « l’inauguration de fouilles françaises en Carie serait souhaitable pour plusieurs raisons.» D’abord il se trouve que la plupart des sites évoqués plus haut ont été découverts par les Français :  (Labraunda et les vestiges attribués à Zeus Osogoa par Le Bas et Panamara par Cousin et Deschamps). Il est donc tout a fait logique, selon lui, que les fouilles leur reviennent. L’étude de ces ruines offrirait également « un intérêt considérable pour l’histoire des religions et de la civilisation indigène encore si mystérieuse », qui le fascine au point d’en faire le sujet de sa thèse. Il rappelle que des instituts et des organisations étrangères (notamment les Suédois et les Américains) ont déjà envisagé des travaux dans le pays. Pour A. Laumonier il serait « dommage pour l’honneur national » d’être devancés « dans cette province française de l’archéologie23 ». Car ces travaux ne feraient que reprendre « une tradition » inaugurée en 1912 par les fouilles d’Aphrodisias et continuées en Ionie à Claros en 1913, à Phocée en 1914, à Notion en 1921 et à Téos en 192424. Ces études de terrain seraient par ailleurs les bienvenues en Turquie car les relations officielles avec la France « sont devenues tout à fait amicales et sont plus que jamais favorables à des entreprises scientifiques ». A. Laumonier fait appel au patriotisme et à la fierté de la recherche française pour tenter de convaincre A. Gabriel du bien-fondé de son projet de fouilles en Carie.
Il suggère donc deux chantiers à démarrer pour l’année 1933 : Mylasa et Panamara. Des contraintes spécifiques existent dans les deux cas, que ce soit au niveau de l’achat du terrain pour l’un ou de la difficulté d’installation ou de main-d’œuvre pour l’autre. Afin de maximiser ses chances, car les deux projets ne semblent pas être réalisables en une seule campagne, il entreprend de demander la concession des deux sites au gouvernement turc.

Cette démarche motivée portera ses fruits puisqu’il obtiendra l’autorisation pour un second voyage dans la région en octobre 1933. Il s’agira cette fois-ci d’une mission archéologique, financée et soutenue par l’ IFAI et les autorités turques25.

Remerciements

Deux semaines plus tard, le 25 octobre de la même année, de retour à Toulouse, alors que L. Robert est toujours en Carie, A. Laumonier rédige une lettre à A. Gabriel, pour le remercier de son accueil et des facilités dont il a bénéficié grâce à lui pour effectuer son voyage. Il l’estime trop court mais fructueux malgré tout : il a pu se rendre à Mylasa et dans sa région, Théangéla, Halikarnasse, Stratonicée et ses grands sanctuaires de Lagina et Panamara. Ce courrier accompagnait vraisemblablement le « rapport » évoqué ci-dessus dans lequel A. Laumonier fait le point sur ses observations de terrain et propose des campagnes de fouilles pour Mylasa et Panamara. Il n’a pris aucune photo (à cause de la mauvaise luminosité), à l’exception d’une seule (ci-dessous) qui montre un angle du téménos de Panamara. Il espère pouvoir désormais devenir le collaborateur d’A. Gabriel en Turquie pour l’année suivante.

Angle du téménos de Panamara. Photo d'A. Laumonier, archives de l'IFEA.
Angle du téménos de Panamara. Photo d’A. Laumonier, archives de l’IFEA.

Rapport de la mission archéologique en Carie

Un an plus tard, à Izmir, le 25 octobre 1933. A. Laumonier rédige une rapide lettre26 adressée au directeur de l’IFAI, accompagnée d’une copie du rapport de sa mission archéologique en Carie. L’original est destiné aux autorités turques, selon l’engagement qu’on lui a fait signer après l’autorisation de ce voyage, « d’où les nombreux remerciements prodigués à la fin, à juste titre d’ailleurs. » Aucune fouille n’est entamée : il s’agit d’une mission de prospection (relevés, nettoyage, sondage…).
Il est très satisfait du travail qu’il a effectué à Labraunda : « il y a là un ensemble très intéressant et unique qui mériterait beaucoup d’être fouillé. » Pour Panamara, il a pu dessiner un plan approximatif qu’il trouve bien plus précis que celui exécuté en une heure l’année précédente27. Il a également vu « plusieurs belles inscriptions à Milas et une très belle à Hyllarima.» A. Laumonier espérait pouvoir rencontrer le directeur de l’Institut français avant son départ28, pour faire le point sur son voyage et lui montrer ses plans.
Il lui envoie également un exemplaire de la conférence qu’il a faite à la Halkevleri de Smyrne, le 11 septembre, devant le vali29, le consul et la « meilleure société turque et étrangère ». Il dit lui-même qu’il s’agissait d’une « conférence de propagande… plus que de science », qui a semble-t-il « produit très bon effet. » Le vali, passionné d’archéologie, a été très bienveillant avec A. Laumonier et ce dernier pense que la conférence a certainement facilité les rapports entre les Français et les autorités de Smyrne.
Mais ce qu’il espère particulièrement, c’est que le directeur n’oubliera pas la Carie pour l’année suivante, car il y a beaucoup à faire30.

Le rapport quant à lui comprend une description succincte des vestiges qu’il a pu identifier dans la région31. Il s’attarde davantage sur le site de Labraunda. Il a dessiné un plan du sanctuaire, tel qu’il apparaît à la surface du sol et a effectué « un difficile travail de nettoyage (partiel). » Il constate que l’ensemble s’étend sur une longueur de 200 mètres et sur une largeur en terrasse de 150 mètres environ. Il comprenait « deux temples identiques32 », des portiques et des édifices variés en grand nombre. Le plan de l’ensemble aurait des « dispositions de type gréco-romain » mais avec une « originalité curieuse » comme dans les ensembles anatoliens nous dit-il : les « temples » seraient pris dans les murs des autres constructions et non isolés, comme c’est le cas dans les sanctuaires grecs ou hellénisés. Des sondages dans la terrasse supérieure ont révélé deux courtes inscriptions33. À première vue, le site suscite donc beaucoup d’interrogations et de curiosités qu’il voudrait éclaircir par des fouilles.
Ce ne sera qu’en 1948 que ces dernières débuteront, sous la direction du Suédois A.W. Persson. Elles permettront d’identifier notamment les deux bâtiments à l’architecture carienne, jusqu’alors considérés comme des temples, grâce aux dédicaces de Mausole et d’Idrieus retrouvées sur les architraves. Il s’agit en réalité d’andrones. A. Laumonier ne manquera pas de corriger sa première interprétation erronée dans Les cultes indigènes en Carie.

Plan sommaire du sanctuaire de Labraunda, 1932. Dessin d'A. Laumonier, Note sur un voyage en Carie, Revue Archéologique, T.2, 1933, fig. 16.
Plan sommaire du sanctuaire de Labraunda, 1932. Dessin d’A. Laumonier, Note sur un voyage en Carie, Revue Archéologique, T.2, 1933, fig. 16.

Deux publications d’Alfred Laumonier suivront cette mission archéologique afin de proposer un compte-rendu de ses découvertes. Il publie Inscriptions de Carie34 en 1934 et Archéologie carienne35 en 1936. Louis Robert, de son côté, travaille aussi sur un recueil d’inscriptions (de Mylasa et des villes voisines), bilan de ses quatre mois de voyage en Carie en 1932 et en 1934. La guerre entre les deux « Cariens » est alors engagée. À la lecture des observations d’A. Laumonier, L. Robert ne peut s’empêcher de signaler des corrections qui lui semblent indispensables dans Note préliminaire sur des inscriptions de Carie36. A. Laumonier y répondra dans Réponse à la note préliminaire à des inscriptions de Carie publiée par L. Robert37. Il tiendra à faire « une mise au point indispensable » sur l’attitude de son rival qu’il juge inappropriée, envers lui-même et ses collègues, ainsi que sur son travail de recherche, violemment critiqué. Aucune véritable collaboration entre les deux hommes ne sera dès lors possible38. La Carie devient ainsi le témoin de la rivalité scientifique des chercheurs français et étrangers sur le territoire turc.

BILIOGRAPHIE

Aubriet D., « Louis Robert et le sanctuaire du dieu à la double-hache », Camenulae 3, juin 2009, 16 pages (Revue électronique de l’Université Paris IV-Sorbonne) URL : http://www.paris-sorbonne.fr/IMG/pdf/D._Aubriet.pdf
Dussaud R., « Lettre de M. Louis Robert sur son voyage en Anatolie », dans Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 90e année, n°4, 1946, p. 582 URI : http://dx.doi.org/10.3406/crai.1946.78042
Laumonier A., « Note sur un voyage en Carie », dans Revue Archéologique t.2, 1933, p. 31-55 URL : http://www.jstor.org/stable/41750855
Laumonier A., « Inscriptions de Carie », dans BCH 58, 1934, pp. 291-380 URI : http://dx.doi.org/10.3406/bch.1934.2805
Laumonier A., « Réponse à la « Note préliminaire à des inscriptions de Carie » publiée par L. Robert », dans BCH 59, 1935, pp. 231-233 URI : http://dx.doi.org/10.3406/bch.1935.2774
Laumonier A., « Archéologie carienne », dans BCH 60, 1936, pp. 286-335 URI : http://dx.doi.org/10.3406/bch.1936.2938
Laumonier A., Les cultes indigène en Carie, Paris De Boccard, 1958
Robert L., « Note préliminaire sur des inscriptions de Carie », dans BCH 58, 1934, pp. 512-517 URI : http://dx.doi.org/10.3406/bch.1934.2811
Robert L., « Rapport sommaire sur un premier voyage en Carie », AJA 39, 1935a, p. 331-340. URI : http://dx.doi.org/10.2307/498620
Robert L., « Rapport sommaire sur un second voyage en Carie », RA II, 1935b, p. 152-163. URL : http://www.jstor.org/stable/41749060
Robert L., « Nouvelles de la mission archéologique en Turquie », dans Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 92e année, n°4, 1948, p. 430-432 URI : http://dx.doi.org/10.3406/crai.1948.78314
Robert L., « Nouvelles de la mission archéologique en Turquie », dans Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 92e année, n°4, 1948, p. 530-531 URI : http://dx.doi.org/10.3406/crai.1948.78330
Robert L. et J., « Nouvelles de la mission archéologique en Turquie de M. et Mme Robert », dans Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 93e année, n°4, 1949, p.304-306 URI : http://dx.doi.org/10.3406/crai.1949.78443
Robert L., Hellenica : Recueil d’épigraphie, de numismatique et d’antiquités grecques X,
Paris 1955.

  1.     Directeur de l’IFAI de 1930 à 1941, puis de 1945 à 1956. []
  2.     A. Laumonier s’étonne dans une des lettres de ne pas avoir reçu de réponse du directeur. []
  3.     Toulouse est le premier lieu mentionné à côté de la date. Il est rayé est remplacé par Athènes école française d’archéologie. []
  4.     A. Laumonier, « Réponse à la note préliminaire à des inscriptions de Carie publiée par M. Louis Robert dans BCH, LVIII, 1934, p.512 », dans BCH, 59, 1935, p. 231 (« … je déplore vivement – et je ne suis pas le seul- que ses remarques à l’adresse de ses confrères soient présentées sur un ton aussi désobligeant. » []
  5.     Ce travail débouchera sur une thèse, publiée en 1958, intitulée Les cultes indigènes en Carie. []
  6.     Il demande à A. Gabriel d’écrire un mot en sa faveur à Aziz bey. []
  7.     Inspecteur général des antiquités en Asie Mineure. []
  8. A. Laumonier suit Paton et pense que Kindya se trouve près de Kémikler (ou Yémikler). []
  9. Il rature la lettre, insère un mot oublié entre deux lignes afin de nuancer des propos parfois un peu trop directs, et souligne le nom des sites ou vestiges qu’il aimerait fouiller. []
  10.     A. Laumonier tient cette information de M. Vallois, croisé à Bordeaux. []
  11.     M.W.H. Buckler a permis à L. Robert de recevoir des financements de l’American Society pour son voyage et de publier ses résultats dans les Monumenta Asiae Minoris Antiqua. M. A. Gabriel l’a accueilli à l’IFEA, présenté aux autorités turques et a obtenu pour lui les autorisations nécessaires. Aziz bey, directeur du musée d’Istanbul, lui a fourni des lettres de recommandation pour les autorités d’Aydin et Muğla. Selahettin bey, directeur du musée d’Izmir, est intervenu pour faciliter ses travaux et son voyage. L. Robert a également eu l’appui du Maarif memuru Arif bey à Milas et de M. L. Lecocq dont la connaissance en turc lui a été précieuse. []
  12.     A. Gabriel et Aziz Bey notamment, qu’il connaît bien. []
  13.     Dans la Revue Archéologique, T. 2, 1933, p. 31-55 []
  14.     Il ne s’agissait nullement d’une mission mais d’une démarche personnelle, avec autorisation mais sans financement. []
  15.     Il fut à la tête d’une expédition scientifique en 1842 en Grèce et en Asie Mineure, au cours de laquelle il dirigea des fouilles. Il fut également l’un des nombreux voyageurs de Carie. []
  16.     Ce monument, longtemps considéré comme un temple de Zeus, est aujourd’hui identifié par l’équipe turque d’Abuzer Kɩzɩl comme étant la tombe monumentale du dynaste Hékatomnos. []
  17.     Formules d’adoration qui seraient en l’honneur de Zeus selon Laumonier. []
  18.     Dont l’emplacement n’est toujours pas affirmé aujourd’hui. []
  19.     Soit aujourd’hui environ 7700 euros en parité de pouvoir d’achat. []
  20.     Elles sont connues depuis 1886. []
  21.     Soit environ 11600 euros en parité de pouvoir d’achat. []
  22.     Ils ne sont pas nécessaires à Milas puisque le site se trouve en ville et donc sous la surveillance directe des autorités locales.  []
  23.     C’est pourtant A . W. Persson qui entamera la fouille de Labraunda en 1948. []
  24.     Toutes interrompues chaque fois (pour des raisons indépendantes de la France). []
  25.     Outre A. Gabriel et Aziz bey, il aura également l’appui à Izmir du consul général de France, de Kâzim Pacha, gouverneur général, de Salahettin bey, directeur du service archéologique et d’Escet Bey, directeur du musée. []
  26.     La lettre est moins formelle, parfois raturée, écrite précipitamment avant son départ. []
  27.     Il s’agit du croquis ci-dessus, de Milas et Panamara, réalisé en 1932. []
  28.     Il quittera sans doute le Pirée pour Marseille la 10 novembre et quitte Smyrne le 25 octobre. []
  29.     Gouverneur de province, équivalent du préfet. []
  30.     Il craint qu’A. Gabriel ne jette plutôt son dévolu sur Claros (L. Robert conduira la mission entre 1951 et 1960). []
  31. Lors de cette expédition, il en profitera également pour copier six inscriptions inédites à Milas et un fragment d’inscription de basse époque à Pisiköy, estamper une inscription rupestre (byzantine?) qu’il dit incompréhensible à  Kemikler et noter une dédicace aux Nymphes à Bozarmet. []
  32.     Ce qu’il trouve curieux mais qu’il attribue, dans un premier temps, à une originalité régionale. []
  33.     Une commémoration d’un prêtre de Zeus Labraundos et le nom d’un dédicant d’une exèdre semi-circulaire en marbre (qui devait selon lui supporter un groupe de statues d’enfants en bronze). []
  34.     Dans BCH 58, 1934, p. 291-380 []
  35.     Dans BCH 60, 1936, p. 286-335 []
  36.     Dans BCH 58, 1934, p. 512-517 []
  37.     Dans BCH 59, 1935, p. 231-233 []
  38.      En effet, alors que les esprits semblent s’apaiser par la suite, A. Laumonier publiera sa thèse en 1958 intitulée Les cultes indigènes en Carie. L. Robert avait annoncé de son côté, en 1955, dans Hellénica X, un volume de synthèse de ses recherches, qu’il avait prévu d’appeler Les divinités indigènes et l’hellénisation de l’Asie Mineure.
    []

La préhistoire à travers la bibliothèque de l’IFEA

presentoir_prehistoireNovembre 2014

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Pour le préhistorien que je suis, un cheminement dans la bibliothèque de l’IFEA m’offre un paysage d’ouvrages variés, aux contours évanescents oserai-je ajouter. Soyons honnête, le vaste champ des disciplines de recherches que couvre l’institut ne permet pas d’enregistrer chaque nouvel ouvrage d’archéologie préhistorique dans notre inventaire. Cet état est également la résultante de l’histoire de l’archéologie sur le territoire anatolien, la préhistoire ayant été longtemps délaissée au profit des périodes protohistoriques et classiques. Je tentais déjà de décrire cette histoire de la préhistoire proche-orientale, en 2004, dans la série Patrimoines au présent des « dossiers de l’IFEA » sur OpenEdition Books1 et en voici un exposé au travers de nos rayonnages.

Voilà bientôt un siècle que l’institut siège à Istanbul, son ouverture en 1930 coïncidant avec la mise en fouille de quelques grands sites hittites à une époque où la définition d’une préhistoire proche-orientale était encore vague. L’avènement de la discipline archéologique en Turquie va de pair avec l’essor de la République. L’ouverture aux sciences humaines et à l’histoire trouve auprès de  la jeune Université d’Istanbul (anciennement Darülfünun-ı Şahane, Maison Impériale des Sciences), de la Faculté de Langue et de Géographie d’Ankara et de la Société d’Histoire Turque, des appuis historiques. À lire la préface de Remzi Oğuz Arık dans la publication des fouilles d’Alacahöyük((Arık R.O., 1937.- Les fouilles d’Alaca Höyük entreprises par la Société d’Histoire Turque. Rapport préliminaire sur les travaux en 1935. Publications de la Société d’Histoire Turque, V. Seri-No 1. Ankara IFEA inventaire No. HA Ana Si 1.)), le lecteur saisira la dynamique académique à l’œuvre dans la Turquie des années trente. À l’instar d’Alacahöyük, d’autres fouilles historiques sont présentes dans les rayonnages de la bibliothèque de l’IFEA comme les volumes sur Boğazköy, Demircihöyük((Bittel K. & Güterbock H.G., 1935.- Boğazköy, Neue Untersuchungen in der Hethitischen Hauptsadt. Berlin : Verlag der Akademie der Wissenshaften. IFEA inventaire No. HA Ana Si 14 – Bittel K., Otto H., 1939.- Demirci-Höyük : Eine Vorgeschichtliche Siedlung an der phrygisch-bithynischen Grenze. Berlin : DAII IFEA inventaire No. HA Ana Si 55)) ou encore Tarsus((Goldman H., 1956.- Excavation at Gözlü Kule, Tarsus. From the Neolithic to the Bronze Age. Princeton : Princeton University Press. IFEA inventaire No. HA Ana Si 117 I-II a HA Ana Si 119 I-II pour les six volumes.)).

Ces ouvrages anciens et rares, outre d’un état de la recherche archéologique, témoignent surtout d’une histoire de la discipline archéologique intimement liée aux évolutions sociétales et politiques, d’hier comme d’aujourd’hui. Concernant cette histoire turque, je recommande vivement l’ouvrage d’Oktay Belli sur la contribution de l’Université d’Istanbul à l’archéologie turque((Oktay B., 2001.- Istanbul University’s Contributions to Archaeology in Turkey (1932-2000). Istanbul : İstanbul Üniversitesi Yayınları)).

Ces premières fouilles et prospections((Von der Osten H.H., 1929.- Explorations in Central Anatolia, Saeson of 1926. Research in Anatolia vol. 1, The University of Chicago. Chicago : Oriental Institute Publication.  IFEA inventaire No. HA Ana Si 9)) font partie des impressions d’une Anatolie préclassique, un statut jusqu’alors réservé à l’Égypte et au Levant, et desquelles les premières stratigraphies et chronologies relatives fixeront pour longtemps le cadre temporel, spatial et culturel sur les côtes et sur les plateaux anatoliens. Malgré quelques poteries étranges et quelques silex taillés retrouvés au fond des sondages, il n’y avait pas la moindre trace de préhistoire ou du moins, elles sont restées inaperçues jusqu’au milieu du XXème siècle. D’abord dans Amuq et Hatay avec les prospections de l’Université de Chicago((Braidwood R.J. & Braidwood L.J, 1960.- Excavation in the Plain of Antioch I, The Earlier Assemblages, Phases A-J. Chicago : Oriental Institute Publication LXI.)), puis en Cilicie avec les fouilles entreprises à Mersin par John Garstang((Garstang J., 1953.- Prehistoric Mersin. Yümüktepe in South Turkey. The Neilson Expedition in Cilicia. Oxford : Clarendon Press IFEA inventaire No. HA Ana Si 99)). Il faut attendre la fin des années cinquante pour que les archéologues préhistoriques se tournent vers l’Anatolie, repoussant ainsi la frontière virtuelle du Taurus et de la Haute Mésopotamie à l’Anatolie Centrale. Ainsi la publication par James Mellaart des fouilles de Hacılar dans la région des lacs, suivi de celles de Çatal Höyük((Mellaart J. 1970.- Excavations at Hacılar. Edinburgh University Press : BIAAHacılar IFEA inventaire No. HA Ana Si 50-63 – Mellaart J., 1967.- Çatal Höyük, a Neolithic Town in Anatolia. London : Thames & Hudson. IFEA inventaire No. HA Ana Si 50-1)) en plaine de Konya, illustrent ce front pionnier de fouilles sur les plateaux anatoliens. Un autre gentleman anglais, David French, entreprend des fouilles sur le site de Can Hasan, à l’est de la ville de Karaman et à proximité des grands axes de circulation au travers du Taurus, menant à la Cilicie((French D., 1998.- Can Hasan I. Stratigraphy and Structures. BIAA Monograph No. 23. Ankara : British Institute of Archaeology at Ankara. IFEA inventaire No. HA Ana Si 167-1)). À eux deux, ces archéologues anglais bouleversent la vision d’un néolithique uniquement levantin, limité en expansion par les rigueurs climatiques qui auraient sévi sur le Haut Euphrate et l’Anatolie Centrale au début de l’Holocène. À cet égard, notons l’excellent ouvrage édité en 2002 par Fréderic Gérard et Laurens Thissen avec le soutien de l’IFEA, et qui plonge le lecteur au fil des articles dans les relations entre cultures et environnements en Anatolie centrale((Gérard F. & Thissen L. (eds)., 2002.- The Neolithic of Central Anatolia. Proceedings of the International CANeW Table Ronde, Istanbul november 2001. Istanbul : Ege Yayınları)).

Le développement des fouilles en Syrie((Cauvin J., 1972.- Religions Néolithiques de Syrie-Palestine. Publication du Centre de Recherche d’écologie et de préhistoire Saint-André de Cruzieres No. 1. Paris : CNRS-Librairie d’Amérique et d’Orient. IFEA inventaire No. Préh. 36 – Cauvin J., 1997.- Naissance des divinités, naissance de l’agriculture. Paris : Editions du CNRS. IFEA inventaire No. Préh. 32)) accompagne cette nouvelle cartographie des premières communautés sédentaires et avec les programmes de barrages((ODTÜ-METU (ed.), 1970.- Keban Projesi 1968 Yaz Çalışmaları. Keban Project Yayınları Seri 1, yayın 1. Ankara : ODTÜ Yayınları. IFEA inventaire No. HA Ana Si 81 à 89 pour la série complète – Serdaroğlu Ü., 1977.- Surveys in the Lower Euphrate Basin-1975. Aşağı Fırat Projesi Yayınları Seri 1 No. 1. Ankara : ODTÜ Yayınları. IFEA inventaire No. HA Ana Si 82 – Bischoff D. & Pérouse J.F., 2003.- La question des barrages et du GAP dans le Sud-Est anatolien : patrimoines en danger ? Les dossiers de l’IFEA, série Patrimoines au présent No. 3. Istanbul : IFEA https://www.ifea-istanbul.net/dossiers_ifea/Bulten_Y-3.pdf)) sur l’Euphrate puis le Tigre, les frontières de ce « croissant fertile » propice à la sédentarisation et à l’agriculture vont être repoussées jusqu’au Taurus de l’est.

L’Anatolie centrale restera longtemps considérée comme une zone tampon entre un « Far West » qui n’aurait été sédentarisé que vers l’Age du Bronze, puis comme une zone de transit sur le chemin de l’Europe. À l’opposé de l’engouement archéologique soulevé par les nombreuses fouilles de sauvetage sur l’Euphrate et le Tigre, Mehmet Özdoğan se tourna, dès les années soixante-dix, du côté de la région de Marmara. Convaincu que ces territoires ne pouvaient avoir été des aires désertes, ses recherches mirent en évidence la présence de communautés sédentaires vers 6400-6000 avant J.C., aux cultures teintées de réminiscences  épipaléolithiques, renforçant d’autant son hypothèse d’une présence humaine dans l’ouest anatolien bien avant la sédentarisation.

Pour se rendre compte du chemin parcouru depuis les années soixante-dix, une série d’ouvrages édités par Mehmet Özdoğan et Nezih Başgelen entre 1999 et 2013, fait le point, renouvelé, sur les fouilles néolithiques en Anatolie. En 1999, le premier recueil d’articles de « Neolithic in Turkey » comportait un volume de texte et un second de figures((Özdoğan M. & Başgelen N. (eds.), 1999.- Neolithic in Turkey. The Cradle of Civilization. New discoveries. Istanbul : Arkeoloji ve Sanat Yayınları.  IFEA inventaire No. HA Ana Gén. 209 1-2)). En 2007, lors de leur mise à jour, ces deux volumes s’étaient considérablement alourdis[xv] au point qu’entre 2011 et 2013, ce ne sont pas moins de cinq volumes, découpés entre grandes régions anatoliennes, qui sont parus et qui offrent un panorama extrêmement complet d’une cinquantaine de fouilles en cours ou passées((Özdoğan M. & Başgelen N. (eds.), 2007.- Türkiye’de Neolitik Dönem. Yeni Kazılar, Yeni Bulgular. Istanbul : Arkeoloji ve Sanat Yayınları. IFEA Inventaire No. HA Ana Gén. 251 1-2
Özdoğan M. & Başgelen N. (eds.), 2011.- The Neolithic in Turkey. New Excavations and New Research 1 – The Tigris Basin. Istanbul : Arkeoloji ve Sanat Yayınları.
Özdoğan M. & Başgelen N. (eds.), 2011.- The Neolithic in Turkey. New Excavations and New Research 2 – The Euphrate Basin. Istanbul : Arkeoloji ve Sanat Yayınları.
Özdoğan M. & Başgelen N. (eds.), 2012.- The Neolithic in Turkey. New Excavations and New Research 3 – Central Turkey. Istanbul : Arkeoloji ve Sanat Yayınları.
Özdoğan M. & Başgelen N. (eds.), 2012.- The Neolithic in Turkey. New Excavations and New Research 4 –Western Turkey. Istanbul : Arkeoloji ve Sanat Yayınları.
Özdoğan M. & Başgelen N. (eds.), 2013.- The Neolithic in Turkey. New Excavations and New Research 5Northwestern Turkey and Istanbul. Istanbul : Arkeoloji ve Sanat Yayınları. IFEA inventaire No. HA Ana Gén. 262 1-5)).

  1. Godon M., 2004.- Le Néolithique en Anatolie, un patrimoine archéologique aux origines de nos sociétés actuelles. Les dossiers de l’IFEA, série : Patrimoines au présent No. 4, Istanbul : IFEA https://www.ifea-istanbul.net/dossiers_ifea/Bulten_Y-4.pdf []

Türkiye Azerbaycan ilişkileri hakkında kaynakçanın söyledikleri

azervitrin

Ekim 2014

Version française

Azerbaycan ve Türkiye arasındaki yakın ilişkiler, kamuoyu yoklamalarında, Türk yıldızların Bakü konserlerindeki hayranların sevinç çığlıklarından iki ülkenin Avrupa ve Amerika Birleşik Devletleri’nde ortaklaşa yürüttüğü lobi faaliyetlerine kadar birçok alanda kendini göstermektedir. Bununla beraber, Türkiye’deki Azerbaycanlı öğrenci sayısının gittikçe artmasına rağmen Azerbaycan üzerine yürütülen incelemeler ve akademik çalışmalar, bu « özel münasebet »le ters orantılı seyretmektedir. Hatta Azerbaycanlı öğrencilerin sosyal bilimler alanındaki yoğunluğunun, Türk üniversitelerindeki Azerbaycan konulu çalışmaların içeriği ve yönlendirilmesi üzerindeki etkileri oldukça sınırlıdır.

Azerbaycan, her ne kadar kültürel açıdan Türkiye’ye çok yakın olsa da, Türkiye’nin Balkanlar’daki ve Orta Doğu’daki komşularından farklı olarak, yalnızca çok kısa dönemler süresince Osmanlı İmparatorluğu sınırlarının dahilinde kalmıştır. 1828’de Rus İmparatorluğu ve Kaçar Hanedanlığı arasında imzalanan Türkmençay Antlaşması’na kadar Güneydoğu Kafkasya, bu iki devlet arasında gerginlik nedeni olmuştur. Antlaşma doğrultusunda Azeriler, Aras ırmağı kıyılarından ayrılmış ve Güneydoğu Kafkasya, önce Rus İmparatorluğu’na ardından da SSCB’ye dahil edilmiştir. Bu nedenle de Azerbaycan’ın « Türk kardeşi » ile yeniden yorumlayabileceği bir ortak tarihi bulunmamaktadır. Bununla ilgili olarak da Osmanlı İmparatorluğu’nun yeni ilan edilmiş Azerbaycan Demokratik Cumhuriyeti’ne yardımları günümüzde altı çizilen tek tarihi dönem olarak karşımıza çıkmaktadır; ki bu konu artık son derece siyasi bir boyut kazanmıştır. Çünkü Azerbaycan resmi tarihine göre Osmanlı İmparatorluğu, Türk askerlerinin varmasına kadar Azerileri katleden bir Ermeni komutanın idaresindeki Bakü kuvvetlerine karşı çarpışmıştır. Türkçülük sevdasındaki birtakım dar çevrelerden gelen milliyetçi yazarlar, Azerbaycan’ın türklüğünü vurgulayarak, Sovyet ve Stalin rejimlerinin baskısını, komünizm döneminde tarihi mirasın « silinmesi »ni ve Dağlık Karabağ sorununun feci sonuçlarını dile getirerek 1990lı yılların havasını iyi kötü yansıtmışlardır.

AKP’nin Türkiye ile Ermenistan arasındaki sınırın kapalı oluşunu sorgulaması, bazı Azeri yayınların sınırların açılması fikrinin bir ihanet teşkil edeceğine odaklanmalarıyla sonuçlanmıştır. Zaten Türkiye’deki siyasi partiler, genel olarak halihazırdaki düzenin desteklemekte ve de bu siyasi çevrelere yakın akademik kurumlar ile medya grupları neredeyse inaksal denecek « Azerbaycan’ı haklı mücadelesinde destekleme »yi benimsemişlerdir. Günümüzde Türkiye’de Ermeni sorunu da Ermenistan ile Azerbaycan arasındaki gerginlikle öylesine karıştırılmaktadır ki bu iki konu arasındaki sınırların yer yer tamamen ortadan kalktığını söyleyebiliriz.

Diğer taraftan akademik çalışmalar da başka birçok konu hakkında iki ülkenin dış siyasetindeki ayrılıklara inceden inceye ayna tutmaktadır. Örneğin Bakü, Ankara’nın arzuladığı gibi, KKTC ile doğrudan temas kurma konusunda sergilediği çekimser tavır ve aynı şekilde, Ankara ile Tel Aviv arasındaki ilişkiler en zayıf noktadayken İsrail ile Azerbaycan’ın giderek artan bir işbirliği içine girmeleri de birçok makale ve araştırma çerçevesinde bir uyuşmazlık nedeni olarak yorumlanmıştır. Din konusunun kendisi de yabancı araştırmacılarca enine boyuna işlenen bir mevzu olmuştur. Bununla ilgili olarak çoğunluğu Sünni olan Türk nüfus ile Şii olan Azeri nüfusun geleneksel ayrılığının da ötesine geçerek kesin yaklaşım farklılıkları gözlemlenmektedir. Seçkin Azeri çevreleri temelden laik olup Sovyet dönemi sırasında dinden bağımsızlaşmışlardır.

Aslında azımsanamaz olan bu türden ayrılıklar, Türk ve Azeri araştırmacıları olduğu kadar Batılıların da ilgisini çeken enerji sektörü başta olmak üzere, Ankara ve Bakü arasında başka birçok alanda somut sonuçlar veren işbirliklerine yine de gölge düşüremez. Nitekim, enerji sektöründeki işbirliği, 2007-2008 Ermenistan ilişkilerinin normalleşme denemeleri sürecinde Azerbaycan tarafından bu girişimi baltalamak üzere Türkiye’ye karşı kullanılmıştır. Şimdiden bazı yayınların dile getirdiği gibi Trans Anadolu Doğal Gaz Boru Hattı Projesi tamamlanırsa ve proje Hazar Denizi’nin karşı kıyısında bulunan kaynaklara dek uzatılırsa Azerbaycan’ın ağırlığını güçlendireceği ihtimali kuvvetli görünmektedir.

KİTAP SEÇİMİ

SARAY Mehmet, Azerbaycan Türkleri tarihi, Ankara, 1993
ASLAN Yasin, ATSIZ Buğra (eds.), Can Azerbaycan : Karabağ’da talan var,  Ankara, Kök yayınları, 1990 ;
QASIMLI Musa, Azerbaycan Türklerinin Millî Mücadele Tarihi 1920-1945. KAKNÜS yay., 2006
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SATTAROV Rufat, 2009, “Islam, state and society in independent Azerbaijan”. Wiesbaden, Reichert
BALCI Bayram, Le renouveau islamique en Azerbaidjan entre dynamiques internes et influences extérieures Les Études du CERI N°138 – octobre 2007 http://www.sciencespo.fr/ceri/sites/sciencespo.fr.ceri/files/etude138.pdf
GOLTZ Thomas Caufield Requiem for a would be Republic, The rise and demise of the former Soviet Republic of Azerbaijan, a personal account of the years 1991-1993
ROBINS Philip “Between sentiment and self,interest: Turkey’s policy toward Azerbaijan and the Central Asian States”, Middle East Journal Vol. 47, No. 4 (Autumn, 1993), pp. 593-610 http://www.jstor.org/stable/4328631
ASLAN Betül Türkiye-Azerbaycan İlişkileri ve İbrahim Ebilov 1920-1923, Istanbul, Kaynak Yay. 2004
ALSTADT Audrey L. The Azerbaijani Turks : Power and Identity under Russian Rule Hoover Institution Press, 1992
BALCI Bayram et MOTIKA Raoul (eds), Religion et politique dans le Caucase post-soviétique : les traditions réinventées à l’épreuve des influences extérieures. Istanbul/Paris, IFEA/Maisonneuve et Larose, 2007
GÜLTEKIN Burcu : Atteindre la Caspienne, Les relations économiques entre la Turquie et l’Azerbaïdjan, Dossiers de l’IFEA, Istanbul, 2003 https://books.openedition.org/ifeagd/223
CAFERSOY, Nazim, Elçibey dönemi Azerbaycan dış politikası (Haziran 1992-Haziran 1993) : Bir bağımsızlık mücadelesinin diplomatik öyküsü, Ankara, ASAM yay., 2001
MIKAIL E. Hasan, TAZEGÜL Alper Türkiye ile Azerbaycan Siyasi ve Ekonomik İlişkileri 1990-2005, IQ Kültür Sanat Yay., 2012
ALKAN Haluk, Azerbaycan Paradoksu : Azerbaycan’ın İç ve Dış Politikası, Ankara, USAK, 2010
DE WAAL Thomas, Black Garden: Armenia and Azerbaijan through Peace and War, NYU Press, 2004  http://raufray.files.wordpress.com/2010/11/0814719449.pdf
MURINSON Alexander, Turkey’s Entente with Israel and Azerbaijan: State Identity and War and Security in the Middle East and Caucasus, Routledge, 2010
MINASSIAN Gaïdz, Caucase du Sud, la nouvelle guerre froide : Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie, Paris, Autrement, 2007
TAYLOR Scott, Unreconciled Differences: Turkey, Armenia and Azerbaijan, Esprit de Corps, 2010
WINROW Gareth, “Turkey and the Newly Independent States of Central Asia and Transcaucasus,” Middle East Review of International Affairs, 1, no. 2 (July 1997) http://sam.gov.tr/wp-content/uploads/2012/01/11.-TURKEYS-RELATIONS-WITH-THE-TRANSCAUCASUS.pdf

Autour de la relation Turquie-Azerbaïdjan : considération bibliographique

azervitrin

Octobre 2014

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La relation de proximité qu’entretiennent l’Azerbaïdjan et la Turquie se manifeste dans bien des domaines, des sondages d’opinion au débordement de joie des fans lors des concerts de stars turques à Bakou, en passant par les activités de lobbying communes des deux pays en Europe et aux États-Unis. Paradoxalement, la quantité de travaux et

Bien qu’il soit très proche de la Turquie sur le plan culturel, à la différence des voisins balkaniques et moyen-orientaux de la Turquie, l’Azerbaïdjan n’a en effet été partie intégrante de l’Empire ottoman, que pendant de brefs intervalles. La Transcaucasie orientale, âprement disputée entre les Empires russe et perse jusqu’au traité de Turkmentchaï (1828) qui entérine la séparation des Azéris de part et d’autre du fleuve Araxe, est donc demeurée dans le giron de la Russie, puis de l’Union soviétique. De ce fait, il n’existe pas de patrimoine historique commun à ré-interpréter avec le « grand frère » turc. À cet égard, l’aide ottomane à la jeune République Démocratique d’Azerbaïdjan en 1918 apparaît de nos jours comme le seul épisode historique mis en exergue. Il s’agit d’un sujet désormais très politisé, d’autant plus que l’armée ottomane se battait contre la Commune de Bakou, dirigée par un Arménien qui, selon l’historiographie azerbaïdjanaise, perpétrait des massacres contre les Azerbaïdjanais à la veille de l’arrivée des soldats turcs à Bakou. Certains auteurs issus des milieux étroits du romantisme nationaliste, ont laissé des traces écrites qui ont plus ou moins reflété l’esprit du temps des années 1990 : accentuation de la turcité de l’Azerbaïdjan, récits de la répression soviétique et du stalinisme, héritage historique « effacé » sous le communisme, conséquences tragiques du conflit du Haut-Karabagh, etc.

La remise en question par l’AKP du statu quo préexistant quant à la fermeture de la frontière avec l’Arménie a donné matière à un certain nombre de publications en Azerbaïdjan qui se focalisent sur la trahison que représenterait, selon les auteurs, ce projet de ré-ouverture. De fait, les grands partis en Turquie soutiennent dans leur ensemble le statu quo actuel, et nombre d’institutions académiques et de groupes médiatiques qui en sont proches respectent la position quasi-dogmatique du « soutien à l’Azerbaïdjan dans son juste combat». De nos jours, la question arménienne en Turquie se retrouve ainsi enchevêtrée à celle du conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, tant les frontières se sont parfois complètement effacées entre les deux dossiers.

La littérature se fait aussi, certes timidement, le miroir d’autres divergences dans la politique étrangère des deux pays, sur plusieurs dossiers, par exemple dans le dossier chypriote, Bakou s’étant en effet montré réticent devant l’établissement, souhaité par Ankara, de relations directes avec la partie turque de Chypre. De même, la coopération croissante entre Israël et l’Azerbaïdjan au moment même où les contacts sont au minimum entre Ankara et Tel-Aviv a été également une source de discorde commentée dans plusieurs articles et études. Le domaine religieux a quant à lui été largement investi par les chercheurs étrangers, et il est vrai qu’en la matière on constate une divergence d’approche certaine, au-delà même de la traditionnelle dichotomie entre population turque majoritairement sunnite, d’une part, et population azerbaïdjanaise chiite, d’autre part. Les élites  azerbaïdjanaises demeurent ainsi profondément laïques et la population azerbaïdjanaise a été largement sécularisée pendant la période soviétique.

Ces sujets de discorde, quoique non négligeables, ne sauraient néanmoins éclipser les nombreux autres domaines dans lesquels la coopération entre Ankara et Bakou donne des résultats concrets, à commencer par le domaine énergétique, qui inspire tant les chercheurs turcs et azerbaïdjanais qu’occidentaux. La coopération énergétique a d’ailleurs fourni à Bakou un levier de pression sur la Turquie puisque l‘Azerbaïdjan l’a utilisé afin de faire échouer les tentatives de normalisation des relations turco-arméniennes en 2007 2008. Il y a du reste fort à parier que l’Azerbaïdjan campera sur ses positions si la construction du gazoduc TANAP se termine et si celui-ci est prolongé vers les zones de production situées sur l’autre rive du bassin caspien, comme un certain nombre de publications s’en font déjà l’écho.

Bibliographie

SARAY Mehmet, Azerbaycan Türkleri tarihi, Ankara, 1993
ASLAN Yasin, ATSIZ Buğra (eds.), Can Azerbaycan : Karabağ’da talan var,  Ankara, Kök yayınları, 1990 ;
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Entrée dans l’été…

2011 10 BenusenDiy
Quartier Ben U Sen, Diyarbakır, JFPérouse, 10/2011
À l’aube déjà chaude de l’été anatolien – moment de dispersion, de migrations, de mobilités, de montée en alpages de tous ordres – nous tenions d’abord à saluer ceux qui vont quitter l’équipe.

Du côté des pensionnaires-MAEDI, nous quittent Élise Massicard (pour le CERI) et Olivier Henry (pour PSL), du côté du CNRS, nous quitte Benoît Fliche, affecté CNRS depuis la rentrée 2012, qui doit rejoindre l’IDEMEC à Aix-en-Provence. De même, Gabrielle Angey, doctorante-AMI (restée deux ans) et Yohanan Benhaim, doctorant-AMI, regagnent la France ; mais ils restent impliqués dans l’ANR-Transfaire et/ou la collaboration IFEA/IFPO autour d’Erbil. Nous savons que tous ces partants seront des ambassadeurs et des relais actifs de l’IFEA. Ils vont contribuer à agrandir la toile des anciens dont nous essayons de mieux apprécier l’étendue et que nous tentons de mieux organiser et activer/mobiliser.
Au sein de l’équipe administrative, un départ est également à signaler. Isabelle Verdier, qui a occupé successivement les fonctions de bibliothécaire, puis, à partir de 2008, de secrétaire à l’IFEA rentre elle aussi en France où elle relèvera de nouveaux défis professionnels.

Ce faisant, nous accueillerons de nouveaux collaborateurs à la rentrée 2014, Clémence Scalbert-Yücel, pensionnaire scientifique affectée à la direction du Pôle contemporain et Martin Godon, pensionnaire scientifique qui prendra la responsabilité du Pôle archéologie, côté MAEDI. Sur le versant des Aides à la Mobilité Internationale (AMI), viennent nous rejoindre Ayşe Akyürek et Lydia Zeghmar ; sachant que deux bénéficiaires de l’AMI lors de la campagne d’attribution de septembre 2013 ont demandé une prolongation de 9 neuf mois supplémentaires (Aziliz Pierre et Katarzyna Papiez). Parallèlement signalons que notre collègue Faruk Bilici (INALCO) a obtenu une prolongation de son affectation auprès du CeAlex d’Alexandrie, pour poursuivre son entreprise “Alexandrie ottomane“. Ce programme garantit un lien fort entre cet institut et l’IFEA.

Nous voulions aussi saluer le succès de jeunes enseignants-chercheurs liés à l’IFEA (parce qu’anciens doctorants ou post-doc) : Juliette Dumas, ancienne boursière, recrutée comme MDC à Aix-Marseille, Ségolène Débarre, ancienne stagiaire-OUI et ancienne post-doc-ANR, recrutée comme MDC à Paris-I, Benjamin Gourisse, ancien doctorant et ancien post-doc ANR, recruté à Paris-I ; et enfin Yoann Morvan, ancien post-doc-CNRS auprès de l’IFEA, qui est entré au CNRS (IDEMEC). Cilia Martin, ancienne doctorante IFEA, a par ailleurs soutenu avec succès sa thèse à l’EHESS ce mois de juin 2014. Nous tenons à féliciter tous ces collègues : ils seront très certainement des collaborateurs forts de notre Institut, dans leurs institutions et environnements respectifs.

 Cette newsletter pré-estivale met à dessein l’accent sur l’archéologie dont la saison « sur le terrain » s’ouvre, après la réunion annuelle de Gaziantep au cours de laquelle les autorités turques ont tenu à rappeler leurs attentes.
Profitons-en pour rappeler la parution d’Anatolia Antiqua XXII et d’un nouveau Dossier de l’IFEA réalisé par Elifnaz Durusoy qui explore les possibilités de création d’une “route culturelle” entre Milas et Labraunda.

Mais en même temps l’IFEA vit la saison des grandes réunions ANR (Neoreligitur / Transfaire / Marges) qui s’enchaînent.

Il ne me reste qu’à vous souhaiter à tous un bien bel été, que les élections présidentielles d’août en Turquie vont particulièrement animer. Notre plus grand souci concerne nos voisins syrien et irakien (auxquels était consacré le présentoir de juin 2014). Outre les drames humains qui n’en finissent pas – générateurs d’irréversibles failles  et traumatismes dans les sociétés concernées–, les préjudices portés aux patrimoines paraissent d’une gravité exceptionnelle. À ce titre, nous partageons pleinement et relayons le cri de détresse lancé par les collègues spécialistes de ces pays.

La Turquie et ses voisins syrien et irakien

Juin 2014

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Présentoir préparé par Yohanan Benhaim et Jean-Baptiste Le Moulec
Dans le cadre du développement des activités entre l’IFEA et l’IFPO dont l’un des objectifs est d’étudier les relations de la Turquie avec son voisinage kurde et arabe, il est apparu nécessaire de revenir sur la littérature produite sur cette question et sur les différents débats qui l’animent.

Les frontières tracées à l’issue de la signature du traité de Lausanne en 1923 ont déterminé et continuent à définir une partie des relations entre la Turquie et son voisinage syro-irakien. Jusqu’aux années 2000, les questions de Hatay ou du partage des ressources hydrauliques continuent à être source de tensions entre la Turquie et la Syrie. Si cette thématique est présente dans la littérature en turc, elle l’est cependant moins que la question des frontières avec l’Irak. En effet, le vilayet de Mosul faisait partie des territoires revendiqués dans le cadre du Misak-ı Milli, Serment national voté par le parlement ottoman en 1920 pour définir les frontières du pays à défendre. Ce n’est qu’en 1926, à la suite d’un arbitrage de la Société des Nations, que ce vilayet fût définitivement annexé à l’Irak, alors sous mandat britannique. L’importance de cet épisode historique à l’origine des relations ambiguës liant la Turquie à cette région au Nord de l’Irak aujourd’hui sous l’autorité du Gouvernement Régional du Kurdistan irakien explique l’ampleur de la littérature en turc sur la question.

La première guerre du Golfe de 1990-1991 a aussi représenté un moment de prise de conscience par l’opinion publique turque de l’existence de populations kurdes de l’autre côté de la frontière et des interactions existantes entre les Kurdes de Turquie et d’Irak. Avec l’invasion américaine de 2003 et la constitution de la Région autonome du Kurdistan d’Irak en 2005, le débat sur les relations à entretenir avec cet espace a pris de l’ampleur. Parmi les questions les plus abordées figurent le statut de la ville de Kirkouk, thème clivant dans la littérature. Selon l’orientation politique des différentes maisons d’édition, proches de la diaspora Turkmène d’Irak en Turquie et de certains milieux militaires, ou favorables au contraire à un rapprochement avec les Kurdes d’Irak, le ton est en effet résolument différent face à cette question.

La Syrie et le conflit qui la divise sont aussi de plus en plus traités par diverses catégories de littérature. Vu de Turquie, la pérennisation du conflit a non seulement des répercussions du fait qu’il est son voisin –un voisin avec lequel s’étaient établies de bonnes relations entre 1998 et 2012-, mais engendre également des conséquences au plan intérieur, à commencer dans les régions turques limitrophes de la Syrie. Anxiogène car complexe et porteuse d’un potentiel de diffusion, la crise syrienne fait ainsi l’objet d’une production d’ouvrages assez intense, en Turquie comme en France. En Turquie, cette production a le mérite de faire se rencontrer deux sources d’expertises, celle de l’universitaire et celle du journalisme, la seconde apportant un surcroît de matériau empirique qui souvent fait défaut aux ouvrages académiques turcs portant sur le Moyen-Orient arabe. Cette crise de même que l’ensemble des troubles sociopolitiques survenus depuis 2010 dans plusieurs pays arabes ont aussi alimenté la rédaction et la diffusion de revues à prétentions académiques. Si l’on est parfois tenté d’en critiquer le contenu aussi académique que politique, ces revues sont également le lieu de rencontre international d’expertises et de grilles d’analyses professionnelles, qu’elles soient turques, européennes, américaines et moyen-orientales. On songera ainsi notamment aux revues Insight Turkey, Perception, Ortadoğu Etütleri, ou Akademik Orta Doğu.  Or suivre cette production est aussi d’un intérêt capital quant à tenter de comprendre et de cartographier les divers courants d’opinions et acteurs de cette expertise qui aspire sinon à dessiner tout au moins à orienter la politique étrangère, turque au premier chef. On notera d’ailleurs la transhumance de l’expertise qu’effectuent plusieurs auteurs, de l’Irak à la Syrie, du Caucase ou de l’Asie centrale –sujet phare des années 1990- à ce vaste « Moyen-Orient », région concentrant tous les risques.

En somme, ce à quoi invite ce présentoir, c’est une réflexion sur ces frontières orientales turques, non plus regardées en tant que marge mais comme épicentre de la politique étrangère turque, et ce en s’appuyant sur des lectures équilibrées tant en terme d’origine géographique que de format ou de spécialité des auteurs.

Bibliographie générale

  • Michel Seurat, L’Etat de barbarie, PUF, Proche Orient, 2012, 304 p.
  • Pierre-Jean Luizard, Comment est né l’Irak moderne ?, CNRS Editions, 2009, 566 p.
  • Çandar, Cengiz. Mezopotamya Ekspresi, Bir Tarih Yolculuğu. Istanbul: İlestişim, 2012.

Frontières, histoire des frontières

  • Serhan, Ada, Türk Fransız  ilişkilerinde Hatay Sorunu 1918-1939, Istanbul Bilgi Üniversitesi, 2005, 266 p.
  • Fransız Belgeleriyle Sevr Lozan Musul Üçgeninde Kürdistan, Yazar Hasan Yıldız, DOZ, 2005
  • Lozan’dan Bugüne Musul-Kerkük ve Kuzey Irak, Yazar Oğuz Karaca, Resital 2007
  • Aydin, Mesut, Türkiye ve Irak Hududu Mes’elesi, ASAM, 2001, 306 p.
  • Gilquin, Michel, D’Antioche à Hatay. L’histoire oubliée du sandjack d’Alexandrette. Nationalisme turc contre nationalisme arabe. L’Harmattan, 2000, 226 p.
  • Daoudy, Marwa, Le partage des eaux entre la Syrie, l’Irak et la Turquie, CNRS editions, 2007, 269 p.

Les Kurdes de Syrie

  • Abdulbaset, Seida, La question kurde en Syrie, L’Harmattan, 2005, 206 p.

Le Kurdistan d’Irak

  • Ciğerli Sabri, Réfugiés kurdes d’Irak en Turquie, L’Harmattan, 1998, 320 p.
  • Barzani, Saywan, Le Kurdistan d’Irak, 1918-2008, L’Harmattan, 2009
  • Sunar, Ekrem, Barzan’dan Bağdat’a Kürtler: Irak’ta Kürtlerin yüzyıl savaşları, Doz Yayıncılık, 2007, 240 p.
  • Ali Riza Şeyh Attar, Kürtler, bölgesel ve bölgedışı güçler, Ağaç, 2008, 398 p.
  • ANDERSON, Liam, STANSFIELD, Gareth, Crisis in Kirkuk The Ethnopolitics of Conflict and Compromise, Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 2009

La politique étrangère turque et le Kurdistan d’Irak vus depuis la Turquie

  • ÖZDEMIRKIRAN Merve, La politique de la Turquie vis-à-vis de l’Irak depuis 2003 : conflit ou coopération, Editions Universitaires Européennes, Paris, 2010, 92 p.
  • PARK, Bill, Turkey’s policy towards northern Iraq: problems and perspectives, Routledge, New York, 2005.
  • Z. Abidin Kızılyaprak, Irak Kürdistanı ve Etkileri, Türkî Korkunun Anatomisi, DOZ Yayınları, 2005
  • Ümit Özdağ Türkiye, Kuzey Irak ve PKK, ASAM  (10/1999)
  • Hacı Şoriş Kerkün’ün Araplaştırılması, DOZ 2006, 352 p.
  • Demirci, Nefi, Kerkük : Sönmeyen Ateş Dinmeyen Hasret, Ural, 2011, 512 p.

Visions turques sur les relations turco-syriennes et la guerre en Syrie

  • Albayrak, Hakan. İslâm Birliği’nin Nüvesi Olarak Türkiye-Suriye Birliği. 2ème ed. Ankara: Vadi, 2007.
  • Adıbelli, Barış. Arap Baharı ve Suriye. Istanbul: IQ Kültür Sanat Yayıncılık, 2012.
  • Özdağ, Ümit. Küçük Ortadoğu Suriye. Ankara : Krypto, 2012
  • Mahalli, Hüsnü. Diren Suriye. Istanbul: Destek Yayinlari, 2014

Türkiye ve komşuları Suriye ile Irak

Haziran 2014

Version française

Yohanan Benhaim ve Jean-Baptiste Le Moulec tarafından hazırlanmıştır.
IFEA gibi Fransa’nın yurtdışındaki araştırma merkezlerinden biri olan Fransız Orta Doğu Araştırmaları Enstitüsü’nün (IFPO) çalışma sahalarından biri de Türkiye’nin Kürt ve Arap komşuları ile sürdürdüğü ilişkileridir. IFEA ile IFPO arasındaki iş birliğini geliştirmek amacıyla bu ilişkiler üzerine şekillenmiş literatür ve tartışmaları ele almak gerektiği düşüncesindeyiz.

1923 tarihli Lozan Antlaşması’nın imzalanmasıyla çizilen sınırlar, Türkiye’nin Suriye ve Irak ile  olan komşuluk ilişkilerinde belirleyici olmuştur. Bu sınırlar, ülkeler arasındaki ilişkileri kısmi şekilde belirlemeye halen devam etmektedir. Hatay Meselesi ve su kaynaklarının paylaşımı, 2000li yıllara kadar Suriye ve Türkiye arasındaki gerginliğin nedenleri olmuştur. Bu konu ile ilgili kaynaklar, Türkçe literatürde bulunmakla birlikte, Irak sınırları mevzusuyla ilgili olanlarla karşılaştırıldığında sayıca daha kısıtlı kalmaktadır. Buna neden ise Musul Vilayeti’nin 1920’de Osmanlı Parlamentosu’nun Misak-ı Milli (günümüz Türkçesi ile Milli Yemin) çerçevesinde müdafasında karar kılınan bölgenin içinde kalmasıdır. Bu vilayet, ancak 1926’da Milletler Cemiyeti hakemliğinde o zamanlar İngiliz Mandası altındaki Irak’a eklenmiştir. Bugün Türkiye ile Kürdistan Bölgesel Yönetimi’nin idaresindeki Kuzey Irak Bölgesi arasındaki karmaşık ilişkinin temelindeki bu dönemin önemi, konu hakkındaki Türkçe literatürün gelişmişliğini açıklamaktadır.

1990-1991’deki Birinci Körfez Savaşı, sınırın diğer tarafında da Kürt halkının varlığının ve Türkiye Kürtleri ile Irak Kürtlerinin ilişkide olduklarının Türk kamuoyunca bilincine varıldığı bir süreç olmuştur. 2003’teki Amerikan işgali ve Irak Kürdistan Bölgesel Yönetimi’nin kuruluşu ile bu yöreye ilişkin takınılacak tavır hakkındaki tartışma önem kazanmıştır. En çok ele alınan konular arasındaki Kerkük Meselesi hakkında literatürde bölünmeler gözlemlenmektedir. Türkiye’deki Iraklı Türkmenlere ve birtakım askeri çevrelere yakın duran yayınevlerinden ya da tam tersi şekilde Irak Kürtleri ile yakınlaşma taraftarı olan yayınevlerine; yani sahip olunan siyasi çizgiye göre, bu konu hakkındaki tutumlar birbirinden büyük farklılık gösterir. 

Suriye ve ülkeyi anlaşmazlıklara düşüren çatışmalar, literatürün değişik kolları tarafından gittikçe daha fazla işlenmektedir. Türkiye açısından bakıldığında, çatışmaların devamı  Türkiye’nin -1998’den 2012’ye kadar iyi ilişkiler geliştirdiği- Suriye ile olan komşuluğundan  dolayı etkilenmesiyle sınırlı kalmamaktadır. Çatışmaların devamı, ayrıca Suriye sınırındaki Türk bölgeleri başta olmak üzere, Türkiye’nin iç siyaseti açısından da birtakım sonuçlar doğurmaktadır. Suriye Krizi’nin karmaşıklığı ile kaygı uyandırması ve sıçrama olasılığının bulunması, Türkiye’de olduğu gibi Fransa’da da, çok sayıda yayının türemesini beraberinde getirmiştir. Türk akademik çevrelerinin Orta Doğu Arap dünyası ile ilgili incelemeleri, gazeteciliğin konuya ilaveten kazandırdığı deneyimsel boyuttan yoksun olmakla birlikte,     Türkiye’de Suriye Krizi konulu yayınlar, akademi ve gazetecilik gibi iki uzmanlık alanını birbirleriyle buluşturma becerisine sahiptir. Bu kriz ile, tıpkı 2010’dan sonra birçok Arap ülkesinde meydana gelen sosyal ve siyasi olaylarında olduğu gibi, bilimsel olma iddiası taşıyan yayınlar boy göstermiştir. Bunların kimi zaman bilimsel olmanın yanında siyasi de olan içerikleri eleştirilse de bu yayınlar, uluslararası uzmanlık alanlarının, Türk, Avrupalı, Amerikalı ya da Orta Doğulu incelemelerin bir araya geldikleri bir yer olarak da karşımıza çıkmaktadır. Bunlara örnek olarak, Insight Turkey, Perception, Ortadoğu Etütleri ya da Akademik Orta Doğu yayınlarını sayabiliriz. Siyaseti, en başta da Türk dış siyasetini çizmek ya da en azından yönlendirmek isteyen bu yazıların arkasındaki değişik düşünce akımlarını anlayıp bunları masaya yatırmak için bu yayınların takibi aslında büyük önem taşımaktadır. Hatta burada, birçok uzmanın incelemelerini Irak’tan Suriye’ye, Kafkasya’dan veya Orta Asya’dan -1990lı senelerin gözde konusu, her türlü tehlikeyi içinde barındıran- o büyük “Orta Doğu”ya kaydırarak gerçekleştirdiğinin de altını çizelim.  

Sonuç olarak bu vitrin, yazarların coğrafi kökenleri, yayınlarının formatı, uzmanlık alanları açısından dengelenmeye çalışılmış okumalara dayanarak, Türkiye’nin doğu sınırlarını artık kenar yerler olarak değil de Türk dış siyasetinin tam da merkezi olarak ele almayı önermektedir.

Bibliyografya

  • Michel Seurat, L’Etat de barbarie, PUF, Proche Orient, 2012, 304 p.
  • Pierre-Jean Luizard, Comment est né l’Irak moderne ?, CNRS Editions, 2009, 566 p.
  • Çandar, Cengiz. Mezopotamya Ekspresi, Bir Tarih Yolculuğu. Istanbul: İlestişim, 2012.

Sınırlar, sınırların tarihi

  • Serhan, Ada, Türk Fransız  ilişkilerinde Hatay Sorunu 1918-1939, Istanbul Bilgi Üniversitesi, 2005, 266 p.
  • Fransız Belgeleriyle Sevr Lozan Musul Üçgeninde Kürdistan, Yazar Hasan Yıldız, DOZ, 2005
  • Lozan’dan Bugüne Musul-Kerkük ve Kuzey Irak, Yazar Oğuz Karaca, Resital 2007
  • Aydin, Mesut, Türkiye ve Irak Hududu Mes’elesi, ASAM, 2001, 306 p.
  • Gilquin, Michel, D’Antioche à Hatay. L’histoire oubliée du sandjack d’Alexandrette. Nationalisme turc contre nationalisme arabe. L’Harmattan, 2000, 226 p.
  • Daoudy, Marwa, Le partage des eaux entre la Syrie, l’Irak et la Turquie, CNRS editions, 2007, 269 p.

Suriye Kürtleri

  • Abdulbaset, Seida, La question kurde en Syrie, L’Harmattan, 2005, 206 p.

Irak Kurdistan’ı

  • Ciğerli Sabri, Réfugiés kurdes d’Irak en Turquie, L’Harmattan, 1998, 320 p.
  • Barzani, Saywan, Le Kurdistan d’Irak, 1918-2008, L’Harmattan, 2009
  • Sunar, Ekrem, Barzan’dan Bağdat’a Kürtler: Irak’ta Kürtlerin yüzyıl savaşları, Doz Yayıncılık, 2007, 240 p.
  • Ali Riza Şeyh Attar, Kürtler, bölgesel ve bölgedışı güçler, Ağaç, 2008, 398 p.
  • ANDERSON, Liam, STANSFIELD, Gareth, Crisis in Kirkuk The Ethnopolitics of Conflict and Compromise, Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 2009

Türk Dış Politikası ve Türkiye’de  Irak Kurdistan’ı algısı

  • ÖZDEMIRKIRAN Merve, La politique de la Turquie vis-à-vis de l’Irak depuis 2003 : conflit ou coopération, Editions Universitaires Européennes, Paris, 2010, 92 p.
  • PARK, Bill, Turkey’s policy towards northern Iraq: problems and perspectives, Routledge, New York, 2005.
  • Z. Abidin Kızılyaprak, Irak Kürdistanı ve Etkileri, Türkî Korkunun Anatomisi, DOZ Yayınları, 2005
  • Ümit Özdağ Türkiye, Kuzey Irak ve PKK, ASAM  (10/1999)
  • Hacı Şoriş Kerkün’ün Araplaştırılması, DOZ 2006, 352 p.
  • Demirci, Nefi, Kerkük : Sönmeyen Ateş Dinmeyen Hasret  , Ural, 2011, 512 p.

Suriye Savaşı ve Türkiye-Suriye İlişkilerine Türkiye’nin Bakışı

  • Albayrak, Hakan. İslâm Birliği’nin Nüvesi Olarak Türkiye-Suriye Birliği. 2ème ed. Ankara: Vadi, 2007.
  • Adıbelli, Barış. Arap Baharı ve Suriye. Istanbul: IQ Kültür Sanat Yayıncılık, 2012.
  • Özdağ, Ümit. Küçük Ortadoğu Suriye. Ankara : Krypto, 2012
  • Mahalli, Hüsnü. Diren Suriye. Istanbul: Destek Yayinlari, 2014

Mezopotamya’daki Amida

Diyarbakır Büyükşehir Belediyesi’nin izniyle paylaşılan görselde Diyarbakır’daki Ulu Cami’nin doğu girişi görünüyor.

Mayıs 2014

Version française

Roma sonra da Bizans İmparatorluğu kenti olan Amida’nın yani günümüz Diyarbakırının tarihinden iki büyük eser söz eder. Bunlardan ilki, Ammianus Marcellinus’un ünlü eseri Roma Tarihi’nde (Res Gestae), hükümdar Büyük Şapur’un Amida şehrini 359’daki kuşatmasını anlattığı kısımdır. İkincisi de Dicle üzerinde ulaşıma elverişli son kıyılar ile Toros kapılarını korumak üzere, Roma topraklarının bitiminde Persler’e karşı dikilmiş son kale olan, beş kilometre uzunluğundaki siyah bazalttan inşaa edilmiş bu muhteşem yapının ilk defa bilimsel olarak tarif edildiği Albert Gabriel çalışmalarıdır. Bu iki metin, bizi Amida’nın hem stratejik hem de siyasi öneminin, birden göz önüne çıktığı IV. yüzyıla götürür: 336’dan itibaren babası tarafından doğuya gönderilen II.Konstantius’a Pers savaşlarıyla uğraşmak zorundadır. Münzevi Jacques’ın Hayatı‘nda (La vie de Jacques le Reclus) da anlatıldığı gibi II.Konstantius’un Amida’ya verdiği önem, “imparatorluğundaki diğer kentleri sevdiğinden çok sevdiği şehir” diye dile getirilir. Bu yüzden şehre kendi ismini verir ve kent, Konstansiye diye anılmaya başlanır. Kentin nüfusu, 363’te Jovian’ın Nusaybin’i Persler’e bırakmasıyla alınan göçlerden sonra yükselir ve böylece kent, Mezopotamya’nın metropolü haline gelir. Şehir surları, en geniş sınırlarına yani bugünkü bildiğimiz haline kuşkusuz bu zamanda ulaşmıştır.

Günümüz tarihçiliği daha çok II.Konstantius dönemine odaklanarak yörenin başka eski dönemlerinin işlenmesini ihmal etmiş ve Süryani kaynaklar üzerinde fazlaca durmamıştır. Oysa ki IV. yüzyılda Ammianus Marcellinus’un anlatısında tarih sahnesine çıkan şehir ve 639’da kentin Araplar’ın eline geçişi ile 866’da Asur Kraliyet Yıllıkları’nda sözü geçen Amedu arasındaki tarihi kopuklukları tam da bu kaynakların ışığa çıkarabilmesi beklenmektedir. Örneğin, bir VI. yüzyıl tarih yazmanının kunegiondan söz etmesi üzerine bir tiyatro tespit edilmiştir. Bu yapı da kentin Erken Roma İmparatorluğu Dönemi’ndeki önemini doğrulamaktadır çünkü böylesi bir yapı II.Konstantius zamanında zaten artık inşaa edilmemektedir. Bu da şehrin Romalılar tarafından kurulduğu iddiasını yeniden masaya yatırmaktadır. Acaba kent, eriştiği konumunu Mezopotamya’da geçici bir vilayet kurmak isteyen Trajan’a mı, yoksa toprakları Persler’den geri alan bir Severus Hanedanına mı borçludur? Kaynakların bir Selevkos yapısından söz etmesi kentin köklerinin çok daha önceye, belki IV. Antiokhos tarafından kurulmuş bir helenistik krallığa dayanabileceğini akla getirmektedir. Yine aynı belgeler, kentin Geç Antik Dönem’de toprak idaresindeki etkisini, ayrıca şehirdeki sivil ve dini hayatının yönlerini daha önce hiç düşünülmemiş şekilde ortaya koymuştur.

Tarihi ve siyasal katmanlarının zenginliği geç anlaşılan Amida’ya bugün baktığımızda büyük bir Mezopotamya kentiyle karşı karşıya olduğumuzu anlarız. Buranın kültürel önemi ve etkileri aşikardır çünkü kent, Yüksek Mezopotamya’da, özellikle Turabdin bölgesinde, bir Hristiyan sanatı merkezi olmuştur. Belirgin klasisizm izleri taşıyan bu sanatın Pers ve Arap fetihlerine kadar korunmuş olması birçok araştırmacıyı şaşırtmaktadır. Burada Palmira gibi bir merkezin etkisini de yadsımadan, zanaatkarlar için Amida’da bulunmanın ne anlama geldiğinin altını çizmek gerekir. Ulu Cami’nin batı yüzündeki klasik oyma süsleme kesitleri ve bir gün mutlaka gün yüzüne çıkacak başka anıtlar, bu türden erken dönem süslemelerinin önce Mezopotamya’daki tüm Hristiyan sanatında, ardından da İslam sanatında devam ettirilişini kısmen açıklamaktadır. Bu süslemelerin hem yerel, hem de Arşaklı, Sasani, Yunan, Romalı, Süryani, Ermeni ve Arap etkilerini taşıyan yöre zanaatkarlarınca yapılmış olması Amida’dan kalan mirasın çok kültürlü olduğunun göstergesidir. Ayrıca Amida’nın Efesli (bugünkü Eğil) Yuhanna, Midillili Zekeriya’nın Kilise Tarihi‘ni Süryanice’ye anonim olarak çeviren keşişin ayrıca Zuknin vakayinamesini yine anonim olarak tutan rahibin memleketi olması, buranın bir edebiyat merkezi de olduğu anlamına gelir.

Araplar, 639’da ele geçirdikleri şehri Diyar Bakr ismiyle başkent yapıp şehrin bugünkü isminin temellerini atmışlardır. Kendi de Cizre vilayetinin bir kazası olan Diyar Bakr’ın kuzeyinde ve doğusunda Toroslar’ın etekleri, batısında Karaca Dağ ve güneyinde Turabdin bulunmaktadır. Şehir sonraları Emevilerin, Abbasilerin, Mervanilerin, İnallar ve Nisaniler gibi aile handeanlıklarının, Artukluların, Selçukluların, Akkoyunluların ve Sefevilerin akınlarına sahne olmuştur. Şehir, 1514’te I.Selim tarafından Osmanlı topraklarına katılmıştır. İslam’ın kabulü şehrin mimarisine önemli değişiklikler getirmiştir. Bunlara örnek olarak Ulu Cami, Mesudiye ve Zinciriye Medreseleri sayılabilir. 

Şehrin tarihi merkezi ve bu merkezin bahçesi olan Hevsel Bahçeleri’nin Unesco Dünya Mirası Listesi’ne alınmaları için talepte bulunulmuştur. Çok kuvvetli bir nüfus artışının kaydedildiği kentte tarihi mirasın korunması için türlü programlar başlatılmıştır. Şehir surlarının tarihiyle yakından ilgilenen AMIDA EnviMed/MISTRALS araştırma programı, surların nasıl inşaa edildiğini, taş ocaklarının yerlerini, şantiyelerin çalışma yöntemlerini ve bunların yakın çevreye ile şehir ve bölge ekonomisine olan etkilerini sorgulamaktadır. Roma ve Bizans dönemi izleri taşıyan günümüz şehri, sokakları, dokusu, yapısı ile belli başlı anıtları gözler önüne çıkarmaktadır.

Büyükşehir Belediyesi’nin yanı sıra Kültür ve Turizm Bakanlığı, valilik ve Diyarbakır Müzesi,  Diyarbakır’daki kültür mirasını öne çıkaran kitapların yayımlanmasını desteklemektedir. Bu ayki vitrimizde işte bu kitapların üzerinde duracağız. Yalnızca Amida ile ilgili eserler pek sınırlı olduğundan burada bunlardan birkaçını vermekle yetineceğiz. Ayrıca, IFEA’nın harita atölyesinde Diyarbakır ve çevresi hakkında belgelerin bulunduğunun da altını çizelim. 

IFEA kütüphanesi şu iki temel eseri barındırıyor:

  • Gabriel A., Voyages archéologiques dans la Turquie orientale, Paris, 1940.
  • Van Berchem M., Strzygowski J., Bell G.,  Amida. Matériaux pour l’épigraphie et l’histoire musulmanes de Diyar-Bakır, Heidelberg, Paris, 1910.

Özellikle tarih ve kent topoğrafyası alanlarında son yıllarda gerçekleştirilmiş çalışmalar:

  • Assénat M.,  Pérez A, « Amida Restituta », in Gasse A., Servajean Fr., Thiers Chr. éd., Et in Aegypto, et ad Aegyptum, Recueil d’Etudes dédiées à J. C. Grenier, CENiM, Montpellier, 2012, pp. 7- 52.
  • Assénat M.,  Pérez A, « Amida 1. Un théâtre antique à Amida », Anatolia Antiqua, XX, 2012, pp. 147-155.
  • Assénat M.,  Pérez A, « Amida 2. Un Forum à Amida », Anatolia Antiqua, XXI, 2013, pp. 135-158.
  • Assénat M.,  Pérez A.,  «Amida 3. Une fondation séleucide à Amida», Anatolia Antiqua, XXI, 2013, pp. 159-166.
  • Crow J.,« Amida and Tropaeum Traiani : a Comparison of Late Antique Fortress Cities on the Lower Danube and Mesopotamia », in, Proceedings of the British Academy 141, 2007, pp. 435-458.
  • Halifeoğlu, M, Dalkılıç N, ed, Uluslararası Diyarbakır surları sempozyumu, 19-20 Nisan 2012, Juillet 2012.
  • Keser E., “The Church of Virgin in Amida and the Martyrium at Constantia : Two Monumental Centralised Churches in the Late Antique Northern Mesopotamia, 2013, OLBA, pp. 405-435.
  • Lorain T., L’architecture militaire de Diyarbakır entre les Xe et XIIIe siècles : entre nécessité défensive et ostentation, Thèse de IIIème cycle, EPHE, 2 vol., Paris, 2011.
  • Parla C., Diyarbakır « surları ve kent tarihi », ODTÜ MFD, 1, 22, 1, 2005,  pp. 57-84.
  • Szidat J., « Civitas… fabricata est (CIL III, 6730). Überlegungen zur Neubefestigung von Amida in den Jahren 367-375 n. Chr. und zur Befestigungstätigkeit von Valens », in  Festschrift Thomas Gelzer, Berne, 1986, pp. 130-142.
  • Tuncer Orhan Cezmi, Diyarbakır camileri, mukarnas, geomarti, orantı, Diyarbakır büyükşehir Belediyesi, Kültür ve Sanat Yayinları, 1996.
  • Tuncer Orhan Cezmi, Diyarbakır evleri, Diyarbakır büyükşehir Belediyesi, Kültür ve Sanat Yayınları, 1999.
  • Tuncer Orhan Cezmi, Diyarbakır kiliseleri, Diyarbakır büyükşehir Belediyesi, Kültür ve Sanat Yayınları, 2002.
  • Tuncer Orhan Cezmi, Diyarbakır surları, Diyarbakır Valılığı, Ankara, 2012.

Diğer alanlar:

  • Barnes T.D., « Imperial Campaigns, AD 285-311 », Phoenix 30, 1976.
  • Bell G., The Churches and Monasteries of the Tur’Abdin, réimp. Londres, 1982.
  • Beysanoğlu Ş., Anıtlar ve Kitabeleri ile Diyarbakır Tarihi, 3 Cilt, Diyarbakır Büyük Şehir Belediyesi, 2003.
  • Chaumont M.-L.,  « Fondations Séleucides en Arménie Méridionale », Syria 70, 1993, pp. 431-441.
  • Flury S., «Bandeaux ornementés à inscriptions arabes : Amida-Diarbekr», XIe siècle, Syria  1920,1, pp. 235-249 ; 318-328.
  • Debié M., « Du Grec en Syriaque : la transmission du récit de la prise d’Amid (502) dans l’historiographie byzantine », Byzantinische Zeitschrift, 2003, pp. 601-622.
  • Dillemann L., Haute Mésopotamie orientale et pays adjacents. Contribution à la géographie historique de la région, du Ve s. avant l’ère chrétienne au VIe s. de cette ère, Paris, 1962.
  • Diyarbakır kültür envanteri, 2 cilt, Diyarbakır valılığı il kültür ve turizm müdürlüğü, Müze müdürlüğü.
  • Ebeling E. et al., Realexikon Der Assyriologie Und Vorderasiatischen Archäologie I, « Amida », 1922.
  • Frézouls E., « Les fluctuations de la frontière orientale de l’empire romain », in La géographie administrative et politique d’Alexandre à Mahomet, Actes du colloque de Strasbourg 14-16 juin 1979, Leyde, 1981, pp. 177-225.
  • Gyselen R., La géographie administrative de l’Empire sassanide. Les témoignages sigillographiques [Res Orientales n° I], Paris, 1989.
  • Hoffmann D., « Das spätrömische Bewegungsheer und die Notitia Dignitatum », Düsseldorf, T. I et II, 1969.
  • Jones A. H. M., The Cities of the Eastern Roman Provinces, rééd. Amsterdam, 1983.
  • Köroğlu K. et Konyar E., ed, Urartu. Doğu’da Değişim (Transformation in the East), Istanbul, 2011.
  • Korkusuz S., Seyahatnamelerde Diyarbakır, Istanbul, 2003.
  • Luther  A., « Roms Mesopotamische Provinzen nach der Gefangennahme Valerians (260) », in J. Wiesenhöfer, Ph. Huyse (éd.), Ērān ud Anērān : Studien zu den Beziehungen zwischen den Sasanidenreich und der Mittelmeerwelt, Munich, 2006.
  • Mundell Mango M., « The continuity of the classical tradition in the art and architecture of northen Mesopotamia», in Nina Garsoïan G. et al., East of Byzantium : Syria and Armenia in the formative period, Washington, 1982.
  • Palmer A., «Âmîd in the Seventh-Century Syriac Life of Theodûtê», in The Encounter of Eastern Christianity with Early Islam, éd. E. Grypeou, M. Swanson, D. Thomas : The History of Christian-Muslim Relations 5, Leiden –Boston, 2006, pp. 111-137.
  • Palmer A., Monk and Mason on the Tigris Frontier. The Early History of Tur’Abdin, Cambridge University Press, 1990. Paschoud  Fr.,  « Se non è vero, è ben trovato : tradition littéraire et vérité historique chez Ammien Marcellin », Chiron 19, 1989, pp. 37-54.
  • Sözen M., Diyarbakır’da Türk mimarisi, Istanbul, 1971.

Kültürel mirası koruma programları ile ilgili İnternet bağlantıları

Diyarbakır Büyükşehir Belediyesi’nin izniyle paylaşılan görselde Diyarbakır’daki Ulu Cami’nin doğu girişi görünüyor.

AMIDA çalışmaları, ENVI-Med bölgesel programı kapsamında desteklenmektedir. ENVI-Med, Fransa Dışişleri Bakanlığı’nın küreselleşme ve işbirliği geliştirme masasının ve CNRS’nin (Ulusal Bilimsel Araştırmalar Merkezi) Akdeniz biriminin katkılarıyla gerçekleşmektedir. Çalışmalar, ayrıca disiplinler ve kurumlararası işbirliği programı MISTRALS’in Fransa dışına açılması hareketinin bir parçasıdır.

Amida de Mésopotamie

Entrée est d’Ulu Camii (reproduite avec l’autorisation de la Mairie de Diyarbakır)

Mai 2014

Türkçe çeviri

Rassemblée sur le moment constantien, l’historiographie contemporaine a quelque peu délaissé les autres périodes de l’histoire ancienne du site. Elle ne s’est guère attardée sur l’apport des sources syriaques, lesquelles dévoilent pourtant des éléments essentiels susceptibles de combler en partie les hiatus qui séparent l’apparition de la cité sur la scène historique, dans la pleine lumière du récit d’Ammien, en amont, de la lointaine mention d’Amedu, dans les Annales Royales assyriennes en 866, et en aval, de la prise de la ville par les Arabes en 639. Par exemple, la mention d’un kunegion par un chroniqueur du VIème siècle a permis d’identifier un théâtre, monument qui atteste l’importance de la cité du Haut-Empire puisque l’on ne construit déjà plus ce type d’édifice à l’époque de Constance, ce qui pose à nouveau la question de l’origine de la fondation romaine. La ville doit-elle sa position à Trajan qui créa une éphémère province de Mésopotamie, ou à un des Sévères qui regagnèrent ces terres sur les Perses ? C’est encore, dans le même corpus, la mention retrouvée d’une fondation séleucide qui laisse soupçonner l’existence, bien antérieure encore, de la fondation d’une ville royale hellénistique, peut-être par Antiochos IV Epiphane. Ce sont les mêmes sources qui dévoilent l’emprise territoriale jusqu’alors insoupçonnée de la Métropole administrative de la fin de l’Antiquité, comme les aspects de sa vie civique et religieuse.

Rendue à son épaisseur historique et politique on retrouve désormais à Amida une grande cité mésopotamienne, on comprend son rôle et son rayonnement culturel. Elle fut un foyer de diffusion de l’art chrétien en Haute-Mésopotamie et notamment dans le Tur’Abdin, cet art au goût très marqué pour le classicisme fait l’étonnement de nombreux chercheurs puisqu’il perdure jusqu’aux conquêtes perse et arabe. Sans bien entendu nier l’influence de centres comme Palmyre, il faut souligner l’importance qu’a pu revêtir, pour les artistes, la fréquentation d’Amida ; le florilège des décors sculptés classiques offert par la façade ouest de la Ulu Cami, et sans doute par de nombreux autres monuments à découvrir, explique en partie la perpétuation de ces mêmes décors d’époque haute dans tout l’art chrétien, puis islamique de Haute-Mésopotamie. C’est un héritage multiculturel qu’Amida a diffusé parce que les décors sculptés de la ville ont forcément aussi été réalisés par des artistes locaux nourris des influences locales, mais aussi parthe, sassanide, grecque, romaine, syriaque, arménienne, arabe. Notons enfin qu’Amida fut un centre de littérature syriaque, patrie, entre autres, de Jean d’Éphèse et de Zacharie de Mytilène, ainsi que du moine anonyme de la chronique du Zuqnin.

En 639 les Arabes s’emparent de la ville et font d’elle la capitale du Diyār Bakr auquel elle doit son nom actuel. Lui-même territoire de la province de Ğazīra, le Diyar Bakr s’étend jusqu’aux piémonts du Taurus au Nord et à l’Est, prend le volcan Karaca Dağ à l’Ouest et le Tūr ‘Abdīn au Sud. La ville connaîtra par la suite l’occupation des Omeyyades, des Abbasides, des Mervanides, des familles Inalides et Nisanides, des Ortokides, des Seldjoukides, des Akkoyunlu, des Safavides. Elle devient ottomane en 1514, sous le règne du sultan Selīm Ier le Cruel. L’apparition de l’Islam entraîne d’importantes modifications architecturales dans la ville et notamment la réalisation de monuments comme la Ulu Cami, ou les Medrassa Mesudiye et Zinciriye.

Le centre historique, comme les jardins de l’Hevsel qui lui sont associés, font aujourd’hui l’objet d’une demande de classement au patrimoine mondial de l’UNESCO. Subissant une forte pression démographique la ville participe à la mise en œuvre de plusieurs programmes visant à préserver son patrimoine. Ainsi du programme AMIDA EnviMed/MISTRALS qui porte un intérêt particulier à l’histoire de la muraille et interroge les techniques de construction, la localisation des anciennes carrières, le fonctionnement des chantiers et l’impact qu’ils ont exercé sur l’environnement immédiat du site et sur l’économie de la ville et de sa région. Une empreinte de la ville romano-byzantine est également relevée dans ce que l’état contemporain conserve de cet urbanisme, ses rythmes, son réseau de rues, et propose de localiser les principaux monuments.

La grande municipalité et parallèlement le Ministère de la Culture et du Tourisme, la préfecture et le Musée archéologique soutiennent le travail de mise en valeur du patrimoine de Diyarbakır par l’édition de beaux livres auxquels ce présentoir fait place. La bibliographie directement consacrée à Amida/Diyarbakır n’est pas très abondante, nous donnons ici quelques titres à fin indicative. N’oublions pas que l’atelier de cartographie de l’IFEA possède également des documents relatifs à la ville et à la région de Diyarbakır.

La bibliothèque de l’IFEA dispose des deux ouvrages fondamentaux suivants :

  • Gabriel A., Voyages archéologiques dans la Turquie orientale, Paris, 1940.
  • Van Berchem M., Strzygowski J., Bell G., Amida. Matériaux pour l’épigraphie et l’histoire musulmanes de Diyar-Bakır, Heidelberg, Paris, 1910.

Pour des études plus récentes plus spécialement consacrées à l’histoire et à la topographie urbaine :

  • Assénat M., Pérez A, « Amida Restituta », in Gasse A., Servajean Fr., Thiers Chr. éd., Et in Aegypto, et ad Aegyptum, Recueil d’Etudes dédiées à J. C. Grenier, CENiM, Montpellier, 2012, pp. 7- 52.
  • Assénat M., Pérez A, «Amida 1. Un théâtre antique à Amida», Anatolia Antiqua, XX, 2012, pp. 147-155.
  • Assénat M., Pérez A, «Amida 2. Un Forum à Amida», Anatolia Antiqua, XXI, 2013, pp. 135-158.
  • Assénat M., Pérez A., «Amida 3. Une fondation séleucide à Amida», Anatolia Antiqua, XXI, 2013, pp. 159-166.
  • Crow J.,« Amida and Tropaeum Traiani : a Comparison of Late Antique Fortress Cities on the Lower Danube and Mesopotamia », in, Proceedings of the British Academy 141, 2007, pp. 435-458.
  • Halifeoğlu, M, Dalkılıç N, ed, Uluslararası Diyarbakır surları sempozyumu, 19-20 Nisan 2012, Juillet 2012.
  • Keser E., “The Church of Virgin in Amida and the Martyrium at Constantia : Two Monumental Centralised Churches in the Late Antique Northern Mesopotamia, 2013, OLBA, pp. 405-435.
  • Lorain T., L’architecture militaire de Diyarbakır entre les Xe et XIIIe siècles : entre nécessité défensive et ostentation, Thèse de IIIème cycle, EPHE, 2 vol., Paris, 2011.
  • Parla C., Diyarbakır « surları ve kent tarihi », ODTÜ MFD, 1, 22, 1, 2005, pp. 57-84.
  • Szidat J., « Civitas… fabricata est (CIL III, 6730). Überlegungen zur Neubefestigung von Amida in den Jahren 367-375 n. Chr. und zur Befestigungstätigkeit von Valens », in Festschrift Thomas Gelzer, Berne, 1986, pp. 130-142.
  • Tuncer Orhan Cezmi, Diyarbakır camileri, mukarnas, geomarti, orantı, Diyarbakır büyükşehir Belediyesi, Kültür ve Sanat Yayinları, 1996.
  • Tuncer Orhan Cezmi, Diyarbakır evleri, Diyarbakır büyükşehir Belediyesi, Kültür ve Sanat Yayınları, 1999.
  • Tuncer Orhan Cezmi, Diyarbakır kiliseleri, Diyarbakır büyükşehir Belediyesi, Kültür ve Sanat Yayınları, 2002.
  • Tuncer Orhan Cezmi, Diyarbakır surları, Diyarbakır Valılığı, Ankara, 2012.

Pour d’autres aspects :

  • Barnes T.D., « Imperial Campaigns, AD 285-311 », Phoenix 30, 1976.
  • Bell G., The Churches and Monasteries of the Tur’Abdin, réimp. Londres, 1982.
  • Beysanoğlu Ş., Anıtlar ve Kitabeleri ile Diyarbakır Tarihi, 3 Cilt, Diyarbakır Büyük Şehir Belediyesi, 2003.
  • Chaumont M.-L., « Fondations Séleucides en Arménie Méridionale », Syria 70, 1993, pp. 431-441.
  • Syria 1920,1, pp. 235-249 ; 318-328.
  • Debié M., « Du Grec en Syriaque : la transmission du récit de la prise d’Amid (502) dans l’historiographie byzantine », Byzantinische Zeitschrift, 2003, pp. 601-622.
  • Dillemann L., Haute Mésopotamie orientale et pays adjacents. Contribution à la géographie historique de la région, du Ve s. avant l’ère chrétienne au VIe s. de cette ère, Paris, 1962.
  • Diyarbakır kültür envanteri, 2 cilt, Diyarbakır valılığı il kültür ve turizm müdürlüğü, Müze müdürlüğü.
  • Ebeling E. et al., Realexikon Der Assyriologie Und Vorderasiatischen Archäologie I, « Amida », 1922.
  • Frézouls E., « Les fluctuations de la frontière orientale de l’empire romain », in La géographie administrative et politique d’Alexandre à Mahomet, Actes du colloque de Strasbourg 14-16 juin 1979, Leyde, 1981, pp. 177-225.
  • Gyselen R., La géographie administrative de l’Empire sassanide. Les témoignages sigillographiques [Res Orientales n° I], Paris, 1989.
  • Hoffmann D., « Das spätrömische Bewegungsheer und die Notitia Dignitatum », Düsseldorf, T. I et II, 1969.
  • Jones A. H. M., The Cities of the Eastern Roman Provinces, rééd. Amsterdam, 1983.
  • Köroğlu K. et Konyar E., ed, Urartu. Doğu’da Değişim (Transformation in the East), Istanbul, 2011.
  • Korkusuz S., Seyahatnamelerde Diyarbakır, Istanbul, 2003.
  • Luther A., « Roms Mesopotamische Provinzen nach der Gefangennahme Valerians (260) », in J. Wiesenhöfer, Ph. Huyse (éd.), Ērān ud Anērān : Studien zu den Beziehungen zwischen den Sasanidenreich und der Mittelmeerwelt, Munich, 2006.
  • Mundell Mango M., « The continuity of the classical tradition in the art and architecture of northen Mesopotamia», in Nina Garsoïan G. et al., East of Byzantium : Syria and Armenia in the formative period, Washington, 1982.
  • Palmer A., «Âmîd in the Seventh-Century Syriac Life of Theodûtê», in The Encounter of Eastern Christianity with Early Islam, éd. E. Grypeou, M. Swanson, D. Thomas : The History of Christian-Muslim Relations 5, Leiden –Boston, 2006, pp. 111-137.
  • Palmer A., Monk and Mason on the Tigris Frontier. The Early History of Tur’Abdin, Cambridge University Press, 1990. Paschoud Fr., « Se non è vero, è ben trovato : tradition littéraire et vérité historique chez Ammien Marcellin », Chiron 19, 1989, pp. 37-54.
  • Sözen M., Diyarbakır’da Türk mimarisi, Istanbul, 1971.

Liens internet vers les programmes d’études du patrimoine


AMIDAAMIDA est financé par le programme régional ENVI-Med, qui s’inscrit dans la dynamique créée par l’internationalisation du métaprogramme interdisciplinaire et inter-organismes MISTRALS. Le programme est mis en œuvre par la direction générale de la mondialisation, du développement et des partenariats(DGM) du ministère français des Affaires étrangères (MAE) conjointement à la direction MISTRALS et au bureau du CNRS pour la Méditerranée.

Voyageurs occidentaux dans l’Empire ottoman

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Avril 2014

« L’imaginaire se loge entre le livre et la lampe. »
Michel Foucault (Préface de la La tentation de Saint Antoine de Gustave Flaubert)

Ce mois-ci, la bibliothèque de l’IFEA propose d’une certaine manière une continuation de la réflexion autour des cultural studies, mettant en valeur la littérature de voyage. 

Le fonds « Voyageurs » de l’IFEA, riche et varié, composé de plus de 650 ouvrages, rédigés en majeure partie en français ou en anglais, prenant comme sujet l’Empire ottoman, présente un intérêt particulier pour les chercheurs en histoire, études littéraires, sociologie et géographie. Certains de ces ouvrages font partie des collections numérisées de la BNF.

Les travaux contemporains démontrent que la littérature n’est plus un « terrain » réservé aux spécialistes en études littéraires. Deux anthropologues, François Pouillon et Alban Bensa, dans l’introduction aux Terrains d’écrivains (2012) s’exclament : « comment les écrivains, et notamment les plus grands, parviennent-ils, dans leur façon de dire les gens et les choses, à être si convaincants et pertinents, au point qu’en regard, les récits anthropologiques apparaissent souvent… – comment dire ? décalés ! » Loin de nier les textes fondateurs de leur discipline, Pouillon et Bensa redonnent à la littérature de voyage une importance dont elle jouit déjà dans les recherches en géographie et histoire. 

En parcourant le fonds « Voyageurs » dont les ouvrages traversent les siècles, nous souhaitons extraire les récits, lettres et souvenirs, rédigés en français et en anglais, depuis la fin du XVIIIe siècle jusqu’au début du XXe siècle. Par la lecture, la « promenade immobile » selon Flaubert1, nous offrons un voyage par les vastes contrées de l’Empire ottoman à travers les « témoignages » hors des chemins battus : journal d’un officier français à Constantinople (André-Joseph Lafitte-Clavé) ; récits de voyage d’un botaniste (Aucher-Eloy) ou du futur roi, Léopold de Belgique ; enfin, correspondance d’un père lazariste, Eugène Boré. Pour ceux qui souhaitent comparer les regards « occidental » et « oriental », nous suggérons l’édition de la correspondance d’Osman Hamdi Bey relatant son voyage en Irak, établie par Edhem Eldem. 

Dans ce parcours par l’Empire ottoman, ne manquent pas bien évidemment des récits de voyage des écrivains « les plus grands », pour reprendre l’expression de François Pouillon, à l’instar de Chateaubriand, Lamartine, Nerval, Gautier ou Flaubert, que l’on peut rattacher à l’orientalisme littéraire. Ce courant, imprégné de l’esthétique romantique par l’exploitation des thèmes tels que l’exotisme, le dépaysement, la décadence liée au temps qui passe… prend son essor au XIXe siècle et influence aussi bien la littérature que la peinture. Sur ce dernier aspect, nous signalons, à titre indicatif, les études faites par Christine Peltre (1995, 2004) et Frédéric Hitzel (2002). Pour finir ce parcours rapide du XIXe siècle et évoquer une autre discipline, non la moindre, nous signalons l’ouvrage d’Antoine-Ignace Melling, architecte du sultan Sélim III, Voyage pittoresque de Constantinople et des rives du Bosphore (1819).

Afin de faire un parallèle avec le présentoir sur les « Femmes et le genre dans l’Empire ottoman », nous mentionnons quelques récits des aventurières de cette époque : la princesse Belgiojoso, engagée dans le Risorgimento, a été obligée de chercher asile dans l’Empire ottoman ; Adèle Hommaire de Hell, femme d’un ingénieur et géographe, Xavier de Hell, accompagne son mari durant ses voyages dans la première moitié du XIXe siècle ; Marcelle Tinayre s’intéresse aux effets de la Révolution des Jeunes Turcs sur les femmes ; et enfin, Gertrude Bell, qui trace les lignes de l’Irak moderne.

En examinant ce riche fonds « Voyageurs » de l’IFEA, la définition de l’orientaliste, c’est-à-dire « homme qui a beaucoup voyagé », donnée par Flaubert dans le Dictionnaire des idées reçues, semble acquérir pleinement sa signification. 

Bibliographie

(La cote des ouvrages est indiquée entre parenthèses)

La littérature de voyage

  • Edmond About, De Pontoise à Stamboul, Paris, Hachette, 1884, (VH 482).
  • André-Joseph Lafitte-Clavé, Journal d’un officier Français à Constantinople en 1784-1788, éd. de Dimitris Anogiàtis-Pelé, Thessalonique, University Studio Press, 2004, (VH 490).
  • Aucher-Eloy, Relations de voyages en Orient de 1830 à 1838, vol. 1 et 2, Paris, Roret, 1843, (VH 236-01/VH 236-02).
  • Getrude Bell, The Letters of Gertrude Bell, London, Benn, 1947, (VH 243).
  • Princesse de Belgiojoso, Asie Mineure et Syrie : Souvenirs de voyages, Paris, Lévy, 1858, (VH 206).
  • Eugène Boré, Correspondance et mémoires d’un voyageur en Orient, vol. 1 et 2, Paris, Fulgence, 1840, (VH 070-01/VH 070-02).
  • François-René de Chateaubriand, L’Itinéraire de Paris à Jérusalem, Paris, Les Productions de Paris, 1963, (VH 247).
  • Gustave Flaubert, Voyage en Orient, Paris, Les Belles Lettres, 1948, (VH 212-02).
  • Théophile Gautier, Constantinople, éd. de Jacques Huré, Istanbul, Isis, 1990, (VH 47
  • L’Orient, vol. 1 et 2, Paris, Charpentier-Fasquelle, 1893, (VH 213).
  • Adèle Hommaire de Hell, Mémoires d’une aventurière (1833-1852), Paris, Plon, 1934, (VH 218).
  • Léopold de Belgique (futur Léopold II), Voyage à Constantinople, éd. de Sophie Basch, Paris, Éditions Complexe, 1997, (VH 496).
  • Antoine-Ignace Melling, Voyage pittoresque de Constantinople et des rives du Bosphore d’après les dessins de M. Melling, architecte de l’empereur Sélim III et dessinateur de la Sultane Hadidgé, Paris, Didot, 1819, (VH 031).
  • Joseph-François Michaud, Correspondance d’Orient, vol. 1-8, Bruxelles, Gregoir-Wouters, 1841, (VH 043-01/VH 043-02/VH 043-03/VH 043-04).
  • Moltke, Lettres du maréchal de Moltke sur l’Orient, trad. par Alfred Marchand, Paris, Sandoz-Fischbacher, 1872, (VH 264).
  • Gérard de Nerval, Voyage en Orient, vol. 1 et 2, Paris, Imprimerie Nationale, 1997, (VH 473-01/VH 473-02).
  • Alexis de Valon, Une année dans le Levant : Voyage en Sicile, en Grèce et en Turquie, Paris, Dauvin-Fontaine, 1850, (VH 249).
  • Marcelle Tinayre, Notes d’une voyageuse en Turquie, Paris, Calmann-Lévy, 1909, (VH 382).

Les études critiques sur la littérature de voyage

  • Lamartine Turquie, Actes du colloque international, éd. de Gertrude Durusoy, Izmir, Ege Universitesi, 2004, (VH 492).
  • Villes, voyages et voyageurs en Méditerranée, Actes du colloque, décembre 1987 – juin 1988, Cahiers de la Méditerranée, vol. 35, Nice, Université de Nice, 1988, (VH 437).
  • Sophie Basch, Pierre Chuvin, Michel Espagne et al. (éd.), L’orientalisme, les orientalistes et l’Empire ottoman de la fin du XVIIIe à la fin du XXe siècle, Actes du colloque international (AIBL, 12-13 février 2010), Paris, AIBL, 2011, (Tur Ho 360).
  • Alban Bensa et François Pouillon (éd.), Terrains d’écrivains, Toulouse, Anacharsis, 2012.
  • Jean-Claude Berchet, Le voyage en Orient. Anthologie des voyageurs français dans le Levant au XIXe siècle, Paris, Laffont, 1985, (VH 395).
  • Elisabetta Borromeo, Voyageurs occidentaux dans l’Empire ottoman (1600-1644), vol. 2, Paris, IFEA/Maisonneuve et Larose, 2007, (VH 507).
  • Marie-Louise Dufrenoy, L’Orient romanesque en France 1704-1789 : Étude d’histoire et de critique littéraire, vol. 1 et 2, Montréal, Beauchemin, 1946, (VH 238-01/VH 238-02).
  • Edhem Eldem, Un Ottoman en Orient, Osman Hamdi Bey en Irak, 1869-1871, Paris, Actes du Sud, 2010, (VH 509).
  • Frédéric Hitzel, Couleurs de la Corne d’Or. Peintres voyageurs à la Sublime Porte, Paris-Courbevoie, ACR édition, 2002.
  • Christine Peltre, L’atelier du voyage : les peintres en Orient au XIXe siècle, Paris, Le Promeneur, 1995.
  • Orientalisme, Paris, Terrail, 2004.
  • Dictionnaire culturel de l’orientalisme, Paris, Hazan, 2008.
  • François Pouillon (éd.), Dictionnaire des orientalistes de langue française, Paris, Karthala, 2008, (U 66).
  • Reinhold Schiffer, Turkey Romanticized Images of the Turks in Early 19th Century English Travel Literature with an Anthology of Texts, Bochum, Brockmeyer, 1982, (VH 375).
  1. Dans Madame Bovary, Léon dit à Emma : « on se promène immobile dans des pays que l’on croit voir. » Gustave Flaubert, Madame Bovary, Le Livre de Poche, 1961, p. 107. []